C'était sous une pluie battante que Dreic et Pod erraient dans le quartier le plus dangereux de Coronet City: Le secteur Bleu. La météo concordait parfaitement à l'ambiance dangereuse et imprévisible qui régnait en ce lieu. Tirant son nom du boulevard du Ciel Bleu, sa principale avenue lorsqu'on venait du centre ville, cette partie de la capitale se targuait d'offrir tout les services possibles, surtout les plus indésirables. Et c'était la raison principale de leur présence.

            Dans l'impasse depuis son arrivée,  notam-ment après sa visite au laboratoire de la CorSec, il avait tenté sa chance une dernière fois par les voies légales aux archives de surveillance holographique de Coronet. Un membre du personnel  lui avait jeté au visage la seule et unique réponse qu'il recevait depuis trois jours : l'administration corellienne ne lui était et ne lui serait d'aucun secours. Comme les protocoles en vigueur le préconisaient, les enregistrements qu'il recherchait avaient été effacés depuis deux mois.

            Face à tous ses échecs, Dreic espérait trou-ver quelque chose de plus convaincant en fricotant dans des endroits peu fréquentables. Le secteur Bleu était tout désigné pour cela.

            Il avait gardé son faux visage mais avait troqué son costume de journaliste pour sa tenue habituelle : son blue-jean maintenu par son ceinturon à  multiples poches et son blaster. Sa chemise beige légèrement bouffante dissimulant des plaques de protection, ainsi que son par-dessus en cuir rem-bourré, complétaient son accoutrement.

            Portant un grand imperméable noir à col haut pour passer le plus inaperçu possible, il se dirigeait vers l'entrée du faubourg surnommé " Treasure Ship Row ". D'après les rumeurs, c'était le plus grand bazar de la ville.

            Dreic et Pod déboulèrent dans l'artère principale qui irriguait toute la zone. Le jeune homme contempla ce qui ressemblait à un gigan-tesque marché à ciel ouvert. Un festival d'enseignes, d'holopub et de panneaux colorés habillaient la place. Malgré sa largueur, la place était bondée par une tripotée d'individus aussi bigarrés que les lumières environnantes. Le brouhaha constant parfois couvert par quelques notes de musiques éphémères donnait l'impression que le reste de Coronet City était en deuil, tant ici, l'ambiance semblait débordante de vie. Dreic croisa un nombre incalculable d'espèces vi-vantes qu’il ne connaissait pas, et s'étonna d'une telle biodiversité. On aurait dit que la vie s'insinuait et s'exprimait sous n'importe quelle forme : écailleux, poilus, plumés, glabres ou granuleux. Cela contrastait totalement des milieux aseptisés et exclusifs des aca-démies de l’empire qu’il avait majoritairement côto-yé.

            Il se fraya un chemin dans tout ce fatras et se rapprocha des étals. Il avait noté deux adresses susceptibles de le renseigner. La première se trouvait dans une ruelle donnant sur le boulevard du Ciel Bleu. Lorsque le duo y pénétra, l'ambiance bariolée se changea en un instant en une tension pesante. L'allée était moins encombrée, et de nombreux in-dividus guettaient, certains adossés dos au mur, d'autres en train de discuter furtivement en jetant des coups d'œil. Il était clair qu'ils surveillaient les allées et venues pour le compte d'un ou plusieurs voyous.

            Dreic ne modifia pas son attitude et glissa discrètement un mot à Pod pour que tous ses senseurs soient en éveil. Après avoir dépassé plusieurs boutiques, il trouva une petite échoppe installée à cinq mètres du sol sur une terrasse d'un ancien appartement. Un trandoshan à l'allure rep-tilienne et un gran reconnaissable à leurs trois yeux protubérants gardaient le petit monte charge permettant d'accéder au magasin. 

- Bonjour, j'aimerai parler avec le patron de cette boutique.

- Il n'est pas là pour parler, il est là pour vendre, tu es là pour acheter ? maugréa le gran.

- On peut dire ça, je cherche des informations, je suis prêt à payer.

- Ok, tu montes seul, ton robot reste ici, Xedossk fouille-le et accompagne-le, fit-il au trandoshan sans le lâcher du regard.

            Dreic fut obligé de donner son blaster, mais ordonna à Pod d'être vigilant.

            Il trouva le dénommé Gourgul, au fond de son échoppe remplie d'armes et de gadgets aussi excentriques les uns que les autres. La créature humanoïde, un chadra-fan, couverte de poils, mesurait à peine un mètre et avait une tête res-semblant à un chauve-faucon. Elle possédait deux grandes oreilles surdéveloppées, ainsi que deux yeux d'un noir profond. 

- Bonjour monsieur, je viens car je suis à la recherche d'une information.

            Gourgul se retourna, et pris le datapad qui trainait sur son bureau.

- Monsieur ? pfff, qu'est ce qui te fait croire que je pourrais t'aider ? fit-il en montrant ses incisives acérées.

- Je me suis renseigné, j'ai entendu des choses sur le Secteur Bleu. J'ai besoin d'informations, et je suis prêt à payer, déclara-t-il honnêtement.

- Haaaa, si tu es prêt à payer cela change tout. Quels types d'informations cherches-tu ?

- J'ai besoin de me procurer les holos des caméras de surveillance positionnées autour de Starline Avenue datant d'il y a 114 jours. Vous auriez ça ?

            Le chadra-fan le dévisagea un moment avec ses grands yeux noirs comme si la demande l'avait interloqué. Il oscilla subrepticement ses oreilles et tapota sur son datapad.

- Non je n'ai pas ça.

            Déçu, mais pas abattu, Dreic essaya de ne pas repartir bredouille.

- Vous connaissez quelqu'un qui pourrait avoir ce que je recherche ?

- Oui, mais tu dois payer avant.

- Combien ?

- 1000 crédits.

- Quoi ? éructa le jeune homme, 1000 crédits juste pour m'indiquer quelqu'un qui peut m'aider ? Vous plaisantez !

- Non, c'est à prendre où à laisser, termina-t-il en se retournant pour vaquer à ses occupations.

            Dreic rumina, il se faisait clairement voler, et une furieuse envie d'aller secouer cette petite chose déplaisante le saisit brusquement. Il se retint aussitôt sachant que le trandoshan interviendrait à la moindre occasion. " Tan pis, l'argent n'est pas si important tant que je peux avancer "

- C'est d'accord.

- Paye, fit de dos Gourgul.

- Les voilà, dit Dreic en sortant de sa poche les barrettes d'aurodium.

            En un éclair, le chadra-fan se retourna et pris le pécule. Puis, il se recula doucement et s'en-fonça dans la pénombre.

- Tu trouveras ce que tu cherches aux archives de surveillance holographique de Coronet.

            Avant même de pouvoir protester, il sentit un bras puissant le ceinturer une main écailleuse et humide recouvrir sa bouche, lui interdisant toute protestation.

-  Merci, Xedoss, fit Gourgul en montrant son museau à la faible lumière. Ecoute moi bien étranger, tu m'as demandé une information, tu l'as eu, si elle ne te convient pas ce n'est pas mon problème,  débrouille-toi avec ça. Pour moi le deal est respecté. Est-ce que tu vas partir sans causer de souci maintenant ? Secoue la tête pour répondre.

            Dreic opina pour notifier son accord. Cinq minutes et 1000 crédits plus tard, Dreic et Pod étaient de nouveau dans le grand bazar. Lobora s'arrêta quelques instants une fois dans la foule. Il ressentit une profonde colère. Il venait de se faire avoir par un rat et aurait très bien pu se faire tuer par le trandoshan en un claquement de doigt. Il avait envie d'y retourner et de tirer dans le tas, mais sa raison l'en dissuada. " Faire un carnage avec tous ces voleurs et mourir pour 1000 crédits dans une ruelle malfamée alors que je n'ai rien fait pour venger papa... ce serait encore plus stupide que ce qu’il vient de se passer... ".

- Maitre vous allez bien ? interrogea Pod, vous avez l'air contrarié. 

- Oui, Pod, ça va aller, fit-il en desserrant les dents, ça va aller. Continuons, allons voir notre deuxième adresse avec espérons-le plus de réussite.

Dreic déguisé, et Pod