CHAPITRE IX

 

            Le soleil se levait sur Curamelle. Ses rayons paresseux commençaient à baigner la cité impériale aux milliers de gratte-ciel. Bien qu'il se tienne debout, face à sa baie vitrée, l'officier Pir Ledrie ne prêtait guère attention au spectacle naturel. En huit ans d'une carrière exemplaire, il n'avait jamais connu pareille situation. Il se remit nerveusement à faire les cents pas dans son bureau. L'impensable s'était produit. Le cadet renégat Lobora avait réussi une évasion spectaculaire au nez et à la barbe de tous. En agissant de la sorte, il l'avait discrédité. En outre, il avait tourné en dérision la sécurité de l'académie et celle de la planète, ses défenses n'ayant pu empêcher un bleu inexpérimenté de s'enfuir.

            Ledrie devait le rattraper au plus vite et faire appliquer la sentence que les circonstances imposaient : une condamnation à mort. "Nul ne peut se soustraire à la justice de l'Empire et ce n'est pas un misérable étudiant qui y parviendra" pensa-t-il sombrement.

            Cela faisait près d'une heure qu'il avait été tiré de son lit, prévenu de la nouvelle par ses hommes. Il avait rappliqué aussi vite que possible à l'académie. A peine était-il arrivé que les premiers rapports l'attendaient déjà sur son terminal. En moins d'un quart d'heure, il avait saisi la gravité de la situation, et reconstitué grossièrement le parcours de Lobora. Le cadet était sorti de sa cellule, neutralisant deux gardes. Puis, il s'était fait passer pour un soldat agissant sous ses ordres, et il avait volé une navette prenant au passage un otage. Chose étrange, il semblerait qu'un droïde l'accompagnait. Les premières conclusions vinrent rapidement : le système de sécurité, notamment les holocams, avait été piraté. L'inefficacité des défenses de Corulag, doublée à une chance de damné lui avait permis de passer en hyperespace. Enfin une déduction limpide s'imposait à lui comme une évidence : cet exploit ne fut possible qu'avec le concours d'un ou de plusieurs complices.

            Ledrie avait ensuite fait réveiller les meilleurs astronavigateurs de l'académie pour qu'ils puissent plancher sur la position du fuyard en se basant sur les dernières trajectoires de la navette. Puis en prenant le temps de la réflexion, il s'était dit qu'il y avait la possibilité que Lobora ait pu trouver des coordonnées dans le navordinateur du vaisseau dérobé. En conséquence, il avait chargé le responsable de la tour de contrôle du hangar de lui transmettre les registres ainsi que les destinations récentes de l'appareil.

            Désormais, il attendait impatiemment ces informations pour les communiquer aussitôt à ses supérieurs qui se chargeraient de prévenir les planètes susceptibles de voir débarquer le prisonnier. Il espérait ainsi, déclencher un engrenage fatal, et exhiber aux yeux de tous le sort que l'on réserve aux félons. Néanmoins le temps jouait contre lui. Chaque seconde de perdue bénéficiait à Lobora. 

            Pour l'instant Pir était bloqué, il ne pouvait pas faire grand chose et cela le frustrait terriblement .

            Faute de mieux, il décida de se replonger dans le dossier du cadet en cherchant à savoir qui aurait pu lui apporter le soutien nécessaire à une évasion. Il saisit son databloc et le parcourut en quête d'une info qu'il aurait manqué. Il se focalisa sur les proches de Lobora. La liste était pour le moins réduite. Son père étant mort, il ne restait personne. Il retrouva la trace de la visite de l'équipage du cargo appartenant à son géniteur, mais les enregistrements de la rencontre souligner l'absence criante de relation. " Il faudrait être fou de défier l'Empire, même pour le fils de son ex-patron" se fit comme réflexion le lieutenant, puis il se ravisa "Cependant je ne dois négliger aucune piste, je vais me renseigner sur cet équipage... Mais je suis certain que la réponse n'est pas là, l'aide venait d'ici, de l'intérieur. C'est certain. "

            Tout en faisant défiler les données sur son bloc-notes électronique, Ledrie réfléchit aux suspects potentiels. Très vite deux noms lui vinrent à l'esprit. Le lieutenant Dajen, qui avait défendu son pilote, et l'ami du fugitif : Evik Oumar.  

            Encore que, cette dernière supposition était des plus friables. En effet, c'était grâce à la délation de ce même Oumar, que Lobora avait pu être appréhendé. Cependant, il aurait très bien pu être rattrapé par son acte, et rongé par les remords, il l'aurait aidé en guise de rédemption. Pir fut interrompu dans ses pensées par le bip de son comlink. Agacé, il répondit d'un ton sec.

- Oui ?

- Lieutenant Ledrie, je suppose ? Ici le colonel Cipolti, décréta une voix faussement sereine.

             L'officier du B.S.I se raidit brusquement, le commandant de l'académie l'appelait directement sur son communicateur personnel. C'était la première fois, qu'il s'adressait à lui de la sorte et cela n'augurait rien de bon. Le colonel Qanb Cipolti avait la réputation d'être un de ces gradés au caractère inique et excessif, profitant de son statut pour s'adonner à tous les genres de vices. Néanmoins, Ledrie refusa de se laisser intimider par des bruits de couloirs. Il se calma et chercha un ton complaisant.

- Colonel, que me vaut le plais...

- Qu'est-ce que c'est que ce raffut dans mon académie ? coupa Cipolti. On me parle d'une évasion d'un mes cadets que vous auriez mis aux arrêts ? Qu'est ce que c'est que cette histoire ?

- C'est ... C'est exact colonel, avoua Pir du bout des lèvres.

            En rassemblant son courage, il se ressaisit en se convainquant qu'il avait fait son travail du mieux possible, et qu'il n'avait rien à se reprocher.

- Il s'agit du cadet Lobora, monsieur, condamné à la prison à perpétuité pour complot, trahison, et maintenant rébellion.

- De quoi ?  s'énerva le colonel. Vous vous prenez pour qui, pour vous permettre de toucher à mes pilotes ? A fortiori aux plus brillants ? Et surtout sans m'en avertir !

-Sauf erreur, monsieur, je vous ai envoyé une copie de l'arrestation, comprenant le motif et la sentence. J'ai interprété votre absence de réponse, comme une approbation, se défendit Ledrie.

- Non mais qu'est-ce que vous croyez ? Je gère une académie qui forme près de cinq milles soldats chaque année, je n'ai pas le temps de tout surveiller,et de surcroit, les frasques d'un lieutenant zélé qui m'envoie rapports sur rapports. En prime, concernant votre affaire, je me suis arrêté aux notes de votre premier interrogatoire. Cette affaire était réglée ! Mais apparemment vous êtes un incapable doublé d'un imbécile qui se permet de jeter au cachot mes pilotes !

            Pir ressentit la colère du colonel qui se déversait sur lui, tel la furie d'un hutt apprenant qu'il venait de perdre une cargaison d'épices. Toutefois il se raccrocha à ses connaissances sur la juridiction impériale.

- Monsieur, j'appartiens au Bureau de Sécurité Impériale, et si, après enquête, je prouve qu'un individu, quel qu'il soit, est coupable d'un acte grave nécessitant une condamnation, je suis habilité à exécuter la sentence, article 215 alinéa RR541 du code du B.S.I. En outre, je vous ai transmis un mémo résumant le cas du cadet...

- Ne me sortez pas vos foutaises de codes ! Retrouvez moi ce Lobora vivant, ou vous comprendrez que moi aussi, je sais utiliser les lois à mon avantage ! Et je veux votre rapport complet avant la fin de la journée ! tempêta-t-il en coupant sèchement la liaison com.

            Ledrie resta de marbre quelques instants, debout, son comlink encore près de la bouche. Il baissa les bras, et son esprit se remit en marche. Gagné par l'énervement, il balança un grand coup de pied dans son bureau en lâchant un juron. Le doute s'installa en lui, teinté d'une peur lancinante. Cipolti pouvait lui faire du tort et entacher sa prometteuse carrière. C'était largement en son pouvoir, il fallait donc éviter d'en arriver là. Il fallait mettre ses ressentis de côté, et satisfaire la requête du colonel " Il veut un rapport complet, soit, mais il me manque encore des éléments pour lui présenter quelque chose de correct..."  résuma-t-il.

            Son communicateur toujours en main, il appela son second, le caporal Trejo.

- Oui lieutenant ?

- Allez me chercher immédiatement le cadet Oumar !

- A vos ordres monsieur.

            Une vingtaine de minutes plus tard, Ledrie eut enfin une bonne nouvelle: il obtint les trois coordonnées contenues dans le navordinateur de la navette volée. Aussitôt, il contacta ses supérieurs dans l'espoir de capturer Lobora, de ramener l'ordre et le calme dans l'académie, mais surtout d'apaiser la furia de Cipolti à son égard.

            En attendant de recevoir son "invité", Pir s'assit dans son confortable fauteuil en cuir synthétique, ouvrit un tiroir de son bureau, et sortit une bouteille de brandy corellien. Il se versa un verre, et se délecta de cet alcool venant de sa planète natale qui lui rappelait sa jeunesse à la Corsec. Les souvenirs et la liqueur montant, il délia ses jambes, les allongea, et se détendit enfin. 

 

Ledrie dans son bureau sur Corulag SWV

 

 

            On ne pouvait pas dire que ce début de journée se passait pour le mieux. C'est ce que se disait Evik, encadré par deux commandos, " l'escortant " dans les quartiers du B.S.I. Il allait dans le même endroit où, quelques jours plutôt, il avait brisé son amitié avec Dreic en le dénonçant. Il avait tranché entre son sentimentalisme et son devoir, même s'il se surprenait à éprouver des regrets. Pourtant, il savait pertinemment qu'il avait parfaitement agi, pour le bien de l'Empire et celui de son ami. 

            Depuis la mort de son père, Dreic n'était plus que l'ombre de lui-même. Il était parasité par des idées de vengeance, de complot, et même de rébellion.  Evik avait assisté, impuissant, à sa chute. Il en avait conclu qu'il était devenu un danger pour l'escadrille, et qu'il n'avait plus sa place à l'académie. Exclu, il espérait que Dreic puisse repartir de zéro et reconstruire sa vie ailleurs.

            Malgré cela, la perte de son camarade, ne le laissait pas indifférent. Peut-être qu'un jour, il le reverrait, et il pourrait lui expliquer son choix.

            Oumar évita de laisser ses pensées tomber dans une émotivité excessive, et se ressaisit. Il était un soldat de l'Empire, il devait agir en tant que tel.

            A peine avait-il chassé cette idée, qu'il s'interrogea derechef sur cette matinée agitée. Au cours de la nuit, il y avait eu le déclenchement inhabituel des alarmes, qui l'avait tiré de son sommeil. Comme conforme à la procédure, il avait enfilé sa tenue, et avait rejoint ses partenaires dans les couloirs qui menaient au hangar, mais on leur ordonna peu après de retourner se coucher.

            Au petit matin, de nombreuses rumeurs circulaient dans l'académie, toutes plus excentriques les unes que les autres. Cependant Evik se demandait si cela avait un lien avec cette invitation musclée. Etre dans l'expectative le perturbait.

            Ils arrivèrent finalement devant le bureau personnel de l'officier Ledrie et après qu'un autre commando ait annoncé leur arrivée, ils entrèrent. Le trio s'avança et se présenta. Oumar ne fit pas attention à la décoration spartiate et à la peinture sombre teintée de pourpre qui habillait les murs. Son regard était plutôt attiré par la lugubre prestance du lieutenant du B.S.I, vissé dans son fauteuil, ainsi que par la grande baie vitrée, qui offrait une vue aérienne spectaculaire.

            Son odorat attira son attention : une légère odeur d'alcool flottait dans l'air. Il dévisagea son hôte impérial et constata que ce dernier avait un verre à moitié plein posé sur la table devant lui. Il tapotait ses doigts nerveusement sur ses accoudoirs, et son visage laissait transparaitre la fatigue et le stress. Les poches sous ses yeux, ainsi que sa mine pâle appuyait cette première impression.

- Asseyez-vous ! dit Pir sèchement, en désignant de la main la chaise libre en face de lui.

            Le cadet s'exécuta sans rien dire. L'officier du B.S.I ouvrit un tiroir et en sortit une seringue.

- Tenez le, soldats !

            Evik esquissa une réaction, mais fut rapidement collé de force à son siège, tenu par les stormtroopers.

- Mais... qu'est-ce que vous faites ?

- Un sérum de vérité, fit-il en enfonçant l'aiguille dans le bras de l'aspirant pilote.

- Vous n'avez pas le droit ! protesta-t-il

- J'ai tous les droits lorsqu'il s'agit de retrouver des traitres ! Maintenant fermez là ! Je vous dirai quand vous pourrez parler ! ordonna-t-il

            Cela faisait dix minutes qu'Evik attendait servilement dans un silence absolu. Complètement dépassé par la tournure des événements, il ne comprenait plus rien à la situation et se posait un tas de question sur la raison d'une telle attitude...

            Pir estima que le sérum s'était suffisamment répandu dans les veines du cadet. Il sorti un calepin électronique et commença son interrogatoire.

- Les informations que je suis sur le point de vous révéler sont classées secrètes. La moindre fuite concernant le sujet de notre entretien vous incombera automatiquement, et sera considérée comme trahison. Vous vous doutez que la peine pour ce genre d'acte est très sévère. Ai-je été assez clair?

            Oumar se sentait de plus en plus las, comme pris d'une fatigue croissante. Il répondit un "oui" laconique.

- Bien. Cette nuit aux alentours de trois heures trente standard du matin, le prisonnier Lobora s'est enfui de sa cellule. Il a volé une navette, prit un otage et a réussit à passer en hyperespace. Les forces impériales sont activement à sa recherche.

            Ledrie observa le regard de son interlocuteur s'éveiller quelque peu. Il poursuivit.

-Si vous êtes là, c'est que vous êtes un suspect. Vous étiez le plus proche de Lobora, et les premiers indices récoltés sur son évasion, laisse penser qu'il a bénéficié d'une aide... Voyez-vous où je veux en venir ? 

            Evik mit un petit moment à comprendre ce qu'il venait d'entendre. Dreic, était retenu prisonnier... Et il avait fait l'impossible, s'échapper de l'académie, déjouer ses défenses... " Comment a-t-il pu éviter, les canons, les chasseurs Tie et le destroyer ? " se demanda-t-il impressionné par cet exploit hors norme. Il resta scotché par cet improbable prouesse. Il en mesurait d'autant plus la portée, car il connaissait la réalité des batailles spatiales.

             L'officier de la B.S.I lui parla mais il ne fit pas attention. Son esprit resta sur cette nouvelle ahurissante. Il réalisa que cet exploit l'avait conduit ici, et qu'on le menaçait à cause de cela. Il était tenaillé entre admiration et animosité envers son ancien partenaire. Le lieutenant l'arracha de sa rêverie en frappant du poing sur la table, et en tonnant.

- Vous êtes sourd ?  Avez vous compris ma question ?  Avez vous aidé le cadet Lobora ?

- Non, monsieur, mon devoir prime avant tout, récita Evik

- En êtes vous certain ?

- Oui, monsieur.

- Où étiez-vous aux alentours de trois heures trente du matin ?

- Dans ma chambre, monsieur, je dormais.

- Avez vous quelqu'un qui peut attester de cela ?

- Non monsieur, depuis le départ de Dr... ( le cadet se corrigea ), du fugitif, je suis tout seul dans ma cabine.

            Visiblement, Pir fut déçu des réponses sincères et spontanées données par son suspect. Il décida de stopper les questions factuelles, au profit de celles nécessitant un peu plus de verbiage.

- Dites-moi, j'ai du mal à croire que quelqu'un d'aussi droit et philanthrope que vous n'ait pu éprouver de regrets après la délation de son meilleur ami ?

            Hésitant, Oumar ressenti le besoin d'être franc, et de légitimer son choix.

- J'en ai éprouvé monsieur..., mais j'ai fait passer mon devoir de soldat avant tout.

            Ledrie afficha un petit sourire malsain, il avait trouvé la brèche dans laquelle il pouvait s'infiltrer.

- Ces regrets vous ont-il poussé jusqu'au point de vouloir aider Lobora ? Cela serait compréhensible...

- Non monsieur.

- En êtes vous sûr ? Dénoncer un ami est courageux, mais vous êtes jeune et sensible, vous vous en voulez d'avoir agit comme cela, et rongé par les remords vous êtes passé à l'acte... argua-t-il d'une voix insidieuse.

            Evik répondit une nouvelle fois par la négative, même si l'officier du B.S.I avait vu juste sur ses doutes.

- Ne me faites pas croire que vous ne ressentez rien, vous n'êtes pas un stupide robot, dites-moi ce que vous pensez de Lobora...

- J'ai... j'ai souhaité savoir ce qu'il allait devenir après son exclusion, j'ai souhaité lui parler pour expliquer mon geste, mais apparemment je me suis trompé, je ne pensais pas qu'il serait arrêté, je pensais qu'il serait simplement renvoyé chez lui.

- Vous êtes d'une naïveté ! fit Ledrie d'une moue dédaigneuse... Les traitres de l'Empire ne méritent que la mort ! s'emporta-t-il.

             Oumar fut surpris par cette réaction rageuse. Il objecta spontanément.

 - Théoriquement, il n'a rien fait, aux yeux de la l...

- Taisez-vous ! Vous n'êtes pas ici pour débattre des lois, cadet ! Hurla le lieutenant impérial.

            Il se tut quelques secondes pour laisser redescendre son accès de colère et reprit.

- Donc, si je résume bien, vous n'avez, en aucune façon, aidé votre ami ?

- Oui, monsieur.

- Alors explique-moi comment un adolescent écervelé, isolé dans sa cellule a pu s'enfuir aussi facilement et aussi rapidement ?

- Je ne sais pas, monsieur.

- Vous n'avez aucune idée ? Vous n'avez rien remarqué ? Personne n'aurait pu aider Lobora ?

- Je ne s....

- Stop ! coupa Pir, prenez cinq minutes pour réfléchir à mes questions imbécile !

             Evik s'exécuta, et passa en revue les individus qui aurait pu être susceptible d'aider Dreic. Ce fut pour le moins rapide, le caractère taciturne et solitaire de son ami aidant à la tâche. Aucun membre de l'escadrille des gris n'aurait pris un tel risque. Hormis lui-même, il ne songea à personne d'autre.

- Je ne vois vraiment personne monsieur.

            Dépité Ledrie déclara.

- Vous ne servez à rien soldat !

            Tandis que l'officier impérial déblatérait de nouvelles anicroches, Oumar remarqua des petits droïde sphériques effectués leurs besognes de nettoyages sur les grandes baie vitrées. C'est alors qu'il eu une fulgurance, et cracha un nom comme de morceau de viande coincé dans la gorge.

- POD !

- De quoi parlez vous ?

-  De Pod, le droïde de Dreic.

            Pir chercha dans sa mémoire et fit rapidement le lien. L'évadé avait en sa possession un droïde protocolaire depuis un moment sans que personne n'y trouve à redire. Pourtant, c'était strictement interdit par le règlement. Cependant il n'avait jamais fait attention à cette information. Il chercha à en savoir plus.

- Pourquoi dites vous cela ? Ce n'est qu'un vulgaire automate obéissant à trois pauvres circuits.

- Détrompez vous, j'ai vu Pod à l'œuvre, et si il y a quelque chose que je peux affirmer, c'est que ce n'est pas un droïde comme les autres.

- Vous pensez qu'il aurait été en moyen d'aider le fuyard ?

- Je ne crois pas, et il me semble que des soldats sont venus le chercher peu après l'arrestation de Dreic, c'est donc impossible.

            Ledrie repensa soudainement à l'un des rapports qu'il avait lu, "accompagné d'un droïde". Il  se précipita de l'autre coté de son bureau, et appuya sur une touche intégrée.

- Caporal, allez immédiatement vérifier si le droïde appartenant à Lobora est toujours consigné dans la salle de rétention avec son bouton d'entrave. Faites vite !

- Oui lieutenant, acquiesça le sous-officier.

            Pir reporta son attention sur le cadet.

- Pourquoi ne m'avez vous pas parlé de ce Pod dès le début ?

- Vous ne m'en avez pas parlé, et j'ignorais tout de la situation jusqu'à présent, je ne voyais pas l'intérêt de...

- Fermez là ! trancha-t-il, frustré de ne pas avoir fait le lien entre cette information plus tôt.

            Ledrie se rapprocha d'Oumar. Il se pencha, et arrêta sa tête à une trentaine de centimètres pour lui faire face. Il plongea son regard de fer dans le sien, et lui susurra de la voix la plus menaçante possible.

- Je vous le demande une dernière fois, est ce que vous avez aidé Lobora ? Est ce que vous savez qui aurait pu le faire ?

            Evik recula instinctivement la tète, comme si un Hutt tendait l'immondice gluante qui lui sert de langue pour le lécher. Néanmoins il pouvait pas échapper à l'haleine nauséabonde aux exhalaisons d'alcool. Il murmura une énième fois une réponse négative.

- Je vous ai à l'œil cadet Oumar, continua Pir sur un ton identique, croyez-moi bien !

            Puis il se redressa, et retourna s'assoir dans son fauteuil. Il fit un geste aux gardes qui attendait stoïquement au fond de la pièce, et leur fit signe de ramener l'aspirant pilote. Il conclut :

- J'en ai terminé avec vous... pour le moment.

            Comme à l'aller, Evik était reconduit par deux commandos jusqu'à sa chambre. Allongé sur son lit, il retrouvait peu à peu toute sa lucidité avec la disparition progressive des effets du sérum. Il ressassa toutes ces révélations dans son esprit. Il prit conscience qu'il avait vendu son ami à un sombre destin, mais en intervenant de la sorte, il avait involontairement provoqué les troubles de cette nuit et son propre interrogatoire. Il s'en voulait d'avoir été naïf, et d'avoir agi en se basant sur des suppositions. Il avait été choqué par les méthodes dangereuses et sadiques de Ledrie. Il se demanda s'il représentait le B.S.I tel qu'il était vraiment ou s'il était juste un officier abusant de son pouvoir. Comme tout le monde, il savait que le B.S.I était la police militaire et qu'il ne fallait pas les avoir contre soi, mais avait-il le droit de l'interroger comme le dernier des délinquants sur de simples conjectures ? " De toute façon il n'y a pas grand chose à faire, je fais ce que l'on me dit, mais quand je brillerai aux Jeux Académiques, quand je commanderai ma propre escadrille, je retournerai voir ce dégénéré, et j'irai lui expliquer ma façon de penserL'empire ne peut pas se permettre d'avoir des officiers comme ça dans leurs rangs" se dit-il pour calmer le sentiment d'injustice qui grondait en lui.

            Pir Ledrie se sentait mitigé. Déçu de s'être trompé sur le cadet, mais l'interrogatoire n'avait pas été une pure perte de temps. Les informations concernant le droïde pourraient s'avérer utiles. Toutefois, plus il s'imprégnait dans cette affaire, et plus il avait la désagréable sensation qu'elle serait des plus compliquées à résoudre.

            On frappa à sa porte, le sortant de ses vicissitudes. " Sans doute mon deuxième suspect, le lieutenant instructeur Dajen . J'espère qu'il m'apportera de jolies pièces du puzzle..."

- Entrez ! cria-t-il.