Englués dans la foule, le jeune fugitif et son droïde s'égaraient dans l'immense " Treasure Ship Row" depuis plusieurs heures. Malgré la nuit, le bazar ne désemplissait pas, bien au contraire. Dreic es-suyait autant les échecs que les gouttes de pluies qui perlaient sur son visage. Il avait l'impression de chercher une aiguille dans une meule de foin, sans compter l'argent qu'il avait "perdu" pour faire parler divers interlocuteurs. Tout se payait, et il avait la nette impression qu'il donnait son argent et son temps contre des courants d'airs, ce qui avait le don de l'énerver au plus au point. Il se sentait perdu au beau milieu d'un labyrinthe. Harassé, il alla s'assoir dans un boui-boui aux relents de fritures pour faire une pause et réfléchir à une meilleure façon d'ef-fectuer ses recherches.

            Tandis qu'il commandait sa boisson à une serveuse visiblement aussi agacée que lui, Dreic sentit une main lui tapoter le dos. Il se retourna vive-ment et reconnut un sullustain. Pod, aux aguets, se leva d'un bond et atterrit entre son maitre et l'individu qui avait osé le toucher. Il attrapa fermement son bras.

- Tu es venu me voler ? demanda sèchement Lobora.

            Visiblement effrayé, le petit humanoïde aux grands yeux d'un noir brillant, balbultia :

- Non, non absolument pas monseigneur.

            Dreic tiqua, c'était la première fois qu'on l'appelait ainsi.

- Pod, c'est bon lâche-le, mais reste attentif. Alors, qu'est ce que tu me veux ? demanda-t-il au sullustain.

- Je viens vous aider monseigneur.

- Arrête de m'appeler seigneur, qu'est-ce qui te fait dire que j'ai besoin d'aide ?

- Mon sei..., monsieur, excusez-moi de vous l'apprendre, mais la moitié du quartier sait ce que vous recherchez.

            Dreic était surpris par cette nouvelle. Il avait parlé de sa quête à une demi-douzaine de personnes, et voilà qu'un inconnu lui affirmait que tout le monde était au courant. Un malaise naissant gronda dans ses entrailles, et essaya de ne rien transparaitre. Ildécida d'écouter son interlocuteur inattendu.

- Fais vite, dis moi en quoi tu peux m'aider, et je te prie de croire que si tu me racontes des histoires, mon droïde te réduira en bouillie, n'est-ce pas Pod ?

-Absolument, maître, répondit-il avec une voix déshumanisée que Dreic n'avait jamais entendue.

- Oui, je vous promets que cela vous sera utile, bafouilla le sullustain. Je connais un excellent infor-mateur qui trouve à peu près toutes les informations possibles sur Coronet et ses environs, je suis per-suadé qu'il pourra vous être utile.

- Où est cet informateur ?

- Je peux vous donner l'adresse, mais je vis de ce que j'entends ici, vous comprenez, marmonna-t-il.

- Tu veux de l'argent toi aussi ? Qui me dit que ce n'est pas une adresse bidon, ou encore quelqu'un qui n'a aucune réponse à m'apporter, tempêta le jeune homme.

- Je vous assure, monsieur, que cette personne pourra vous aider. Je ne mens pas. Elle est connue ici pour être l'une des tous meilleurs fournisseurs de renseignements.

            Dreic savoura ce court instant, pour une fois c'est lui qui avait la situation en main. Il pouvait exiger ce qu'il voulait de ce sullustain avec l'aide de Pod. Il était temps d'utiliser cet avantage et d'arrêter de se faire mener en bateau par le tout venant.

- Tu as l'air sûr de toi, tu es prêt à mettre ta vie en jeu là-dessus ? menaça-t-il.

            Le petit humanoïde hésita un moment avant de répondre et jeta un coup d'œil au droïde archiviste, comme pour vérifier s'il y avait une échappatoire.

- Je ne vous mens pas monsieur, toutes les personnes que j'ai amené voir cet informateur ont eu ce qu'elles voulaient.

- Bien dans ce cas, tu vas m'y conduire.

- Pas la peine je vous assure, je vous donne l'adresse et je vous fais un prix, négocia-t-il.

- Non, cracha Dreic, tu nous y emmènes maintenant.

- Euh, non, non je ne préfère pas.

- Trop tard, tu n'as plus le choix. Pod montre lui l'une de tes principales améliorations.

- Avec plaisir maître.

            Le droïde archiviste tendit son bras droit vers le sullustain et une trappe métallique se rétracta à hauteur de poignet pour faire jaillir un double canon blaster.

- Inutile de courir, le moindre faux pas et c'est la fin. Maintenant, amène-nous vers ton informateur. Si j'ai quelque chose, alors c'est promis, je te paierai pour ton service.

            Le trio se leva sans même avoir eu la com-mande du bar, et s'enfonça derechef dans le tumulte bruyant du " Treasure Ship Row ".

            Le restaurant le Bha'lir était situé à plusieurs pâtés de maison du grand bazar surpeuplé, dans une contre allée relativement tranquille pour le secteur Bleu. Ce calme relatif n'était pas pour déplaire à Dreic. Il arriva avec son "guide" et Pod devant la devanture d'un bleu clignotant. La ruelle semblait paisible dans ce faubourg résidentiel.

- Voilà, vous y êtes, indiqua le sullustain.

- Je dois contacter qui ? demanda-t-il.

- Personne, il y a une procédure spécifique pour parler à l'informateur. Vous devez rentrer seul dans l'établissement, vous assoir comme n'importe quel client et commander le civet de dianoga sauce corellienne.

- Et il se passera quoi ensuite ?

- Ils viendront vous chercher et vous pourrez poser vos questions.

- J'espère que tu dis vrai. Mon droïde va te surveiller, et il ne te lâchera qu'une fois revenu.

            Le sullustain fit une moue de désappro-bation, mais compris qu'il n’avait pas l’ombre d’un choix.

-Pod, allume tes senseurs et sois aux aguets. Je te tiens au courant par comlink, ordonna Dreic avant d'ouvrir la porte du restaurant et de s'y engouffrer.

            L'intérieur du Bha'lir était agencé dans un style corellien classique, avec ses grandes tapisseries murales rouges aux liserés dorées, et ses colonnes luminescentes disséminées ici et là. Toutes les tables étaient rondes, basses et arrangées dans une sorte de spirale qui s'enroulait autour de la cuisine centrale enchâssée dans des blocs de marbre.  La zone du bar était à l'opposé de l'entrée, et Dreic s'y dirigea. Il observa la douzaine d'individus qui garnissait le restaurant, tous occupés à manger, boire et discuter. Personne ne fit attention à son arrivée, ce qui semblait confirmer la véracité de ce lieu.

            Une serveuse humaine s'occupa rapidement de lui en l'installant sur l'une des tables libres et en lui donnant l'élégante carte en flimsiplast des menus. Dreic lut les divers plats et chercha le fameux le civet de dianoga sauce corellienne, et passa commande. La serveuse ne sembla pas changer d'attitude lorsqu'elle écouta ce que voulait le jeune homme et partit transmettre la commande dans l'édicule de marbre.

            Quelques minutes plus tard, la même ser-veuse revint avec un plateau recouvert d'une cloche argentée.

- Voilà un amuse-gueule de la part du propriétaire, avec ses compliments, fit-elle avec un grand sourire avant de tourner les talons.

            Dreic la remercia et souleva le couvercle. Il trouva un bol avec un morceau de flimsi indiquant  en lettres lumineuses : toilettes, cabine 5.         

            Sans plus attendre, il se leva et se dirigea vers les commodités. Sur la porte numéro cinq, Dreic trouva un petit mot en plusieurs langues écrivant que ce cabinet était hors d'usage. Il ouvrit la porte, et fut surpris de voir ce à quoi il s'attendait : des toilettes. Tandis que l'agacement le gagna, la cloison droite se déverrouilla pour laisser apparaitre un couloir som-bre. Le fugitif s'y engouffra et suivit le corridor jusqu'a se trouver nez-à-nez avec une nouvelle porte, qui elle aussi, coulissa. Il avança derechef, quand soudainement, une puissante lumière l'éblouit. Au même instant, une voix masculine lui intima de lever les mains alors qu'il sentait dans le creux de ses reins deux bouches de canons.

- Du calme, les gars, vous devez savoir pourquoi je suis là.

- Ne bouge pas, regarde devant toi. Si tu veux que tout se passe bien, tais-toi et obéit, compris ?  fit la même voix.

- Ok.

- Tu es armé ?

- Oui, affirma-t-il, alors qu'il se faisait déjà palper le corps, et soulager de ses armes.

- Tu es venu seul ?

            Dreic prit une seconde pour réfléchir, il hésita sur la réponse à fournir  et à envoyer un signal à Pod. 

- Un sullustain m'a emmené jusqu'ici.

- Tu as un complice dans le restaurant ?

- Non. Je ne suis pas là pour faire des histoires, je suis là pour obtenir des informations.

- Le droïde avec le sullustain il est à toi ?

- Oui.

- Il y a quoi dans ta ceinture d'équipement ? demanda la voix.

- Des bricoles.

- Enlève-la et donne-la-nous avec ta main gauche.

            Dreic s'exécuta, et la lumière blanche dis-parut pour laisser à nouveau la place à l'obscurité. Ce changement de luminosité l’aveugla de plus belle  et l'empêcha de prendre le moindre indice visuel sur l'endroit ou les personnes qui le neutralisait.

- C'est bon ? s'enquit-il.

- Nous sommes plusieurs et nous surveillons chacun de tes mouvements, si tu bronches, tu pourras te vanter d'être plus fumant qu'un volcan de Mustafar ? Me suis-je bien fait comprendre ?

- Oui, je peux parler à votre patron ?

- Assis toi la dessus, et nous pourrons commencer.

            Dreic sentit qu'on l'asseyait de force sur un siège rembourré plutôt confortable. Mais il sentit que deux personnes lui bloquaient les poignets sur les accoudoirs. Il se rappela presque viscéralement les interrogatoires de Pir Ledrie, mais se força pour ne pas opposer de résistance. Une fois ligoté, le calme retomba dans la pièce et la sensation d'être seul s'imposa à lui.

            C’est alors qu’un grand écran mural s'activa, avec en son centre une ligne rougeâtre  qui se mit à tressaillir au rythme lent des variations d’une voix très grave et étouffée.

- Bonsoir, je suis Bha'lir, si tu as de quoi payer, je peux te fournir les informations que tu désires.