Coronet City était tout aussi vivante de jour que de nuit, pensa Dreic, assis dans le taxi qui l'amenait au rendez-vous fixé par Vig Valèr. Il observa les grands axes de circulation qui brillaient tel les artères d'un gigantesque monstre. Le véhicule perdit de l'altitude et se rangea dans l'une des nombreuses files, et Lobora put profiter des panneaux holos publicitaires qui projetaient leurs messages haut en couleur, ainsi que des flashs stroboscopiques jaillissant ici et là des profondeurs de la ville.

            Le taxi déposa ses passagers dans la principale avenue qui traversait le Grand Marché Corellien. Bien qu'il était aux alentours de minuit, l'endroit demeurait plein de vie. Les bazars, étals et magasins restaient ouvert pour la plupart et, les rues charriaient continuellement leurs lots de badaud en tout genre. Dreic, toujours affublé de son déguisement de journaliste, et suivi de près par Pod, se hâta vers les informations importantes que lui avait promis Vig Valèr sur l’enquête THX-1138. Il n’y avait pas de temps à perdre à jouer les touristes curieux.

            Le brouhaha ambiant diminua à l'orée d'une ruelle peu engageante.

- Tu es sûr que c'est là Pod ?

 - Absolument maitre, droit devant nous à deux cent soixante mètres. Le message précisait :  "devant l'échoppe de tissu Zeblom".

- Si tu le dis. Allons-y

            Dreic s'engagea d'un pas prudent dans l'étroite et sombre contre-allée. Des émanations provenant de canalisations coupées à la va-vite ou fissurées maintenaient constamment une légère brume qui s'éclaircissait au gré des quelques luminaires qui fonctionnaient encore. Il put distinguer de part et d'autres des rampes d'escaliers, de larges bennes à ordures, et quelques échoppes dont les murs empiétaient sur le passage. Tandis qu'il avançait, il remarqua qu'au delà d'une passerelle qui reliait deux blocs d'habitations, il y avait un tronçon suspendu du métro sur répulseurs de la ville.  

            Dreic aperçut à travers la brume une silhouette adossée à un mur à environ cinquante mètres devant lui.

- Pod, c'est lui ?

- On dirait oui, son visage est caché par une capuche, mais sa physiologie correspond.

- Vig ?  cria-t-il, c'est vous ?

            Il n'y eu aucune réponse, et alors qu'il allait recommencer, il entendit le bruit sourd du métro qui se rapprochait à grande vitesse.

- Vig ? c'est bien v...

            Dreic ne put finir sa phrase. Il entendit une détonation en même temps  qu'il eut le souffle coupé et se retrouva violemment plaqué contre le sol. Il se cogna le nez et le visage, et se sentit étourdit un instant, le temps d'entendre ce qui était clairement un échange de coup de feu. Il tourna la tête et vit Pod accroupi sur son dos, le maintenant fermement contre le sol par le col de sa veste.

            La scène se déroula en quelques secondes mais elle fut au ralentie pour le jeune Lobora. Toujours collé contre le bitume, il l'observa  du coin de l'œil le double canon  blaster rétractable du poignet droit de Pod déverser des torrents d'énergies rougeâtres vers les méandres nébuleux de la contre-allée. Il sentit l'odeur typique du gaz compressé envahir ses narines, il entendit le bruit assourdissant des canons, des impacts de tir, et des explosions produites par ce barrage de feu.

            Sans même lui adresser un regard, ou un avertissement, Pod souleva son maître par sa tunique comme s'il pesait aussi lourd qu'un singe-lézard Kowakien et l'emmena avec lui à couvert derrière une grosse benne à ordure. C'était à ce moment là que Dreic pris conscience du piège mortel dans lequel on l'avait pris.  

- Maitre, fit Pod d'une voix aussi calme qu'à l'accoutumée, nous sommes victime d'une embuscade. Je vous présente mes plus sincères excuses pour la brutalité dont j'ai fait preuve. Votre vie était en danger imminent, il a fallu réagir vite.

            Encore sous le choc, Dreic avait le souffle court, ses mains tremblaient, et  se sentait tétanisé. Sans Pod, il serait mort, sans même s'en rendre compte. Il fit trois grandes respirations, et essaya de reprendre le contrôle de son corps et de son esprit.

- Merci Pod... Tu as bien fait... Tu as vu celui qui nous a pris pour cible ?

- Vous voulez dire ceux qui nous ont pris pour cible. D'après mes scans, un est  mort, il reste trois individus, un au deuxième étage, cinquième fenêtre à gauche, et les deux derniers sont derrière la deuxième échoppe en partant de l'entrée de la rue.

            Dreic était réellement impressionné par les capacités militaires de son droïde. Il bloqua son regard sur le visage métallique comme s'il pouvait y lire une nouvelle émotion, mais ne discerna que son expression ordinaire qu'il avait trouvé avec le temps un brin débonnaire. Ses deux photorécepteurs bleuâtres et la grille qui dissimulait son vocabulateur ne trahissait en rien l'urgence de la situation.

- Maître, vous devez vous mettre à couvert pendant que j'anéantis les menaces. Il y a un trou sur le mur de gauche à trois mètres d'ici, allez-y et restez à couvert quand je vous dirai : Maintenant. Est-ce clair ?

- Euh... oui, fit-il pris de court par les initiatives de son partenaire électronique.

- Je reviendrai, conclut-il.

            Puis, sans crier gare, Pod bondit sur la poubelle et déclencha derechef un tir nourri vers les assaillants. Tel un gladiateur rentrant dans une arène,  il s'engouffra dans la ruelle devenue champs de bataille.

            Sous le vacarme, Dreic se concentra et se prépara à courir à l'endroit convenu. Alors qu'il attendait le signal, son regard se posa sur l'autre bout de la contre-allée, toujours plongée dans la brume. La silhouette était toujours là, mais semblait s'éloigner à pas rapide. Le jeune Lobora comprit aussitôt : le technicien de la CorSec voulait sa mort et constatant son éche, il prenait la fuite.  .  

- Hey !! hurla-t-il, reste là Valèr !!

            La silhouette accéléra.

            Le mélange de haine, de tristesse et d’incompréhension qui hantait Dreic depuis des semaines anima les muscles de son corps dans une course déraisonnée.

- Valèr ! cria-t-il à plein poumon.

            Tandis qu’il se lançait à la poursuite de l’ombre mouvante, résonna au loin une voix caverneuse : " Maintenant "

            Alors qu'il semblait rattraper le technicien, ce dernier s'arrêta net et parut faire volte-face en tendant son bras. Dreic saisit rapidement les intentions et se jeta de nouveau sur le sol, évitant de peu les rayons verdâtres. La salve meurtrière sembla durer une éternité et cette fois-ci il trouva que la brume omniprésente avait un aspect rassurant. Il leva son regard tout en restant aplati sur le sol, et remarqua que son assaillant était parti. Le jeune homme se redressa aussitôt et couru pour le rattraper. En cet instant, caressant l'espoir d'avoir des réponses, il ne réfléchit pas aux conséquences, et fonça tête baissée vers le danger.

            Dreic arriva au bout de la ruelle à l'intersection avec une autre allée perpendiculaire. Il tourna la tête des deux côtés pour prendre les informations, mais il ne vit rien si ce n'est le même décor ordurier et brumeux  qui générait  l'atmosphère pesante typique des bas-fonds infréquentables. Soudain, il identifia le bruit d'un moteur qui prenait vie et aussitôt une lumière blanchâtre baigna la ruelle. Lobora se retourna et fut ébloui par le vive éclairage de ce qu'il reconnut comme un speeder. Il était persuadé que c'était Valèr qui voulait s'enfuir, et il devait l'en empêcher, à n'importe quel prix. Il lança des coups d'œil vifs autour de lui afin de trouver quelque chose qui pourrait l'aider à stopper le véhicule. A toute vitesse, il se précipita sur le fatras le plus proche et passa en revue les objets qui tombaient sous sa main, et tandis qu'il s'agitait frénétiquement, il entendit vrombir le speeder. L'appareil fonçait droit sur lui renversant les poubelles et autres immondices sur son passage. Dreic estima qu'il avait encore quelques secondes, et continua à triturer les déchets, quand tout à coup, il sentit un objet long, dur et tubulaire : une barre métallique. Il la tira prestement de sous les décombres, et fit face. Alors que le speeder filait droit sur lui, Dreic ne bougea pas pour l'esquiver, s'imagina sauter au dernier moment et frapper de toutes ses forces le pare-brise.

            Il s'apprêta à bondir, quand une violente force le saisit par le bras et l'attira sur sa droite lui permettant de réchapper in extremis du bolide. Il percuta finalement le thorax blindé de Pod qui fit office d'airbag.

- Vous allez bien maître ?

 - Qu'est ce que tu fous bordel ? J'allais l'arrêter ! cria le jeune homme.

- Vous pensiez stopper un speeder à mains nues ? fit le droïde en se munissant délicatement de la barre que tenait encore son maître dans la main.

            Comme un boxeur sonné, Dreic s'assit dans la rue, hébété, et réalisa qu'il se serait fait renverser sans une nouvelle intervention de Pod. Il se rendit compte de la tentative ridicule qu'il avait failli lui couter la vie.

- Merci Pod, finit-il par dire,  Valèr s'enfuyait, il fallait tenter quelque chose, se justifia-t-il.

- Il vous a tiré dessus,  et a failli vous écraser, vous avez eu beaucoup de chance. Je ne peux pas tolérer de tels risques de votre part. Vous allez à l'encontre de ma principale et inaltérable programmation : vous maintenir en vie.

- Je sais... mais voilà, nous venons de le perdre. Notre seule vraie piste s'est envolée ! déclara Dreic avec une pointe de désespoir.

- Certes, mais à quoi servirait une piste s'il n' y a plus personne pour la suivre ?

            Dreic ne répliqua pas car il savait qu'il avait tort et son droïde venait de lui faire poliment remarqué. Après un court silence, il demanda :

Est ce que tu peux utiliser tes senseurs pour le retrouver ?

- Je peux essayer maître....

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