Vig Valèr observa avec stupéfaction l'échec de son attaque. Il resta figé en voyant le droïde assistant sauver Isaac Kadick. Il s'inquiéta davantage en comprenant que le robot était une parfaite machine de guerre. Son regard fut aspiré par la scène surréaliste qui se jouait devant lui, la brume accentuant l'aspect chimérique de ce qu'il voyait. Le droïde bougeait à une vitesse surhumaine, il projeta Kadick au sol d'un seul bras et tendit l'autre pour ouvrir le feu sur les tueurs qu'on lui avait demandé d'engager. Ses premiers tirs firent exploser l'échoppe dans laquelle un des assassins était caché. La riposte de ses acolytes ne furent qu'un pétard mouillé, tant le droïde inonda de lasers la ruelle. La seconde d'après, il agrippa Kadick par le col et se mirent tout deux à l'abri derrière un container-poubelle.

            Durant un court entracte, le violent spectacle s'apaisa. Puis, Vig entendit des tirs reprendre, ceux du gang Kanada, sévissant à Coronet depuis des années. Tout comme la clique de voyous, il était payé par "Monsieur Nk", son contact depuis le début de cette histoire à propos de l'attaque sur Starline Avenue. Valèr sentit que la situation dégénérait et il commença à craindre pour  sa petite vie tranquille, celle qui l'avait construite depuis des années, en travaillant pour la CorSec, et surtout en augmentant régulièrement ces revenus de façon diverses, variées et particulièrement illégales. 

            En guise de réponse aux tirs du gang, le droïde sauta avec aisance sur le container, haut de deux mètres, pour se jeter derechef dans la bataille. Il ouvrit un feu nourri et éclaira d'une lumière rougeâtre la contre-allée dans un rythme effréné. Il effectua un nouveau saut prodigieux pour s'accrocher à une échelle de service sur le mur d'en face, puis bondit encore et encore sur les murs, balcons, corniches avec l'agilité d'un athlète dopé, jusqu'à ce que Valèr le perde de vue. Il ne distingua plus que des éclairs vermeilles dans le brouillard. Il comprit  que le droïde viendrait à bout des assassins Kanada. Il était temps de partir et de se faire oublier un petit moment.

            Tandis qu'il rasait les murs d'un pas pressé, il entendit qu'on criait son nom, avec une rage perceptible. Vig doubla son allure, mais se retint encore de courir, comme si c'était admettre davantage son échec. Passer de chasseur à proie était un sentiment inconnu pour lui, et il se refusa à l'accepter. Il jeta un coup d'œil derrière lui, et remarqua que Kadick courait dans sa direction à découvert. Sa première pensée fut de courir aussi et de s'échapper. Cependant, en palpant sa hanche droite, il sentit la crosse de son blaster. Bien qu'il soit mauvais tireur, à cette distance dans une ruelle rectiligne, il pouvait bien faire mouche. Tout en ralentissant le pas, il posa sa main sur sa crosse, souffla un bon coup et dégaina son arme. Il se retourna aussi vite qu'il put et appuya nerveusement sur la gâchette à plusieurs reprises.

            Il n'en était pas certain, mais Vig pensa avoir raté sa cible qui avait presque anticipé ses tirs, et avait plongé sur le sol. Il hésita une seconde à avancer pour se rapprocher et tuer, enfin, ce maudit pseudo-journaliste, mais au moment de prendre sa décision, un relatif silence le fit tiquer. Il prolongea son regard au bout de la ruelle et ne vit  plus rien, ni de tirs, ni d'éclairs rouges. Le droïde avait du vaincre ses adversaires. 

            Cette fois-ci, il ressentit un frisson de peur galoper le long de son échine, et ne perdit plus de temps. Il fit volte-face et courut aussi vite qu'il put dans la direction opposée. Il déboula rapidement au bout de la ruelle et pris à gauche là où il avait garé son speeder. Il se précipita dedans, ouvrit la portière et activa les commandes. Il jeta des regards nerveux par delà le pare-brise pour voir ce qu'il se passait mais la visibilité était encore embrumée. Dès que les voyants se mirent au vert, il mit son moteur en marche et alluma les phares. Il aperçut l'ombre de Kadick plantée au milieu de la ruelle, puis cette dernière se déplaça sur la gauche à côté d'un monticule de déchets.

            Valèr pensait simplement à déguerpir d'ici au plus vite, mais en voyant le pseudo-journaliste à sa merci, il y vit une opportunité de finir le travail. Après une courte hésitation, il écrasa l'accélérateur et fila droit vers sa cible. Il fut surpris de voir que Kadick n'essayait même pas de se mettre à couvert, mais cela arrangeait ses affaires.

            Lancé à tombeaux ouverts, il renversa tout le fatras qui trainait sur sa trajectoire, et fondit sur Kadick. Au dernier moment, il vit ce dernier se faire happer et éviter le choc mortel. Il se retourna pour voir ce qu'il s'était passé, et aperçu le droïde et le faux journaliste côte à côte.

            Valèr se résigna. Il se concentra sur sa conduite et pris de l'altitude afin de se mettre en sécurité.

               Trente minutes plus tard, Vig Valèr était avachi sur un fauteuil au fond d'une taverne, non loin de l'issue de secours, au cas où. Toutefois, il se sentait de plus en plus relâché. Si Kadick et sa diabolique machine avaient du le trouver, ça se serait déjà produit. Comme il se sentait plus serein, il décida d'appeler Monsieur Nk pour lui annoncer l'échec des assassins, et d'affronter sans doute sa désapprobation. Il composa le numéro crypté sur son comlink afin d'établir une liaison sensée être intraçable. L'appel resta dans le vide et Vig raccrocha. Après plusieurs échecs, son comlink bipa.

- Oui, j'écoute, fit le technicien de la CorSec, d'une voix un peu trop nerveuse à son gout

- Ici Nk, le faux journaliste a été tué ?

- Euh....., il chercha ses mots, mais ne trouva rien de percutant. Non il est toujours vivant. Son droïde était un droïde de combat, il a tué les assassins que vous avez recruté.

            En répondant ça, il s'en voulu immédiatement, car sa tournure de phrase mettait implicitement la faute sur Monsieur Nk.

            Il y eu alors un court silence, et Vig en profita pour essayer d'atténuer sa dernière phrase.

- Enfin, je voulais dire que les assassins et moi avons bien tendu le piège, mais le droïde nous a surpris. Il avait des capacités militaires. Jamais vu une machine faire ça. 

- C'est bien entendu. Vous allez me faire un rapport sur ce qui s'est passé, en me précisant à quoi ressemblait le droïde, et en détaillant ce qu'il a fait. Je veux ce rapport dans moins d'une heure, me suis-je bien fait comprendre ? ordonna Nk sur un ton sec et teinté d'une menace voilée.

- Je vais faire ça, et concernant le reste de mon paiement, c'est toujours d'actualité non ? Faut dire que j'ai fait mon job, les assassins ce sont eux q...

- Oui, coupa sèchement Nk, oui vous aurez votre paiement, en adoucissant la voix, faites moi votre rapport et restez chez vous toute une journée, le temps que la situation se calme. Ai-je été clair ?

- Absolument, répondit-il visiblement plus détendu.

- Bien, au revoir Monsieur Valèr.

            Vig souffla et sentit ses épaules se décrisper quelque peu. Ça ne s'était pas si mal passé que ça, et puis il allait quand même être payé, et sans avoir du négocier. Il commanda une tasse de caf, et commença à écrire son rapport, ensuite et seulement ensuite, il s'accorderait une longue nuit de sommeil bien mérité.

                                                                     ***

- Tu es prêt ?  s'enquit Dreic soucieux.

- Oui maître, fit Pod en arborant  son double canon blaster.

- Défonce la porte !

            Le droïde déclencha un violent chassé avec sa jambe, fractura la serrure et ouvrit l'appartement de Vig Valèr.

            Dreic avait pu récupérer son adresse avec l'aide de Pod en recoupant des informations sur l'Holonet. Ils avaient du faire cela, car le technicien avait réussi à se cacher et à disparaitre du Grand Marché Corellien. Maintenu éveillé par l'adrénaline, Lobora ne s'était pas reposé depuis l'embuscade où il aurait du mourir.

            Son compagnon électronique et lui avaient passé la nuit à explorer des intuitions, pistes et autres lieux pour retrouver Valèr. Le logement de ce dernier, dans un immeuble résidentiel de bon standing, était l'un des derniers endroits auquel Dreic avait pensé. Pour autant, il ne sentait pas fatigué, mais au contraire, déterminer à le coincer.

            Pod pénétra dans l'appartement avec célérité, tandis que Dreic, armé de son blaster DL 22, garda la porte d'entrée. Quelques instants plus tard, il entendit son droïde l'appeler.

            Prudemment il rentra à son tour. Il ne fit pas attention à la décoration et suivit la voix qui le guidait à travers le duplex. Il atteignit l'embrasure d'une pièce, semble-t-il un bureau, et se raidit subitement devant la scène.

- MERDEEE ! cria-t-il !!! C'est quoi tout ce bordel ! hurla-t-il, fou de rage.

- Je suis sincèrement désolé maître.

            Dreic envoya de puissants coups de poing dans la cloison pour évacuer cet excès de colère. L'espoir d'identifier l'assassin de son père venait de s'évaporer, une fois de plus. Mais cette fois-ci il y avait cru, jusqu'au bout, et il était certain de mettre la main sur Vig Valèr. Cependant, à aucun moment , il ne s'était imaginer le retrouver mort chez lui, emportant dans la tombe tout ce qu'il savait.

            Un trou dans le mur, et quelques phalanges ensanglantées plus tard, Dreic recouvra ses esprits et écouta Pod.

- Il semblerait que ce soit un tir de sniper. Le coup devait venir de cette tour à six cent mètres là-bas, dit-il, en montrant de son doigt mécanique le carreau brisé et par delà, un autre griffe-ciel.

- Merci Pod, on va quand même fouiller cet appartement, mais j'en ai marre de galoper partout, on a retourné Coronet sans rien de tangible. J'ai à peine réussi à prouver que mon père a bien été tué. Il y a une source d'informations que nous n'avons pas encore utilisée. Je dois faire preuve de courage et aller là-bas.

- Vous pensez à Nar Shaddaa maître ?

- Oui Pod, il y a quelques mois Rahm Kota nous a fait une promesse , il est temps qu'il l'honore.