Chapitre XVII

            Depuis son « exil », Pir Ledrie avait élu domicile sur l'antique station spatiale Présage glorieux en orbite haute autour de Denbalen. Il observa, depuis la lucarne étriquée de son bureau, la lune baptisée P'Check. Elle correspondait parfaitement aux représentations mentales qu'il avait imaginées. C'était effectivement un endroit perdu, difficile d'accès, loin de tout intérêt majeur. La lune vivait de l'exploitation minière de quadrillium, ainsi que de celle des gaz enracinés dans la géante gazeuse aux tons violacés. L'Empire avait étatisé les entreprises qui s'occupaient de ces gisements pour s'octroyer les maigres ressources et avait, par la même occasion, mis la main sur le gouvernement par la simple menace d'une visite surprise d'un destroyer stellaire. P'Check comptait environ deux millions d'habitants, qui s’entassaient essentiellement à CapitalChek, unique et principale ville de l'astre rocheux. Aussi surprenant que cela pouvait paraitre, il y avait une atmosphère respirable malgré l'absence de toute vie végétale.

            Mais, il y avait pire que cet astre grisâtre, morne et dénué d'intérêt, il y avait la station spatiale Présage glorieux. Ce nom flamboyant n'avait aujourd'hui plus aucun sens. Vieille de cent cinquante ans, sa structure archaïque en forme de double roue reliée par des tubes et des cylindres, vacillait et grinçait presque toutes les heures. Lors de ses beaux jours la station accueillait près de douze milles badauds et travailleurs, extirpant le tibanna et le méthane tout azimut. Désormais la station n'abritait plus qu'une seule entreprise, qui comptait quelques dizaines d'individus. L’Empire l’avait nationalisée et ne se souciait que des poches de tibanna restantes que les employés pouvaient encore dénicher dans les méandres de Denbalen. D’après ce que Pir avait compris, les salariés survivaient uniquement en revendant le méthane collecté. Lorsqu’ils repéraient un nuage du précieux tibanna, ils étaient contraints de travailler gratuitement pour l'Empire, ce qui engendrait la grogne et une profonde rancœur.

            Ledrie sortit relativement satisfait du cagibi qui lui faisait office de bureau, il venait de faire un pas de plus pour atteindre ses objectifs. Il avait contacté le chasseur de prime qui pistait Dreic Lobora et avait passé un accord avec lui pour échanger des informations et se partager le travail de recherche. Il allait devoir fouiller la vie de Tiden-Ven Lobora, père du fugitif et agent de la Rébellion. Il espérait trouver des réponses dans les archives impériales numérisés qui l’aiderait à mener sa mission à bien. Toutefois, il avait compris que fonder sa réussite sur une seule mise, n’était pas suffisant. Il avait donc passé un marché avec le chasseur de prime pour que celui-ci nomme son nom dans le rapport de traque pour l’aide qu’il avait fourni lorsque le jeune renégat serait appréhendé.

           Pour autant, Ledrie était chargé d’une mission officielle, ici, dans ce secteur misérable de la galaxie. Le BSI l’avait chargé d’enquêter sur des détournements de cargaison qui se faisait de plus en plus récurrent. Le dernier vol : la disparition d’un cargo chargé de gaz tibanna, avait attirait l’œil de l’administration impériale.

            En résolvant ce problème et avec la capture de Lobora, Ledrie escomptait retrouver son grade de lieutenant au sein du BSI et reprendre là où sa carrière avait été brutalement stoppée.

            Pir traversa rapidement les sinistres couloirs érodés par le temps appartenant aux derniers niveaux qui n'étaient pas encore désaffectés. L’éclairage minimaliste de la station laissait à intervalle régulière des blocs de pénombre inquiétante avec pour seul habillage les minuscules hublots triangulaires qui laissaient entrevoir les couleurs entrelardées de Denbalen. Sur, sa route, il croisa quelques ouvriers, qui le toisait d’un air mauvais, lui aussi était un symbole de l’Empire, qui clairement, n’était pas vraiment apprécié entre ses murs. Cette attitude tranchait radicalement à celle qu’il avait connu sur Coruscant, Kuat, et Corulag.

            Il continua son chemin et atterri dans les quartiers impériaux. Le mot quartier était sans doute trop fort, pour décrire les quelques bureaux et la demi-douzaine de pièces faisant office de caserne, d'armurerie, de mess et poste de secours. Il n’y avait en faction qu’une vingtaine de stormtroopers, sous les ordres du lieutenant Boni qui dirigeait la station spatiale. Pir devait, pour chacun de ses déplacements, signaler ses intentions au responsable militaire, ici au lieutenant Boni et sur P’Chek au capitaine Cox. L’ordonnance de Wenceslas, était claire, il était cantonné dans ce système avec pour ordre de ne pas en sortir sous peine d’être traduit en justice martiale pour trahison. L’agent du BSI toqua à la porte métallique puis entra.

- Bonsoir, lieutenant, vous allez bien ?

- La routine et vous ? rétorqua Boni, attablé, le nez sur un holo-écran.

- Pareil, je viens vous importuner, j’ai besoin d’aller à CapitalCheck, vous connaissez la chanson maintenant, j’ai besoin que vous validiez mon trajet….

- Ha oui, c’est pénible ça, je ne comprends pas vraiment l’attitude de vos supérieurs, vous avez tout l’air d'un agent sérieux et compétent, mais bon, qui peut vraiment comprendre les huiles du BSI.

- Merci pour le compliment lieutenant, j'apprécie.

            Tandis que Boni s’attelait à la formalité administrative, Ledrie examina la pièce exigüe qui faisait office de bureau. L’endroit était un modèle de rigueur impérial, quelques étagères murales, deux fusils blaster E 11 rangés dans leur râtelier, un moniteur plaqué sur l’une des cloisons qui diffusait les informations locales, et deux étendards impériaux aux couleurs rouges sang accrochés de part en d’autres de la fenêtre en transparacier en guise de décoration.

- Et votre enquête avance ? Vous avez commencé vos interrogatoires ? s’enquit le lieutenant Boni, en regardant toujours sa console.

- Elle suit son cours, j’ai surtout pris le temps de bien connaitre la situation avant de me lancer dans des investigations plus poussées.

- Vous avez sans doute raison, mais c’est vrai qu’avec ses attaques de plus en plus nombreuses, il y a une certaine suspicion qui s’est installée chez nos hommes et envers toutes les personnes qui travaillent sur nos installations. C’est assez désagréable et le climat devient peu à peu délétère.

-C'est compréhensible, fit d’un ton diplomatique Ledrie, vous avez peut-être des doutes sur quelqu’un en particulier ?

-Honnêtement, mes hommes font leur boulot. J’essaye de leur rendre la vie un peu plus agréable sur cette coquille vide, histoire d’être soudés et d’obtenir un peu d’ordre. Je crois que si on survient à leurs besoins,  il n’y a aucune raison qu’ils tentent quoi que ce soit de stupide.

- J’admire votre vision des choses, mais hélas vous serez surpris de voir de quoi sont capables certains hommes pour un petit extra, répliqua un peu trop sincèrement Ledrie.

- Je n’ai pas votre expérience agent, je dois encore être un bleu un peu naïf... A vos yeux, mes trois années de service doivent paraitre ridicules….

- Je vous trouve très compétent lieutenant.

- C'est sympa. Ha, enfin la voilà, je viens de vous transférer votre autorisation sur votre databloc, vous pouvez y aller, vous avez déjà fait le chemin, vous savez comment cela se passe avec la navette ?

- Oui, merci lieutenant, passez une bonne soirée.

- Vous aussi agent et bonne balade sur le gros caillou, glissa-t-il tandis que Ledrie franchissait déjà la porte.

            Le seul hangar encore en service était à l'image de la station : en piteux état. Ledrie ne croisa personne et l'endroit donnait presque l'allure d'un cimetière spatial. La baie était vaste, mais il y avait tout un fatras éparpillé sur le sol. Plusieurs cargos et remorqueurs de formes hétéroclites étaient parqués ici et là, sans aucune espèce de hiérarchie si ce n'est celle du premier arrivé premier servi. L'agent du BSI arriva dans l'espace réservé à l'Empire. Il observa, avec le même regard interloqué que lors de sa première venue, les quatre chasseurs Tie posés à même le duracier. L'absence de râtelier et d'une escadrille complète témoignait des très faibles moyens mis à disposition. Ledrie y voyait une marque de vexation supplémentaire : ce trou à rat n'intéressait personne et ne représentait rien pour l'Empire. On l'y avait envoyé pour arrêter une bande de voyous , assez intelligents pour comprendre qu'ici l'Empire ne viendrait jamais leur causer le moindre souci, "Quelle honte d'être là " pensa-t-il en serrant ses poings.

            Ledrie se calma et marcha entre les chasseurs Tie jusqu'à apercevoir son moyen de transport: une navette oblongue rongée par la rouille ayant au moins le même âge que la station. Il y en avait deux autres identiques, entreposées non loin. Pir passa rapidement voir les trois stromtroopers assignés à la surveillance des vaisseaux pour leur signaler son départ, puis grimpa dans son taxi. une fois dans le cockpit, il s'installa sur le siège du pilote, sortit son datapad et relut les instructions pour enclencher le pilotage automatique. Ledrie était clairement dépassé sur tout ce qui touchait aux vaisseaux et à la navigation spatiale. Il se sentait toujours stressé de se retrouver seul dans l'appareil, face à la complexité d'un tableau de bord. Il suivit à la lettre les directives, tapota sur différents boutons et termina par pousser deux manettes du bas vers le haut. Des voyants virèrent au vert et un message sur le moniteur principal afficha quelques informations qui le rassurèrent. Tout avait bien marché, il commença à entendre crescendo le ronronnement des vieux  moteurs. Il n'avait plus qu'à espérer que le pilotage automatique ne tombe pas en rade.

            Quinze minutes plus tard, la navette N-2 se déracina du Présage glorieux et fila vers P'Check. Là-bas, la première étape pour prendre sa revanche sur Qanb Cipolti l'attendait. 

Denbalen, et le Présage Glorieux