Chapitre XXI

 

            Dreic finissait le fameux civet de dianoga à l'intérieur du Bha'lir en attendant des nouvelles du propriétaireLa chair tendre et filandreuse baignant dans son jus corellien était succulente, et il profita pleinement de ce court moment de plaisir.

            Alors que son assiette était vide depuis quelques minutes, la même serveuse qui s'était occupée de lui tout au long du repas, revint le voir arborant toujours son charmant sourire.

- Le civet vous a t-il satisfait ?

- Absolument, merci.

- Maître Bha'lir vous attend, vous pouvez le rejoindre par le même chemin fit -elle en lui indiquant les toilettes.

             Dreic la remercia poliment, et se leva en direction des commodités.

            Cette fois-ci le couloir morne et grisâtre était inondé d'un blanc épuré, beaucoup moins austère et intimidant que lors de sa première venue. Il déboucha sur la même porte qui s'ouvrit et retrouva les deux gardes casqués en combinaison.

            Il s'assit de son plein gré sur le même siège et attendit un instant que l'écran mural reprenne vie.

            La ligne rougeâtre, représentation graphique de la voix de Bha'lir se mit à osciller et sa voix électronique retentit.

 - Ta demande a abouti, mais elle te coutera 10 000 crédits, as-tu cette somme sur toi ?

            Dreic ne put réprimer un rictus de stupéfaction en entendant l'énormité de la somme demandée, mais conserva son calme.

- Je peux payer cette somme, mais je veux des garanties avant de vous donner quoi que ce soit, vous me comprenez...

- Bien sûr.

            L'écran changea et une vidéo s'activa, Dreic reconnut les gratte-ciels de Coronet City entrelacés par des files de circulations. Les images zoomèrent sur un airspeeder bleu métallisé en particulier, puis l'angle de l'holocam changea pour une vue de côté. Soudainement deux autres speeders jaillirent de nulle part et encadrèrent le véhicule azur. L'instant d'après, Dreic vit des tirs de laser partant de leurs vitres, cribler l'airspeeder cerné de tout bords. La séquence suivante, était familière à Lobora, puisque c'était celle qu'il avait vu dans les bureaux de la Corsec. Son cœur se serra, et une boule lui monta dans la gorge. Il se ressaisit pour rester impassible afin d'éviter d'éveiller tout soupçon.

            L'écran se modifia derechef et Bha'lir reprit la parole.

- Transfère moi les crédits maintenant.

- C'est tout ? fit-il en se reprenant.

- Il y a le rapport complet sur le disque de données.

- Au prix où je paye, je devrais avoir votre avis sur ce meurtre non ?

- Paye, et je te le dirai, fit Bha'lir tandis qu'un des gardes lui présenta un datapad pour faire le virement.

            Exaspéré par les négociations, il obtempéra et lâcha de la façon la plus  cynique qu'il put :

- C'est bon ?

            Une fois la transaction terminée, Bha'lir reprit la parole.

- Mon avis est simple : oublie ce meurtre quelque en soit les raisons, c'est un règlement de compte fait par des types qui savaient ce qu'ils faisaient. Tu n'es pas de taille pour ça.

-Ça ce n'est pas votre problème. Vous savez où ils sont maintenant ?

- Non, ils ont abandonné et brulé les speeders dans une casse à la limite sud du Secteur Bleu, puis ils se sont fondus dans la foule. Ce sont des gars d'ici sans aucun doute.

- Vous êtes en train de me dire qu'il n'y a aucune piste à suivre ? s'énerva Dreic.

- C'est ça. Sauf si tu veux écumer tous les gangs et organisations criminelles de cette ville...

            Ne tenant plus en place, le jeune Lobora bondit de son siège et balança avec rage le datapad vers l'écran mural qui se fissura sous l'impact. 

- Vous vous foutez de moi ! cria-t-il .

- Ca suffit, répondit Bha'lir sur le même ton monocorde. Je t'ai fourni ce que tu m'as demandé. Sortez-le immédiatement, finit-il par dire à ses hommes de main.  

            Les deux gardes saisirent brutalement Dreic par les épaules et le conduisirent dehors sans ménagement.

            Il retrouva Pod ainsi que le sullustain qui s'était assis, les bras croisés et qui manifestement prenait son mal en patience. Il remarqua son visage se décrisper en le voyant arriver.  Dreic lui donna quelques dizaines de cred's de sa poche, bredouilla quelques mots à Pod et décida de rentrer à bord du Vendetta désabusé et frustré. Il en avait plus qu'assez de la complexité des choses, et de constater que même en faisant un pas vers la résolution du meurtre de son père, il en faisait, dans le même temps, deux en arrières.

                                                         ***

- Maître, Maître ? fit Pod en déposant une main mécanique sur son propriétaire.

            Dreic entendit au loin la voix de son droïde, pensant que ce n'était qu'un de ces étranges rêves, mais il dut admettre que c'était bien trop insistant pour n'être que dans un songe.

- Qu'est ce qu'il y a ? maugréa-t-il.

- Vous avez reçu un message de Vig Valèr, le technicien de la CorSec.

- Hein ? répondit-il comateux.

- Vous savez maître, le technicien qui a eu la charge d'élucider l'accident de votre père.

            Les idées se remettaient peu à peu en place, et soudain ça lui revint. Il se leva brusquement et se cogna la tête aux conduites qui passaient au dessus de sa couchette.

- Qu'est ce qu'il veut ? gémit-il en se frottant le crâne pour atténuer la douleur.

- Il vous a donné rendez-vous, car il aurait des informations supplémentaires sur l'accident de votre père.

             Dreic se releva, posa ses pieds nus sur le sol métallique et froid du Vendetta.

- Passe le moi sur la table s'il te plait.

            Dans le cockpit du chasseur, la table modèle CS 2912 Kane&Lowe avait été conçu pour effectuer toutes les tâches nécessaires à un long voyage spatial. Il y avait bien évidemment les fonctions de bases de communications. Tout le monde s'arrêta un instant, même Custom qui tourna son globuleux photorécepteur, lorsque Dreic s'installa pour écouter ce que Vig Valèr avait laissé comme message sur le comlink d'Isaac Kadick. 

***

Coronet City était tout aussi vivante de jour que de nuit, pensa Dreic, assis dans le taxi qui l'amenait au rendez-vous fixé par Vig Valèr. Il observa les grands axes de circulation qui brillaient tel les artères d'un gigantesque monstre. Le véhicule perdit de l'altitude et se rangea dans l'une des nombreuses files, et Lobora put profiter des panneaux holos publicitaires qui projetaient leurs messages haut en couleur, ainsi que des flashs stroboscopiques jaillissant ici et là des profondeurs de la ville.

            Le taxi déposa ses passagers dans la principale avenue qui traversait le Grand Marché Corellien. Bien qu'il était aux alentours de minuit, l'endroit demeurait plein de vie. Les bazars, étals et magasins restaient ouvert pour la plupart et, les rues charriaient continuellement leurs lots de badaud en tout genre. Dreic, toujours affublé de son déguisement de journaliste, et suivi de près par Pod, se hâta vers les informations importantes que lui avait promis Vig Valèr sur l’enquête THX-1138. Il n’y avait pas de temps à perdre à jouer les touristes curieux.

            Le brouhaha ambiant diminua à l'orée d'une ruelle peu engageante.

- Tu es sûr que c'est là Pod ?

 - Absolument maitre, droit devant nous à deux cent soixante mètres. Le message précisait :  "devant l'échoppe de tissu Zeblom".

- Si tu le dis. Allons-y

            Dreic s'engagea d'un pas prudent dans l'étroite et sombre contre-allée. Des émanations provenant de canalisations coupées à la va-vite ou fissurées maintenaient constamment une légère brume qui s'éclaircissait au gré des quelques luminaires qui fonctionnaient encore. Il put distinguer de part et d'autres des rampes d'escaliers, de larges bennes à ordures, et quelques échoppes dont les murs empiétaient sur le passage. Tandis qu'il avançait, il remarqua qu'au delà d'une passerelle qui reliait deux blocs d'habitations, il y avait un tronçon suspendu du métro sur répulseurs de la ville.  

            Dreic aperçut à travers la brume une silhouette adossée à un mur à environ cinquante mètres devant lui.

- Pod, c'est lui ?

- On dirait oui, son visage est caché par une capuche, mais sa physiologie correspond.

- Vig ?  cria-t-il, c'est vous ?

            Il n'y eu aucune réponse, et alors qu'il allait recommencer, il entendit le bruit sourd du métro qui se rapprochait à grande vitesse.

- Vig ? c'est bien v...

            Dreic ne put finir sa phrase. Il entendit une détonation en même temps  qu'il eut le souffle coupé et se retrouva violemment plaqué contre le sol. Il se cogna le nez et le visage, et se sentit étourdit un instant, le temps d'entendre ce qui était clairement un échange de coup de feu. Il tourna la tête et vit Pod accroupi sur son dos, le maintenant fermement contre le sol par le col de sa veste.

            La scène se déroula en quelques secondes mais elle fut au ralentie pour le jeune Lobora. Toujours collé contre le bitume, il l'observa  du coin de l'œil le double canon  blaster rétractable du poignet droit de Pod déverser des torrents d'énergies rougeâtres vers les méandres nébuleux de la contre-allée. Il sentit l'odeur typique du gaz compressé envahir ses narines, il entendit le bruit assourdissant des canons, des impacts de tir, et des explosions produites par ce barrage de feu.

            Sans même lui adresser un regard, ou un avertissement, Pod souleva son maître par sa tunique comme s'il pesait aussi lourd qu'un singe-lézard Kowakien et l'emmena avec lui à couvert derrière une grosse benne à ordure. C'était à ce moment là que Dreic pris conscience du piège mortel dans lequel on l'avait pris.  

- Maitre, fit Pod d'une voix aussi calme qu'à l'accoutumée, nous sommes victime d'une embuscade. Je vous présente mes plus sincères excuses pour la brutalité dont j'ai fait preuve. Votre vie était en danger imminent, il a fallu réagir vite.

            Encore sous le choc, Dreic avait le souffle court, ses mains tremblaient, et  se sentait tétanisé. Sans Pod, il serait mort, sans même s'en rendre compte. Il fit trois grandes respirations, et essaya de reprendre le contrôle de son corps et de son esprit.

- Merci Pod... Tu as bien fait... Tu as vu celui qui nous a pris pour cible ?

- Vous voulez dire ceux qui nous ont pris pour cible. D'après mes scans, un est  mort, il reste trois individus, un au deuxième étage, cinquième fenêtre à gauche, et les deux derniers sont derrière la deuxième échoppe en partant de l'entrée de la rue.

            Dreic était réellement impressionné par les capacités militaires de son droïde. Il bloqua son regard sur le visage métallique comme s'il pouvait y lire une nouvelle émotion, mais ne discerna que son expression ordinaire qu'il avait trouvé avec le temps un brin débonnaire. Ses deux photorécepteurs bleuâtres et la grille qui dissimulait son vocabulateur ne trahissait en rien l'urgence de la situation.

- Maître, vous devez vous mettre à couvert pendant que j'anéantis les menaces. Il y a un trou sur le mur de gauche à trois mètres d'ici, allez-y et restez à couvert quand je vous dirai : Maintenant. Est-ce clair ?

- Euh... oui, fit-il pris de court par les initiatives de son partenaire électronique.

- Je reviendrai, conclut-il.

            Puis, sans crier gare, Pod bondit sur la poubelle et déclencha derechef un tir nourri vers les assaillants. Tel un gladiateur rentrant dans une arène,  il s'engouffra dans la ruelle devenue champs de bataille.

            Sous le vacarme, Dreic se concentra et se prépara à courir à l'endroit convenu. Alors qu'il attendait le signal, son regard se posa sur l'autre bout de la contre-allée, toujours plongée dans la brume. La silhouette était toujours là, mais semblait s'éloigner à pas rapide. Le jeune Lobora comprit aussitôt : le technicien de la CorSec voulait sa mort et constatant son éche, il prenait la fuite.  .  

- Hey !! hurla-t-il, reste là Valèr !!

            La silhouette accéléra.

            Le mélange de haine, de tristesse et d’incompréhension qui hantait Dreic depuis des semaines anima les muscles de son corps dans une course déraisonnée.

- Valèr ! cria-t-il à plein poumon.

            Tandis qu’il se lançait à la poursuite de l’ombre mouvante, résonna au loin une voix caverneuse : " Maintenant "

            Alors qu'il semblait rattraper le technicien, ce dernier s'arrêta net et parut faire volte-face en tendant son bras. Dreic saisit rapidement les intentions et se jeta de nouveau sur le sol, évitant de peu les rayons verdâtres. La salve meurtrière sembla durer une éternité et cette fois-ci il trouva que la brume omniprésente avait un aspect rassurant. Il leva son regard tout en restant aplati sur le sol, et remarqua que son assaillant était parti. Le jeune homme se redressa aussitôt et couru pour le rattraper. En cet instant, caressant l'espoir d'avoir des réponses, il ne réfléchit pas aux conséquences, et fonça tête baissée vers le danger.

            Dreic arriva au bout de la ruelle à l'intersection avec une autre allée perpendiculaire. Il tourna la tête des deux côtés pour prendre les informations, mais il ne vit rien si ce n'est le même décor ordurier et brumeux  qui générait  l'atmosphère pesante typique des bas-fonds infréquentables. Soudain, il identifia le bruit d'un moteur qui prenait vie et aussitôt une lumière blanchâtre baigna la ruelle. Lobora se retourna et fut ébloui par le vive éclairage de ce qu'il reconnut comme un speeder. Il était persuadé que c'était Valèr qui voulait s'enfuir, et il devait l'en empêcher, à n'importe quel prix. Il lança des coups d'œil vifs autour de lui afin de trouver quelque chose qui pourrait l'aider à stopper le véhicule. A toute vitesse, il se précipita sur le fatras le plus proche et passa en revue les objets qui tombaient sous sa main, et tandis qu'il s'agitait frénétiquement, il entendit vrombir le speeder. L'appareil fonçait droit sur lui renversant les poubelles et autres immondices sur son passage. Dreic estima qu'il avait encore quelques secondes, et continua à triturer les déchets, quand tout à coup, il sentit un objet long, dur et tubulaire : une barre métallique. Il la tira prestement de sous les décombres, et fit face. Alors que le speeder filait droit sur lui, Dreic ne bougea pas pour l'esquiver, s'imagina sauter au dernier moment et frapper de toutes ses forces le pare-brise.

            Il s'apprêta à bondir, quand une violente force le saisit par le bras et l'attira sur sa droite lui permettant de réchapper in extremis du bolide. Il percuta finalement le thorax blindé de Pod qui fit office d'airbag.

- Vous allez bien maître ?

 - Qu'est ce que tu fous bordel ? J'allais l'arrêter ! cria le jeune homme.

- Vous pensiez stopper un speeder à mains nues ? fit le droïde en se munissant délicatement de la barre que tenait encore son maître dans la main.

            Comme un boxeur sonné, Dreic s'assit dans la rue, hébété, et réalisa qu'il se serait fait renverser sans une nouvelle intervention de Pod. Il se rendit compte de la tentative ridicule qu'il avait failli lui couter la vie.

- Merci Pod, finit-il par dire,  Valèr s'enfuyait, il fallait tenter quelque chose, se justifia-t-il.

- Il vous a tiré dessus,  et a failli vous écraser, vous avez eu beaucoup de chance. Je ne peux pas tolérer de tels risques de votre part. Vous allez à l'encontre de ma principale et inaltérable programmation : vous maintenir en vie.

- Je sais... mais voilà, nous venons de le perdre. Notre seule vraie piste s'est envolée ! déclara Dreic avec une pointe de désespoir.

- Certes, mais à quoi servirait une piste s'il n' y a plus personne pour la suivre ?

            Dreic ne répliqua pas car il savait qu'il avait tort et son droïde venait de lui faire poliment remarqué. Après un court silence, il demanda :

Est ce que tu peux utiliser tes senseurs pour le retrouver ?

- Je peux essayer maître....

***

            Vig Valèr observa avec stupéfaction l'échec de son attaque. Il resta figé en voyant le droïde assistant sauver Isaac Kadick. Il s'inquiéta davantage en comprenant que le robot était une parfaite machine de guerre. Son regard fut aspiré par la scène surréaliste qui se jouait devant lui, la brume accentuant l'aspect chimérique de ce qu'il voyait. Le droïde bougeait à une vitesse surhumaine, il projeta Kadick au sol d'un seul bras et tendit l'autre pour ouvrir le feu sur les tueurs qu'on lui avait demandé d'engager. Ses premiers tirs firent exploser l'échoppe dans laquelle un des assassins était caché. La riposte de ses acolytes ne furent qu'un pétard mouillé, tant le droïde inonda de lasers la ruelle. La seconde d'après, il agrippa Kadick par le col et se mirent tout deux à l'abri derrière un container-poubelle.

 

            Durant un court entracte, le violent spectacle s'apaisa. Puis, Vig entendit des tirs reprendre, ceux du gang Kanada, sévissant à Coronet depuis des années. Tout comme la clique de voyous, il était payé par "Monsieur Nk", son contact depuis le début de cette histoire à propos de l'attaque sur Starline Avenue. Valèr sentit que la situation dégénérait et il commença à craindre pour  sa petite vie tranquille, celle qui l'avait construite depuis des années, en travaillant pour la CorSec, et surtout en augmentant régulièrement ces revenus de façon diverses, variées et particulièrement illégales. 

 

            En guise de réponse aux tirs du gang, le droïde sauta avec aisance sur le container, haut de deux mètres, pour se jeter derechef dans la bataille. Il ouvrit un feu nourri et éclaira d'une lumière rougeâtre la contre-allée dans un rythme effréné. Il effectua un nouveau saut prodigieux pour s'accrocher à une échelle de service sur le mur d'en face, puis bondit encore et encore sur les murs, balcons, corniches avec l'agilité d'un athlète dopé, jusqu'à ce que Valèr le perde de vue. Il ne distingua plus que des éclairs vermeilles dans le brouillard. Il comprit  que le droïde viendrait à bout des assassins Kanada. Il était temps de partir et de se faire oublier un petit moment.

 

            Tandis qu'il rasait les murs d'un pas pressé, il entendit qu'on criait son nom, avec une rage perceptible. Vig doubla son allure, mais se retint encore de courir, comme si c'était admettre davantage son échec. Passer de chasseur à proie était un sentiment inconnu pour lui, et il se refusa à l'accepter. Il jeta un coup d'œil derrière lui, et remarqua que Kadick courait dans sa direction à découvert. Sa première pensée fut de courir aussi et de s'échapper. Cependant, en palpant sa hanche droite, il sentit la crosse de son blaster. Bien qu'il soit mauvais tireur, à cette distance dans une ruelle rectiligne, il pouvait bien faire mouche. Tout en ralentissant le pas, il posa sa main sur sa crosse, souffla un bon coup et dégaina son arme. Il se retourna aussi vite qu'il put et appuya nerveusement sur la gâchette à plusieurs reprises.

 

            Il n'en était pas certain, mais Vig pensa avoir raté sa cible qui avait presque anticipé ses tirs, et avait plongé sur le sol. Il hésita une seconde à avancer pour se rapprocher et tuer, enfin, ce maudit pseudo-journaliste, mais au moment de prendre sa décision, un relatif silence le fit tiquer. Il prolongea son regard au bout de la ruelle et ne vit  plus rien, ni de tirs, ni d'éclairs rouges. Le droïde avait du vaincre ses adversaires. 

 

            Cette fois-ci, il ressentit un frisson de peur galoper le long de son échine, et ne perdit plus de temps. Il fit volte-face et courut aussi vite qu'il put dans la direction opposée. Il déboula rapidement au bout de la ruelle et pris à gauche là où il avait garé son speeder. Il se précipita dedans, ouvrit la portière et activa les commandes. Il jeta des regards nerveux par delà le pare-brise pour voir ce qu'il se passait mais la visibilité était encore embrumée. Dès que les voyants se mirent au vert, il mit son moteur en marche et alluma les phares. Il aperçut l'ombre de Kadick plantée au milieu de la ruelle, puis cette dernière se déplaça sur la gauche à côté d'un monticule de déchets.

 

            Valèr pensait simplement à déguerpir d'ici au plus vite, mais en voyant le pseudo-journaliste à sa merci, il y vit une opportunité de finir le travail. Après une courte hésitation, il écrasa l'accélérateur et fila droit vers sa cible. Il fut surpris de voir que Kadick n'essayait même pas de se mettre à couvert, mais cela arrangeait ses affaires.

 

            Lancé à tombeaux ouverts, il renversa tout le fatras qui trainait sur sa trajectoire, et fondit sur Kadick. Au dernier moment, il vit ce dernier se faire happer et éviter le choc mortel. Il se retourna pour voir ce qu'il s'était passé, et aperçu le droïde et le faux journaliste côte à côte.

 

            Valèr se résigna. Il se concentra sur sa conduite et pris de l'altitude afin de se mettre en sécurité.

 

               Trente minutes plus tard, Vig Valèr était avachi sur un fauteuil au fond d'une taverne, non loin de l'issue de secours, au cas où. Toutefois, il se sentait de plus en plus relâché. Si Kadick et sa diabolique machine avaient du le trouver, ça se serait déjà produit. Comme il se sentait plus serein, il décida d'appelerMonsieur Nk pour lui annoncer l'échec des assassins, et d'affronter sans doute sa désapprobation. Il composa le numéro crypté sur son comlink afin d'établir une liaison sensée être intraçable. L'appel resta dans le vide et Vig raccrocha. Après plusieurs échecs, son comlink bipa.

 

- Oui, j'écoute, fit le technicien de la CorSec, d'une voix un peu trop nerveuse à son gout

 

- Ici Nk, le faux journaliste a été tué ?

 

- Euh....., il chercha ses mots, mais ne trouva rien de percutant. Non il est toujours vivant. Son droïde était un droïde de combat, il a tué les assassins que vous avez recruté.

 

            En répondant ça, il s'en voulu immédiatement, car sa tournure de phrase mettait implicitement la faute sur Monsieur Nk.

 

            Il y eu alors un court silence, et Vig en profita pour essayer d'atténuer sa dernière phrase.

 

- Enfin, je voulais dire que les assassins et moi avons bien tendu le piège, mais le droïde nous a surpris. Il avait des capacités militaires. Jamais vu une machine faire ça. 

 

- C'est bien entendu. Vous allez me faire un rapport sur ce qui s'est passé, en me précisant à quoi ressemblait le droïde, et en détaillant ce qu'il a fait. Je veux ce rapport dans moins d'une heure, me suis-je bien fait comprendre ? ordonna Nk sur un ton sec et teinté d'une menace voilée.

 

- Je vais faire ça, et concernant le reste de mon paiement, c'est toujours d'actualité non ? Faut dire que j'ai fait mon job, les assassins ce sont eux q...

 

- Oui, coupa sèchement Nk, oui vous aurez votre paiement, en adoucissant la voix, faites moi votre rapport et restez chez vous toute une journée, le temps que la situation se calme. Ai-je été clair ?

 

- Absolument, répondit-il visiblement plus détendu.

 

- Bien, au revoir Monsieur Valèr.

 

            Vig souffla et sentit ses épaules se décrisper quelque peu. Ça ne s'était pas si mal passé que ça, et puis il allait quand même être payé, et sans avoir du négocier. Il commanda une tasse de caf, et commença à écrire son rapport, ensuite et seulement ensuite, il s'accorderait une longue nuit de sommeil bien mérité.

 

                                                                     ***

 

- Tu es prêt ?  s'enquit Dreic soucieux.

 

- Oui maître, fit Pod en arborant  son double canon blaster.

 

- Défonce la porte !

 

            Le droïde déclencha un violent chassé avec sa jambe, fractura la serrure et ouvrit l'appartement de Vig Valèr.

 

            Dreic avait pu récupérer son adresse avec l'aide de Pod en recoupant des informations sur l'Holonet. Ils avaient du faire cela, car le technicien avait réussi à se cacher et à disparaitre du Grand Marché Corellien. Maintenu éveillé par l'adrénaline, Lobora ne s'était pas reposé depuis l'embuscade où il aurait du mourir.

 

            Son compagnon électronique et lui avaient passé la nuit à explorer des intuitions, pistes et autres lieux pour retrouver Valèr. Le logement de ce dernier, dans un immeuble résidentiel de bon standing, était l'un des derniers endroits auquel Dreic avait pensé. Pour autant, il ne sentait pas fatigué, mais au contraire, déterminer à le coincer.

 

            Pod pénétra dans l'appartement avec célérité, tandis que Dreic, armé de son blaster DL 22, garda la porte d'entrée. Quelques instants plus tard, il entendit son droïde l'appeler.

 

            Prudemment il rentra à son tour. Il ne fit pas attention à la décoration et suivit la voix qui le guidait à travers le duplex. Il atteignit l'embrasure d'une pièce, semble-t-il un bureau, et se raidit subitement devant la scène.

 

- MERDEEE ! cria-t-il !!! C'est quoi tout ce bordel ! hurla-t-il, fou de rage.

 

- Je suis sincèrement désolé maître.

 

            Dreic envoya de puissants coups de poing dans la cloison pour évacuer cet excès de colère. L'espoir d'identifier l'assassin de son père venait de s'évaporer, une fois de plus. Mais cette fois-ci il y avait cru, jusqu'au bout, et il était certain de mettre la main sur Vig Valèr. Cependant, à aucun moment , il ne s'était imaginer le retrouver mort chez lui, emportant dans la tombe tout ce qu'il savait.

 

            Un trou dans le mur, et quelques phalanges ensanglantées plus tard, Dreic recouvra ses esprits et écouta Pod.

 

- Il semblerait que ce soit un tir de sniper. Le coup devait venir de cette tour à six cent mètres là-bas, dit-il, en montrant de son doigt mécanique le carreau brisé et par delà, un autre griffe-ciel.

 

- Merci Pod, on va quand même fouiller cet appartement, mais j'en ai marre de galoper partout, on a retourné Coronet sans rien de tangible. J'ai à peine réussi à prouver que mon père a bien été tué. Il y a une source d'informations que nous n'avons pas encore utilisée. Je dois faire preuve de courage et aller là-bas.

 

- Vous pensez à Nar Shaddaa maître ?

 

- Oui Pod, il y a quelques mois Rahm Kota nous a fait une promesse , il est temps qu'il l'honore.

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