Chapitre XXI

 

            Dreic finissait le fameux civet de dianoga à l'intérieur du Bha'lir en attendant des nouvelles du propriétaire. La chair tendre et filandreuse baignant dans son jus corellien était succulente, et il profita pleinement de ce court moment de plaisir.

            Alors que son assiette était vide depuis quelques minutes, la même serveuse qui s'était occupée de lui tout au long du repas, revint le voir arborant toujours son charmant sourire.

- Le civet vous a t-il satisfait ?

- Absolument, merci.

- Maître Bha'lir vous attend, vous pouvez le rejoindre par le même chemin fit -elle en lui indiquant les toilettes.

             Dreic la remercia poliment, et se leva en direction des commodités.

            Cette fois-ci le couloir morne et grisâtre était inondé d'un blanc épuré, beaucoup moins austère et intimidant que lors de sa première venue. Il déboucha sur la même porte qui s'ouvrit et retrouva les deux gardes casqués en combinaison.

            Il s'assit de son plein gré sur le même siège et attendit un instant que l'écran mural reprenne vie.

            La ligne rougeâtre, représentation graphique de la voix de Bha'lir , se mit à osciller et sa voix électronique retentit.

 - Ta demande a abouti, mais elle te coutera 10 000 crédits, as-tu cette somme sur toi ?

            Dreic ne put réprimer un rictus de stupéfaction en entendant l'énormité de la somme demandée, mais conserva son calme.

- Je peux payer cette somme, mais je veux des garanties avant de vous donner quoi que ce soit, vous me comprenez...

- Bien sûr.

            L'écran changea et une vidéo s'activa, Dreic reconnut les gratte-ciels de Coronet City entrelacés par des files de circulations. Les images zoomèrent sur un airspeeder bleu métallisé en particulier, puis l'angle de l'holocam changea pour une vue de côté. Soudainement deux autres speeders jaillirent de nulle part et encadrèrent le véhicule azur. L'instant d'après, Dreic vit des tirs de laser partant de leurs vitres, cribler l'airspeeder cerné de tout bords. La séquence suivante, était familière à Lobora, puisque c'était celle qu'il avait vu dans les bureaux de la Corsec. Son cœur se serra, et une boule lui monta dans la gorge. Il se ressaisit pour rester impassible afin d'éviter d'éveiller tout soupçon.

            L'écran se modifia derechef et Bha'lir reprit la parole.

- Transfère moi les crédits maintenant.

- C'est tout ? fit-il en se reprenant.

- Il y a le rapport complet sur le disque de données.

- Au prix où je paye, je devrais avoir votre avis sur ce meurtre non ?

- Paye, et je te le dirai, fit Bha'lir tandis qu'un des gardes lui présenta un datapad pour faire le virement.

            Exaspéré par les négociations, il obtempéra et lâcha de la façon la plus  cynique qu'il put :

- C'est bon ?

            Une fois la transaction terminée, Bha'lir reprit la parole.

- Mon avis est simple : oublie ce meurtre quelque en soit les raisons, c'est un règlement de compte fait par des types qui savaient ce qu'ils faisaient. Tu n'es pas de taille pour ça.

-Ça ce n'est pas votre problème. Vous savez où ils sont maintenant ?

- Non, ils ont abandonné et brulé les speeders dans une casse à la limite sud du Secteur Bleu, puis ils se sont fondus dans la foule. Ce sont des gars d'ici sans aucun doute.

- Vous êtes en train de me dire qu'il n'y a aucune piste à suivre ? s'énerva Dreic.

- C'est ça. Sauf si tu veux écumer tous les gangs et organisations criminelles de cette ville...

            Ne tenant plus en place, le jeune Lobora bondit de son siège et balança avec rage le datapad vers l'écran mural qui se fissura sous l'impact. 

- Vous vous foutez de moi ! cria-t-il .

- Ca suffit, répondit Bha'lir sur le même ton monocorde. Je t'ai fourni ce que tu m'as demandé. Sortez-le immédiatement, finit-il par dire à ses hommes de main.  

            Les deux gardes saisirent brutalement Dreic par les épaules et le conduisirent dehors sans ménagement.

            Il retrouva Pod ainsi que le sullustain qui s'était assis, les bras croisés et qui manifestement prenait son mal en patience. Il remarqua son visage se décrisper en le voyant arriver.  Dreic lui donna quelques dizaines de cred's de sa poche, bredouilla quelques mots à Pod et décida de rentrer à bord du Vendetta désabusé et frustré. Il en avait plus qu'assez de la complexité des choses, et de constater que même en faisant un pas vers la résolution du meurtre de son père, il en faisait, dans le même temps, deux en arrières.

                                                         ***

- Maître, Maître ? fit Pod en déposant une main mécanique sur son propriétaire.

            Dreic entendit au loin la voix de son droïde, pensant que ce n'était qu'un de ces étranges rêves, mais il dut admettre que c'était bien trop insistant pour n'être que dans un songe.

- Qu'est ce qu'il y a ? maugréa-t-il.

- Vous avez reçu un message de Vig Valèr, le technicien de la CorSec.

- Hein ? répondit-il comateux.

- Vous savez maître, le technicien qui a eu la charge d'élucider l'accident de votre père.

            Les idées se remettaient peu à peu en place, et soudain ça lui revint. Il se leva brusquement et se cogna la tête aux conduites qui passaient au dessus de sa couchette.

- Qu'est ce qu'il veut ? gémit-il en se frottant le crâne pour atténuer la douleur.

- Il vous a donné rendez-vous, car il aurait des informations supplémentaires sur l'accident de votre père.

             Dreic se releva, posa ses pieds nus sur le sol métallique et froid du Vendetta.

- Passe le moi sur la table s'il te plait.

            Dans le cockpit du chasseur, la table modèle CS 2912 Kane&Lowe avait été conçu pour effectuer toutes les tâches nécessaires à un long voyage spatial. Il y avait bien évidemment les fonctions de bases de communications. Tout le monde s'arrêta un instant, même Custom qui tourna son globuleux photorécepteur, lorsque Dreic s'installa pour écouter ce que Vig Valèr avait laissé comme message sur le comlink d'Isaac Kadick.