CHAPITRE VIII

 

 

            " Non ! Arrête toi ! Arrête toi, Bon sang !" Ces mots s'élevèrent dans sa tète, jusqu'à devenir un puissant leitmotiv tournant en boucle. Dreic fut peu à peu envahi par la détermination et le courage de finir ce qu'il avait entreprit depuis une bonne demi-heure. Il ressassa une énième fois ce qu'il avait amené dans cette situation: la mort de son père, et ses révélations post-mortem, la trahison d'Evik, les tortures de Ledrie...

            "Je ne peux pas échouer maintenant, je ne peux pas laisser les assassins de mon père vivant Je veux me venger de tous ces salops, et les faire payer ! " s'intima-t-il pour se faire violence. A l'évidence il avait bien trop de raison de ne pas abandonner. Il serra les dents, les tripes crispées d'angoisse, mais le regard empli de fureur et fit demi-tour vers le chef mécanicien. Il jeta un bref coup d'œil aux quatre autres mécanos, toujours absorbés par leur partie et interpella leur supérieur d'un ton sec et téméraire.

- Qu'est ce qu'il y a encore ? répondit Zahn, passablement agacé.

- Je dois vous montrer une dernière chose avant de partir.

            Dreic se rapprocha pour lui faire face.

- Quoi donc ?

             Il dégaina son arme aussi vite que possible et la pointa sur la poitrine du chef mécanicien, de sorte que personne ne voit le blaster, caché entre les deux protagonistes.

- Hé ! Mais qu'est ce que...

- La ferme ! ordonna Dreic en chuchotant, si vous tenez un tant soit peu à la vie, vous allez faire ce que je vous dis, c'est clair ? Montez immédiatement avec moi dans cette navette ! improvisa t-il avec une intonation aussi menaçante que possible.

- Vous êtes fou ! Baissez votre arme !

- Vous n'êtes pas en position de donnez des ordres ! Obéissez ou mourrez ! bluffa Dreic.

- Si vous me tuez ici, vous déclencherez l'alerte et tout sera fini pour vous !

- Vous êtes prêt à parier votre vie là dessus ? Moi je n'ai plus rien à perdre ! rétorqua t-il avec la plus grande sincérité.

            Zahn hésita, chercha le regard de l'homme qui le braquait, mais son casque interdisait toute éventuelle lecture de son faciès. Il baissa la tête, comme pour signer sa reddition.

- C'est d'accord, concéda t-il. 

- Alors on monte, allez !

            Ils avancèrent tous les deux sur la rampe d’accès et pendant qu’ils cheminaient, Dreic configura son blaster en mode paralysant. Une fois à l'intérieur, à l’abri des regards indiscrets, il tira sans état d'âme dans le dos de Zahn qui s’effondra. Dreic traina le corps inerte du chef mécanicien dans un coin retiré du vaisseau. Froidement il s'installa avec Pod sur les sièges du cockpit du Flèche d'Endar. Il se familiarisa avec les commandes de l'appareil, repérant les différents systèmes. Le tableau de bord était bien plus garni de boutons et autres leviers que celui d'un chasseur Tie. En outre, il n'avait jamais piloté de navette Lambda, cependant l'académie dispensait à ses cadets des cours leurs apprenant les bases communes du pilotage des principaux types de vaisseaux.

            Tous les voyants étaient au vert, la navette semblait être en parfait état, Dreic se décida alors d'allumer l'intercom.

-  Tour de contrôle, ici Flèche d'Endar demandons autorisation de décollage immédiate.

             Quelques secondes après, une voix masculine répondit.

- Un instant s'il vous plait.

            "J'espère que ça va marcher" pria Dreic intérieurement.

- Donnez votre code d'identification.

- Pod transmet le, signifia t-il à son droïde en prenant soin de ne pas être entendu par la tour de contrôle.

- Transmission en cours, finit-il par répondre à la voix masculine.

- Allez, allez... Ouvre moi ses fichues portes ! murmura t-il.

            Au lieu de rester inactif, il fit chauffer les moteurs et remonta la rampe d'embarquement. Puis il s'attarda sur l'ordinateur de navigation...

            Les quatre mécaniciens étaient absorbés par leur partie de Sabacc. Pourtant le ronronnement d'un moteur attira leur attention. Ils tournèrent la tète et virent la navette Lambda prendre vie.

- Où est le chef ? demanda l'un d'eux.

- Je sais pas, répliqua un autre.

             Les mécanos cherchèrent du regard leur supérieur, en vain. Ils se lancèrent dans une discussion où la tension croissait au rythme des questions sans réponses.  

-  Le commando et le droïde vous les avez vu partir ?

- Je crois pas non.

- Ils ne sont pas montés dans la navette par hasard ?

-Qu'est ce que j'en sais moi ! Par contre, ce qui est sûr c'est qu'aucun décollage n'est prévu. Je me rappelle encore entendre Zahn me dire qu'on aura une soirée tranquille, et qu'il pourrait nous dépouiller aux cartes !

- Il vaut mieux, parce que si on n'a pas inspecté la navette avant son départ, ça risque de chauffer pour nous !

             La rampe d'accès se referma, et les quatre hommes croisèrent leur regard, incrédule.

- Vous avez vu le chef monter ?

- Je sais pas, je t'ai dit ! s'énerva l'un d'eux. Il est peut être parti aux toilettes, ou implorer le dieu du Sabacc pour avoir un peu plus de jeu !

- Tu veux pas appelez la tour de contrôle pour voir ?  proposa un autre.

            Inquiet, un des comparses saisit son comlink.

-  Tour de contrôle, ici le mécano Diaw, vous me recevez ?

- Affirmatif, qui y a t-il ?

- C'est à propos de la navette, elle va décoller ?

-Oui, nous vérifions les codes, mais elle est inscrite au registre des départs. Il n'y a pas de problème.

- Euh... si, nous ne l'avons pas inspecté aujourd'hui. Ce n'était pas prévu sur l'organigramme.

- Vous me dérangez parce que vous n'avez pas fait votre boulot ? s'emporta la voix masculine.

- Attendez, quelques secondes s'il vous plait.  

            Diaw, alla chercher son bloc-notes électronique sur un petit bureau non loin de lui. Il afficha sur l'écran la liste des tâches de la journée.

- Je confirme, cet appareil ne nous a été affecté ni à notre équipe, ni à aucune autre. Je vous envois le planning pour que vous me donniez votre avis, mais c'est louche ! Et... cela n'a peut être aucun rapport, mais Zahn, notre chef, s'est volatilisé depuis quelques minutes, vous voyez quelque chose sur vos écrans ? 

- Ok, j'ai reçu vos infos, on va tirer cette histoire au clair. Je vous tiens informé si nous voyons Zahn.

            Tandis que Dreic se demandait si l’allumage des moteurs et la remontée de la rampe n’avaient pas trop attiré l’attention, l'intercom de la navette grésilla.

Flèche d'Endar veuillez patienter, nous examinons vos codes. Terminé.

             Dreic se raidit à cette annonce. Il avait le mauvais pressentiment que la tour de contrôle se doutait de quelque chose. L'attente était trop longue, et ce message ne faisait que confirmer ses inquiétudes. " On nous fait patienter ! " se dit-il,  "ils découvriront très vite la supercherie. Je dois agir maintenant, chaque seconde que je perds est à leur avantage...".

            Pod interpella Dreic, et le sortit de ses pensées.

- Maître..., maître ?

-  Pod, je réfléchis là, fit l'ex cadet d'un ton contrarié.

- Je suis navré de vous déranger, et je suis consterné par la nouvelle que j'amène. En voulant sélectionner et entrer notre destination, je me suis heurté au cryptage des cartes d'astronavigations.

- Quoi ? tu veux me dire que... commença t-il n'osant pas finir sa phrase

- Effectivement, nous ne pourrons pas atteindre la destination que nous avions prévu, et la perspective d'un saut hyperspatial, sans coordonnées d'entrées et de sorties précises connait un taux d'échec de quatre vingt six, virgule cinquante deux pour cent.

            Dreic lâcha une bordée de juron qui traduisait son immense ras le bol face à toutes les épreuves qui l'empêchaient de partir loin d'ici. Le dilemme, entre l'espoir de faire mentir les statistiques et la perspective de se jeter dans l'hyperespace à l'aveuglette pour finir, accesoirement, dans le cœur d'un soleil, fut vite tranchée dans son esprit, " tenter le saut, c'est du suicide ! "

- Tu peux craquer le cryptage ?

- Selon mes estimations, si le cryptage ne possède pas plusieurs sous algorithmes, ou autres mécanismes de défenses, et si la clé correspond au modèle standard impérial pour ce genre d'encodage, il me faudrait cent soixante trois minutes, cinquante huit secondes et dix neuf centièmes.

- Hein ? Mais c'est beaucoup trop long, si on n'a pas déguerpi dans les prochaines minutes, on est foutu ! On doit chercher autre chose, tu n'as pas en mémoire l'adresse d'un système, d'une planète, n'importe quoi !

- Désolé maître de décevoir vos attentes, mais la réponse est négative, croyez moi, je suis moi-même fortement affecté par ma propre inefficacité dans un moment si critique.

- Inutile d'en rajouter ! s'exaspéra Dreic.

            " Au pire, je décolle,  et j'essaye de me cacher quelque part sur Corulag, en attendant que ca se calme !" essaya-t-il de se rassurer. " Et la tour de contrôle qui me donne toujours pas son feu vert! Putain!"

            Les quatre mécaniciens s'étaient brièvement dispersés à la recherche de leurs chefs. Ils avaient tenté également de le joindre sur son comlink personnel, sans succès. Leur prospection plus que sommaire, resta stérile. Ils revinrent s'assoir un brin penaud, et reprirent leurs parties comme si de rien n'était. Ils avaient fait leurs jobs, à savoir signalé l'anomalie. Quant à leur supérieur, ils convinrent tous, qu'il devait être occupé par quelque chose, et qu'il réapparaitrait bien assez tôt, pour essayer de se refaire.

            Le temps jouait clairement contre lui, et Dreic réfléchissait nerveusement à son double problème. Tout en hésitant à prendre une initiative vis-à vis de la tour de contrôle, il cherchait encore une solution pour fuir Corulag. Jusque là, les réponses à ses tourments conjoncturels, demeuraient inefficaces et chimériques.

- Maître, maître ! J'ai trouvé ! J'ai trouvé !  s'ébroua Pod d'une manière saccadée.

- Tu as trouvé quoi ?  fit Dreic, en tournant la tête d'un mouvement vif vers son droïde.

- J'ai récupéré trois coordonnées, maître ! continua fièrement le robot . Il en restait deux dans l'historique, et une dernière était encore dans la mémoire tampon du navordinateur.

             L'ex-cadet sentit en lui, un poids énorme disparaître aussi vite qu'il était apparut. Soulagé et ravi, il s'exclama:

- Super boulot, Pod ! Quelles sont les trois destinations ?

- Il s'agit de trois planètes, Le Centre Impérial, anciennement dénommé Coruscant, Kuat, et Ralltiir.

- Que des destinations pro-impériale, mais de toute façon, je n'ai pas le choix...marmonna Dreic en faisant la moue. Pod, mon vieux accroche-toi, tu m'as aidé à me décider ! On s'arrache...  maintenant ! rugit-il.

            Les répulseurs anti-gravifiques ronflèrent, et firent léviter la Flèche d'Endar à deux mètres du sol. Dans l'habitacle, les bips de l'intercom ne tardèrent pas à réagir à ce décollage non autorisé. En guise de réponse, Dreic coupa les communications. Il fit pivoter lentement la navette sur elle même, et pointa son "nez" vers les portes massives du hangar. Il prit temporairement la place de Pod qui siégeait au poste de canonnier. Il consulta brièvement les commandes, constata que toutes les armes étaient opérationnelles et fit feu.

            Le formidable déchainement d'énergie des pièces d'artilleries se déversa sur l'imposant portail. Le vacarme des tirs fut assourdissant. Sous les coups de boutoirs de la navette, les plaintes mêlées des jointures, des plaques d'acier et autres mécanismes électriques donnaient a cette mélodie un air d'apocalypse.

- Plus vite ! Plus vite ! s'impatienta Dreic.

- Maître, interpella le droïde argenté, six commandos ont pénétré dans le hangar. Ils se dirigent vers nous. Il y a de très fortes chances qu'ils viennent pour nous stopper.

- Ha ! Tu crois ? Ironisa Dreic . Active les boucliers.

 - Oui maître.

            Pod se rapprocha du tableau de bord, et chercha via ses photorécepteurs, les bonnes commandes.

- Ca vient ?  trépigna Dreic

- Oui...  voilà maître, navré pour l'attente, mais les différentes c...

- Plus tard pour les excuses !

            Les quatre mécaniciens assistèrent avec stupeur et tremblement, à la scène de chaos. Impuissants, ils s'étaient refugiés derrière une barricade improvisée faites de chariots et de caisses. Ils observèrent, apeurés, l'appareil détruire les grandes portes, tel un dragon krayt, retenu trop longtemps en cage et cherchant à se libérer à grand coups de griffes. Ils ne dirent aucun mot, et furent tétanisé par la violence qui se déroulait sous leurs yeux. Une demi-douzaine de commandos s'étaient joint à la scène de destruction et faisaient dans la surenchère, en arrosant la navette. Leurs tirs, aussi inoffensifs que des gizkas, n'eurent aucun effet, sinon de mettre en évidence l'enveloppe bleutée des boucliers.

             Ils restèrent là, tétanisés, jusqu'à la fin de la bataille opposant laser et duracier.

            Dreic cessa le feu, laissant se disperser un brouillard noir et opaque qui lui obstruait la vue. La porte apparut au bout de quelques secondes, en piteux état. Elle était parsemée de trous de toutes tailles, fumants et incandescents, mais certains de ses gonds la tenait encore en un seul morceau.

- J'espère que tu es prêt Pod, parce que ça va secouer, fit Lobora d'une voix euphorique.

- Maître, protesta le droïde, la porte est toujours fermée et...

- Plus pour longtemps !

            Dreic rouvrit un feu nourrit et transféra soixante dix pour cent de la puissance aux boucliers déflecteurs avants. Il se réinstalla à la place du pilote, et alluma les moteurs ioniques subluminiques avec toute l'énergie qu'il restait. L'accélération le plaqua contre son siège, et la Flèche d'Endar bondit en avant. Le vaisseau traversa le portail comme du flimsiplast, en raclant les portions de métal dans un crissement suraigu. La nuit paisible et étoilée vint remplir la verrière de Dreic. Filant vers l'espace, il hurla de joie.

             Libres, ils étaient libres. 

 

             Tandis que la navette déployait ses ailes pour former une sorte de delta, Dreic poussa les senseurs au maximum de leurs capacités : les défenses de Corulag ne le laisserait pas partir si facilement. Il resta à l'affut du moindre signal, prompt à réagir.   

- Pod, tu es sur que le destroyer n'est pas en orbite en ce moment ? s'enquit-il

- Selon mes dernières intrusions dans le trafic spatial militaire, il n'y est pas, mais théoriquement, il est présent quelque part dans le système.

- C'est noté.

            La "Flèche d'Endar" s'éleva avec célérité dans l'atmosphère en direction de la grande voile couleur encre mouchetée d'étoiles. Soudain, une dizaine de petits points bleus apparurent sur les écrans.

- Ils viennent de la station de défense ? demanda-t-il à Pod en pointant du menton l'écran de contrôle.

- Effectivement, maître

- Combien de temps avant qu'ils ne nous interceptent, et combien de temps avant de pouvoir activer l'hyperdrive ? 

- Si nous gardons notre cap et notre vitesse... ( Pod prit un instant pour calculer) Les chasseurs Tie seront à portée de tir dans trois minutes et vingt six secondes. En ce qui concerne le saut, il faudra compter quatre minutes et cinquante huit secondes, afin de s'extirper des forces gravitationnelles de la planète et d'atteindre le positionnement adéquat.

            Dreic modifia de plusieurs degrés sa trajectoire pour gagner un peu de temps sur l'escadrille de Tie lancée à sa poursuite. Il savait que cela ne suffirait pas pour éviter l'engagement, mais les quelques secondes grappillées pourraient lui sauver la vie. Entre temps son moniteur afficha de nouveaux ennemis. Les données indiquaient que ces derniers venaient de la surface. Pod estima leur arrivée trop tardive pour être menaçante, à moins qu'ils n'aient pu détaler de là...

            En attendant, Dreic consulta les coordonnées hyperspatiales trouvées par son droïde et prit le temps de réfléchir à la destination. Les trois n'étaient guère enviable, car toutes sous bannière impériale, et nul doute que les autorités ne tarderait pas à réagir lorsqu'ils apprendront que l'appareil a été volé par un condamné.

- Alors, nous avons le Centre Impérial, Kuat, et Ralltiir, fit-il à haute voix. Soit la capitale de l'Empire défendu par une armada, soit les plus grands chantiers navals de la Galaxie, eux aussi surprotégés, ou une place financière majeure...

            Lobora continua son monologue en se frottant le front d'un air pensif, le regard dans le vague.

-  Il me semble que Ralltiir est toujours plus ou moins indépendante, même s'ils ont de fortes accointances avec les impériaux. Tu as quelque chose sur ça Pod ?

            Le modèle AG9 modifié, resta immobile, photorécepteurs allumés, et chercha dans ses unités de mémoires.

- Ralltiir est une planète au gouvernement composé de locaux, mais sa politique est pro-impériale. Depuis une quinzaine d'années, cette place forte de la finance est dans une période de déclin, mais reste un carrefour important de fonds et d'investissements. Il est bon de noter maître, qu'une forte garnison s'y trouve.

- Qu'entends tu par forte ? Tu as le listing des troupes ?

- Oui maître, mais il date de sept ans, vous souhaitez le connaitre dans son intégralité?

- J'imagine que non, fais moi juste le résumé des forces spatiales.

- Un croiseur de classe Trenchant, et deux escadrilles de chasseurs Tie.

            Lobora fit une moue contrariée.

- Bon, direction Ralltiir, et une fois là-bas, j'espère qu'on ne trainera pas dans le coin !

            Il rentra les coordonnées dans le navordinateur, ajusta derechef son cap, et afficha un décompte qui égrainait le temps restant avant de pouvoir déguerpir... définitivement.

            Alors qu'il restait encore deux minutes, une première vague d'ennemis arriva à portée de canons. L'espace autour de la Flèche d'Endar s'illumina de vert, au gré des tentatives prématurées.

            Instinctivement, Dreic augmenta drastiquement la puissance des boucliers de la poupe. Néanmoins, il hésita un instant à se servir des blasters lourds arrières pour disperser ses poursuivants. Le choix fut vite réglé dans sa tête, car sans canonnier, et avec une énergie non extensible, lutter était synonyme d'une perte de temps, qui sans aucun doute, lui serait mortel. S'il parvenait à tenir ces deux minutes, il gagnerait son pari et un futur.  

            Lobora se focalisa sur le pilotage, les mains sur les commandes, essayant de ne faire qu'un avec la machine. Il n'avait que son talent pour s'en sortir, mais à contrario de son évasion pédestre dans l'académie, il ressentait en lui une alchimie faite d'excitation et de sérénité." C'est comme si je faisais une super simu, mais là, si l'écran vire au noir, c'est la mort garantie" se dit-il.

            Il commença les embardées, et de façon saccadée la navette tangua de gauche à droite et inversement. Le feu adverse se fit plus soutenu et plus oppressant. Un coup d'œil à ses instruments, lui confirma que toute l'escadrille de Tie le talonnait désormais.

            Soudain, deux violentes secousses cahotèrent l'appareil et ses occupants. Dreic serra les dents. Ils avaient été touchés, mais le bouclier tenait toujours la route. Il redoubla ses manœuvres, et fit le choix de ne plus regarder ses senseurs, pour s'immerger totalement dans ses esquives.

            Le vol du Flèche d'Endar devint de plus en plus erratique. Dreic enchaina les décalages, tonneaux, et virages abruptes, avec une grâce spasmodique. Le compensateur d'inertie réglé à 0,5 lui permettait de "sentir" son vaisseau et par la même occasion, les forces générées par ses figures acrobatiques.

            Les secondes défilaient et la navette lambda déjouait les mires des chasseurs avec brio, lorsque Pod pointa son doigt mécanique vers le hublot. Il troubla son propriétaire en déclarant d'une voix imperceptiblement angoissée.

- Le destroyer maître, Il est droit devant nous.

            Sinistrement au loin, tel un aqua-monstre Sando sillonnant les océans en quête de proie, le gigantesque vaisseau en forme de dague se rapprochait peu à peu. A cette distance, on ne voyait, pour le moment, qu'un simple point blanc inoffensif mais, à chaque kilomètre avalé, le point blanc se muait en un Léviathan de métal.

            Malgré cette menace grandissante, Dreic l'ignora, et força son cerveau à se fixer sur l'unique tâche qu'il s'était assigné : le pilotage.

             Encore une quarantaine de secondes à tenir. L'ex-cadet se laissa une nouvelle fois distraire par son radar qui affichait une nuée de points bleus se ruant droit sur sa position. Les Tie venant de la surface seraient en mesure de le prendre pour cible dans à peine une minute, et le destroyer avait déjà libéré deux escadrilles supplémentaires. 

            Ce bref relâchement d'attention fut immédiatement sanctionné. L'appareil encaissa de nouvelles décharges. Des voyants clignotèrent, des bips à répétition se déclenchèrent, et Pod prit une intonation affolée que Dreic ne lui connaissait pas encore.

- Les boucliers sont en train de s'effondrer maître, moins de trente pour cent de la nominale !

- Et merde ! Pod ferme la ! je dois me concentrer ! cria-t-il

            Tandis qu'il essayait de retrouver une pleine concentration, une demi douzaine de chasseurs impériaux le doubla en trombe. Dreic comprit en un éclair ce qui était en train de se passer," Ils savent que je suis touché, et ils savent que j'ai mis tout ce que j'avais de protection à l'arrière, ils vont donc aussi m'attaquer frontalement, et là, je n'aurai aucune chance..." Il proféra un autre juron. Son esprit analysa la situation à une vitesse supersonique et s'évertua à trouver une solution. Celle-ci se matérialisa aussi clairement qu'un bantha dans une cantina. Il n'aurait pas su dire, si son idée tenait du génie ou de la folie, mais il allait connaitre très vite la réponse.

            Les six Tie foncèrent droit sur lui, telle une meute de chiens affamés, ouvrant le feu alors qu'ils n'étaient pas encore à portée de tir.

- Pod, à mon ordre tu actives les répulseurs, compris ?

-  Qu'allez vous faire m...

 - Arrête avec tes questions ! s'énerva-t-il ! Tu as pigé ce que j'ai dit ? Tiens toi prêt.

- Oui maître.

            Au meilleur moment, Lobora abaissa ses écrans, et transféra tout ce qu'il restait d'énergie dans les moteurs. Il hurla à son droide :

- MAINTENANT !

            La navette partie brusquement en chandelle. L'ex-cadet inclinant les commandes au maximum, ressentit les énormes vibrations et entendit le grincement des rouages de l'appareil, qui était visiblement poussé à sa limite. Il mit fin à tout cela en redressant sa trajectoire.

            Ses capteurs lui indiquèrent que deux Tie avaient explosés. Ils s'étaient sans doute entretués à cause de sa manœuvre audacieuse. Cependant, l'essaim d'engins impériaux ne comptait pas se décourager si facilement et ils continuèrent la traque de plus belle.  

            Dreic ne savoura pas son succès et réactiva le peu de protection qu'il lui restait. Il jeta un bref coup d'œil au décompte du saut hyperspatial. Plus que quinze secondes.

            Brusquement, une explosion retentit et le secoua rudement. Cela venait de l'arrière du vaisseau. Des étincelles jaillirent du tableau de bord, accompagnées d'une forte odeur de circuit grillé. Cela ne signifiait qu'une chose : les boucliers venaient de rendre l'âme.

            Dreic poussa les moteurs à fond, tandis que les lasers verdâtres tombaient à torrent, et semblaient plus proche que jamais de leur proie, quand le compteur émit un bip. Ce dernier affichait un zéro scintillant. L'ex-cadet se rua sur le bouton et l'écrasa d'un geste rageur.

            Les étoiles s'étirèrent jusqu'a devenir de longs traits parallèles scintillant comme des diamants. La Flèche d'Endar s'arracha de l'enfer pour plonger dans l'hyperespace. 

fuite de Dreic poursuivi par des chasseurs Tie