Star Wars

 Vendetta

 

 

 

 

An 5 avant la Bataille de Yavin

 

CHAPITRE PREMIER

 

 

 

 

 

            Depuis dix minutes, le cadet Dreic Lobora surveillait ses instruments avec attention. A bord de son chasseur Tie, il guettait le moindre signal. Son escadrille et lui avaient une mission on ne peut plus claire : trouver et neutraliser le Poussière de Diamant, un transport de fret de classe Mark III.

 

            Les douze Tie composant l'escadrille com-plète s'étaient divisés en trois vols et quadrillaient un large secteur autour de la planète minière glaciale Allyuen.

 

            Les secondes s'égrenaient trop lentement au goût de Dreic. Il regardait avec lassitude à travers la verrière de son cockpit les poignées de cargos qui allaient et venaient autour du globe verdâtre striés de blanc pâle. L'ennui le gagnant, il ouvrit un canal privé avec son ami Evik Oumar.

 

- Pff c'est long ! Qu'est ce qu'il attend ce transport ? soupira-t-il.

 

- Ouais, ça commence à faire, mais je pense que c'est pour tester notre capacité à rester concentrer même quand il ne se passe rien.

 

- Tu as sans doute raison... mais bon, j'espère qu’on ne va pas y passer toute la journée !

 

- T'inquiète pas, allez continuons, finit-il.

 

             Dreic lança un "Hourra" ironique, puis il coupa la communication et poursuivit ses scans.

 

            Depuis qu'il avait rencontré Evik à son entrée à l'académie impériale de Corulag, Dreic avait remarqué qu'il possédait une autorité naturelle et un bon sens tactique. Rien d'étonnant qu'Oumar, alias gris six, dirigeait aujourd'hui le vol deux dans lequel le cadet Lobora, alias gris cinq, opérait.

 

            Le temps passa et toujours rien, Dreic laissa trainer son regard vers l'espace constellé d'étoiles, entrainant avec lui des pensées d'explorations exo-tiques. Tout à coup l'intercom grésilla, le tirant de sa brève rêverie.

 

-  Ici gris trois, cible repérée à 2-6-0-7, je répète : cible repérée à 2-6-0-7.

 

-  Ici leader gris, gardez vos formations. vols  un, deux et trois rejoignez les coordonnées indiquées, mais attendez mon ordre pour la prochaine action, compris ?

 

            Leader gris reçut en quelques secondes une flopée d'accusée de réception. "C'est parti " pensa Dreic. Il poussa les turbines ioniques de son appareil et fila au point de rendez-vous, accompagné par le bourdonnement strident du moteur de plus en plus présent.

 

            Le Poussière de Diamant grossissait à vue d'œil. Il s'agissait d'un transporteur somme toute classique. Long de trois cents mètres, sa forme rectangulaire s'évasait de plus en plus en remontant vers la poupe. Malgré sa masse imposante, il ne disposait que d'un unique canon laser monté en tourelle. Bien que cet armement soit suffisamment puissant pour détruire un Tie, un seul canon ne représentait pas de menace réelle, sauf si le pilote était un novice et l'artilleur, un génie de la gâchette.

 

            L'intercom grésilla de nouveau.

 

- Poussière de Diamant, ici l'enseigne Jeo Haldeman, veuillez, au nom de l'Empire et en vertu du code spatial impérial, article 19 alinéa 52, couper vos mo-teurs.

 

            Un silence radio s'ensuivit. Le transport  ne semblait pas réagir aux injonctions de leader gris et continuait sa route pour s'extirper de l'orbite basse d'Allyuen.

 

- Poussière de Diamant je répète : ici l'enseigne Jeo Haldeman, veuillez, au nom de l'Empire et en vertu du code spatial impérial, article 19 alinéa 52, couper vos moteurs, ou nous devrons utiliser la force pour vous stopper.

 

            Une nouvelle réponse muette eut lieu. Leader gris passa sur le canal de l'escadrille.

 

- Bien, nous passons à l'offensive, l'objectif est de neutraliser les défenses et les moteurs en faisant un minimum de dégât à la cible. Nous devons l'empêcher de passer en hyperespace et l'immobiliser pour que nos forces puissent l'arraisonner. Gardez la formation et suivez le protocole d'attaque M1.

 

            L'escadrille répondit par l'affirmative.

 

            La manœuvre 1 dite M1, était une tactique d'assaut standard, lorsque des chasseurs impériaux assaillaient un vaisseau beaucoup plus volumineux. Cette manœuvre consistait à faire de nombreux passages éclairs  sur la cible en la mitraillant. Chaque passage devait s'effectuer selon un vecteur d'appro-che différent pour que les canonniers et autres systèmes défensifs ne puissent anticiper les trajectoires des Tie. 

 

            La formation impériale se sépara et leader gris assigna à chaque vol un angle d'attaque. Le vol un attaquerait par bâbord, le vol deux par tribord et le vol trois par la poupe.

 

            Dreic et son groupe de Tie dessinaient dans l'espace un losange mortel qui filait à pleine vitesse sur leur proie quand soudain, des petites lueurs rouges éclairèrent la coque du Poussière de Diamant. Une seconde et demi plus tard, une pluie de laser s'abattit sur le vol deux.

 

            Malgré le surprenant barrage de tirs, Dreic ne fut qu'à demi-étonné et esquiva les rares traits énergétiques qui pouvaient l'inquiéter. Il lança la bat-terie de senseurs pour en savoir plus sur la puissance de feu dont faisait preuve le cargo. L'instant d'après, les informations défilèrent sur son moniteur. La cible possédait non pas un, mais une douzaine de canons laser. La communication s'activa.

 

- Ici leader gris rapport des dégâts. Quelqu'un a été touché ?

 

- Leader gris, ici gris huit, j'ai une avarie au panneau solaire droit et une perte d'énergie de vingt pour cent, mais je devrais pouvoir continuer l'assaut.

 

-  Compris gris huit, bien on se concentr...

 

- Leader gris, ici gris sept, j'ai de nouvelles informations : la cible libère des chasseurs. J'en compte huit... non dix ! Mon ordinateur me dit qu'il s'agit de Z-95 Headhunter ! s'exclama-t-il.

 

- Ca se complique, attention aux chasseurs et gardez la formation...

 

            Puis  l'enseigne Haldeman se tut pour fixer son attention sur le combat. Dreic et le vol deux arrivèrent à portée de tir du transport, mais trois Z-95 vinrent à leur rencontre, canons laser en action. Le cadet Lobora fit jouer avec dextérité la paire de manettes fixée sur son manche à balai pour faire louvoyer son Tie. Les deux escouades de chasseurs se croisèrent en trombe, striant l'espace d'éclairs pourpres et verts. Nul doute que les Z-95 feraient vite demi-tour pour continuer l'engagement. Dreic vit le transport qui grossissait à vue d'œil, il libéra les kilos joules d'énergie sur les armes de ce dernier. Le reste du vol deux fit de même.

 

            Tandis que le Poussière de Diamant laissait échapper de brèves explosions et de minces volutes de fumée disparates tout autour de sa coque, leader gris redonna des ordres.

 

- Vol un et trois engagez les chasseurs, le vol deux vous vous occupez du cargo !

 

            Dreic appuya sur une touche pour faire apparaitre sur son écran tactique la situation. Une vision schématique de la bataille s'anima. Il y avait un rectangle et dix petits triangles orange représentant les ennemis et onze croix bleues pour l'escadrille, "Onze" remarqua t-il, "quelqu'un a déjà été descendu". 

 

            Suite aux ordres aboyés par Haldeman, il ne put s'empêcher de penser que la tactique choisie n'était pas la meilleure. Bien qu'ils ne soient pas nés de la dernière conception, les Z-95 étaient redou-tables pour les Tie, car ils possédaient des boucliers déflecteurs, des missiles et une plus grande résis-tance. Les seuls avantages des engins impériaux rési-daient dans leur très grande maniabilité et leur vitesse. Pour ces raisons, affronter en infériorité numérique des appareils aussi dangereux, mettait en péril toute l'escadrille et la mission. "Il aurait fallu que tous les Tie s'attaquent aux Z-95 "estima-t-il.

 

            Malgré sa désapprobation, il se focalisa sur son pilotage. Il chercha du regard ses camarades par delà son hublot sphérique. 

 

-  Evik, tu es où ?

 

- Derrière toi. Vol deux on se sépare, nous volerons en binôme : gris sept avec gris huit et  gris cinq avec moi. On continue la M1 du mieux possible ! Exécution !

 

            Les trois pilotes acquiescèrent à l'unisson. Lobora et Oumar entamèrent une large boucle et foncèrent en direction de la poupe du Poussière de Diamant. Selon les scans, il restait encore quatre canons laser actifs. Ils eurent, très vite confirmation de cette information et évitèrent  facilement les tirs adverses. A portée optimale, ils lâchèrent des bor-dées de laser avec une précision chirurgicale et dépassèrent le cargo. Leurs feux avaient fait mouche. Alors qu'ils amorçaient un autre demi-tour pour un nouvel assaut, l'alarme de verrouillage retentit dans le cockpit de Dreic. Un Headhunter devait le pour-suivre car un missile venait d'être expédié. Gardant son sang-froid, il consulta son moniteur pour savoir le temps qu'il lui restait avant que le projectile meurtrier ne fasse son œuvre. Moins de vingt secondes avant l'impact. C'était court. Impossible de demander de l'aide avec si peu de temps.

 

           Dreic décida de pousser les moteurs ioniques à fond et se dirigea vers le transport Mark III par tribord. Il prit une trajectoire de collision avec le navire et maintint sa vitesse. Le missile était à moins de cinq secondes quand il redressa les commandes relevant ainsi son Tie en passant en rase-motte au-dessus de la coque du navire. Trois secondes plus tard, il sentit le souffle de l'explosion secouer son appareil. Son esquive avait réussit. Le missile s'était écrasé quelque part sur le Poussière de Diamant. A peine eut-il le temps de savourer sa survie que des rayons rouges le frôlèrent, accompagnés du tinta-marre des alarmes de verrouillages. Le Z-95, bien qu'étant à une longue distance de sa proie et ayant peu de chances de le toucher, arrosa copieusement l'engin de Dreic. Celui-ci ouvrit un canal avec Evik.

 

-  J'en ai un qui me harcèle, tu peux t'en occuper ?

 

            Après un court moment, gris six répliqua.

 

-  Ca va être dur, tu n'as sans doute pas vu mais j'ai rompu la formation, moi aussi j'en ai un qui me mène la vie dure !

 

            Dreic ne tergiversa pas et réfléchit à la meilleure chose à faire pour supprimer son vis-à-vis. Il décida de ralentir un peu, pour réduire la distance. Il s'appliqua à être encore plus mobile pour éviter les lasers et toute acquisition de cible permettant un lancement de missile, qui à cette distance n'aurait aucun mal à pulvériser un Tie. Le pilote ennemi mitrailla à tout-va et Dreic devina son empres-sement, sa hâte de l'abattre. C'était une faille à exploiter. Lorsque le Headhunter fut suffisamment près, Lobora saisit l'opportunité. Il effectua brusque-ment deux virages successifs à presque quatre vingt dix degrés et fut plaqué contre son siège, encaissant la force centrifuge libérée par ce mouvement soudain, malgré les compensateurs d'accélération et d'inertie. Il termina sa course par deux nouveaux virages moins serrés pour se positionner derrière le Z-95 qui avait tenté vainement et maladroitement de le suivre.

 

           Dreic accéléra et atteignit une portée de tir optimale. Il régla la distance et la puissance de ses armes. Il prêta attention à son réticule de visée. Celui-ci clignota une demi-seconde malgré les man-œuvres d'évitement et Dreic appuya plusieurs fois sur la gâchette. Les premières volées furent tantôt ratées tantôt absorbées par le bouclier déflecteur qui se matérialisa un instant. Maintenant sa concentra-tion et la pression sur sa cible, il envoya d'autres rayons verdâtres qui pénétrèrent le champ protecteur invisible et touchèrent les deux turbines bâbord. Cela provoqua l'explosion du Headhunter en une formi-dable boule de feu aveuglante. Il prit soin de con-tourner le nuage de débris pour conserver son Tie intact. En se rappelant de son objectif premier – neutraliser le transport - il fit rugir de plus belle son chasseur, filant tel une comète.

 

            Il consulta son écran tactique pour voir comment se déroulait l'assaut. La situation avait considérablement changé. Le vol un et le vol deux affichaient cinquante pour cent de pertes tandis que le vol trois avait été entièrement désintégré. Néan-moins, il restait encore cinq Z-95 et le Poussière de Diamant allait rapidement s'extraire de l'attraction d'Allyuen et passer en hyperespace. Sur le canal de l'escadrille, la voix d'Evik résonna dans le cockpit de Lobora :

 

-  Ca chauffe ici ! J'ai deux ennemis qui me filent le train et le transport qui se fait la malle, même si j'ai réussi à l'esquinter.

 

- Tiens bon j'arrive ! Essaye de m'en amener un dans ma direction, je vais le prendre par surprise, proposa Dreic.

 

- Ok ! Mais il faut faire vite car sinon on ne pourra pas s'occuper de la cible.

 

- Gris deux, gris quatre, vous en êtes où ?

 

- Nous aussi on joue au chat et à la souris, on va essayer d'en finir le plus tôt possible, rétorqua gris quatre.

 

- Revenez rapidement pour nous aider à stopper cette foutue boite de métal.

 

            Dreic trouva rapidement la position de son ami, relativement éloigné de l'objectif de la mission. Il en déduisit que pour réussir, il n'aurait droit qu'à une seule passe pour éliminer les Z-95 traquant gris six. Il tira la paire de manettes vers lui pour faire monter son Tie, accéléra et prit de la hauteur par rap-port à la position d'Oumar et des ennemis qui le pourchassaient. En gardant un œil sur la télémétrie, il continua sa course, puis soudain, descendit en piqué. Dreic fondit par bâbord sur les Headhunter, en retenant son attention sur le réticule de visée. Avec la rage d'un gundark, il ouvrit le feu au bon moment et désintégra le premier Z-95 de plusieurs tirs dans le "nez" de l'appareil. Le second fut surpris par l'explosion de son coéquipier, mais parvint à réagir prestement en virant et s'éloignant de la pluie de traits énergétiques.

 

- Et un de plus ! jubila-t-il, gris deux, gris quatre vous avez fait le ménage ?

 

            Le silence fut la seule réponse qu'il obtint. Il regarda derechef son écran tactique, il ne restait plus  qu'Evik et lui, ainsi que deux autres Headhunter qui revenaient à la charge.

 

-  Il ne reste que nous Evik, on finit les derniers?

 

- Pas le temps. Le Poussière de Diamant va s'échapper, selon mes instruments on n'aura droit qu'a une dernière attaque. On doit réunir notre puissance de feu et détruire ses moteurs, analysa gris six.

 

            Dreic hésita, mais son ami avait raison.

 

- Compris.

 

            Quelques secondes plus tard, il s'aligna sur le même plan que celui d'Evik. Ils avancèrent à toute allure, réduisant la distance avec le transport de clas-se MK III, quand des flèches pourpres les rasèrent de près. Instinctivement, il chercha ses assaillants à travers la verrière.

 

- Il y en a un qui nous suit et l'autre qui se ramène à 1-9-5-2 quart nord-est, informa gris six.

 

            En dépit du danger, le couple de Tie ne bougea pas d'un iota et se rapprocha par le flanc gauche du cargo qui trainait dans son sillage une corolle de fumée. Les tirs ennemis devinrent croisés et de plus en plus soutenus. Dreic aperçut de visu le Z-95 arrivant de biais et crachant son venin. Il effectua un tonneau latéral pour éviter les salves. A peine eut-il le temps de se stabiliser qu'il fut bringue-balé violemment. Il se mit à tournoyer, ses écrans grésillèrent et une alarme poussa son cri strident. Il tourna péniblement la tête et remarqua qu'il lui manquait un panneau solaire.

 

            Malgré le tournis qui lui donnait migraines et maux d'estomac, il essaya de dompter sa ligne de vol et tenta de communiquer avec son dernier partenaire, mais son système comm avait grillé. Il cria sa rage et sa frustration.

 

            Retrouvant un semblant de calme, il tenta de redresser et s'aperçut que le tangage fonctionnait encore un peu. Il s'aligna une nouvelle fois sur la position du fuyard et appuya sur la détente. Rien ne se produisit. Il lâcha un autre juron.

 

            Dans son esprit, la seule issue possible se dessina, "Il n'y a plus qu'une chose à faire...". 

 

            Concluant qu'il était toujours une menace, les adversaires restants se remirent à le canarder. Dreic ne pouvant rien faire, poursuivit son idée. Il poussa la manette des gaz au maximum et prit un vecteur de collision.

 

             Désormais les dés étaient lancés.

 

             Le Tie agonisant courait vers sa perte glori-euse. Le cadet Lobora repensa à cette mission, il ne regrettait rien car il avait fait de son mieux. Malheureusement cela semblait avoir été insuffisant.

            Les lignes rectangulaires enfumées et la coque parsemée d'impacts du

 

 

illust1_just