Chapitre VII

 

            Dreic n'arrivait pas à se reposer. Son esprit était bien trop agité par les heures qui allaient venir. Il ressentait un étrange mélange d'excitation et d'appréhension. Il avait échafaudé avec le concours de son circonstanciel sauveur robotique une échappée qui lui paraissait invraisemblable, pourtant il y croyait dur comme fer. C'était sa dernière chance pour éviter un avenir des plus funeste .  

            Le sommeil ne venant toujours pas et il décida alors, de se repasser encore dans sa tête les différentes étapes qui le conduiraient à la liberté. Un droïde souris MSE-6 reprogrammé, viendrait dans sa cellule, et lui apporterait un blaster à canon court. Pod devrait surveiller sa fuite grâce au piratage du système de sécurité de l'académie, jusqu'au point de rendez-vous non loin du hangar. De là, ensemble, ils comptaient voler une navette et quitter pour toujours Corulag. Néanmoins il faudrait accomplir toutes ces prouesses sans éveiller les soupçons des gardes.

            "Ca fait beaucoup" se dit Dreic à demi-voix, mais il n'avait pas d'autres alternatives. L'apathie, c'était la mort. Il ressassa une énième fois son itinéraire, s'attardant sur les détails et traquant les oublis éventuels. Il n'aurait pas le droit à l'erreur.

            En plein cœur de la nuit, alors que tout était endormi, Dreic, lui se préparait. Son extradition était prévue dans la matinée, mais il espérait bien qu'à l'heure de partir pour l'enfer de Kessel, il serait à bord d'un vaisseau, loin de toute autorité impériale. Trois toc cognèrent à la porte. Lobora sursauta. C'était le signal. Sa cellule s'ouvrit, laissant passer le petit droïde reconvertit pour l'occasion en coursier de fortune. Il s'avança jusqu' aux pieds du prisonnier en pépiant un trille nerveux. Il ouvrit son compartiment de stockage. Dreic fut soulagé de voir l'arme et la saisit prestement et alluma son comlink.

- Pod tu es là ? chuchota-t-il.

- Oui maître. Comment vous sentez-vous ?

- Oui ca va, répliqua Dreic d'un ton agacé par la bienséance de son robot. Tu es prêt ?

- Je suis en place, comme prévu, maître.

- Très bien, tu peux activer ton piratage des holocaméras à mon niveau.

- C'est fait, à l'instant.

- Bien, on fait un essai, je vais sortir de ma cellule et dis moi si tu me vois. Dis moi également si le poste de sécurité de l'académie ne remarque rien.

            Il sortit de son cachot d'un pas hésitant, et chercha l'holocam du regard. Il la repéra au bout du couloir.

- C'est ok ?  s'enquit-il

-  Que c'est bon de vous voir maître, même si vous n'avez pas bonne mine. Il vous faudr...

- Pod, pas maintenant ! suis mes déplacements, alerte moi s'il y a un danger imminent d'accord ?

- Sans aucun problème maître, terminé.

            Dreic régla son blaster sur le tir paralysant. Il n'avait jamais tué quelqu'un. En outre, abattre des commandos qui ne lui avaient rien fait personnellement, ne l'enchantait guère. Par contre, il aurait aimé régler ses comptes avec Evik, mais il n'avait ni le temps, ni l'envie de prendre le risque de compromettre sa fuite pour assouvir sa vengeance.

            Le jeune fugitif s'engagea prudemment dans le corridor, émaillé de geôles. Vêtu de guenilles grisâtres, il était facilement repérable. Le seul avantage de la tenue du prisonnier était l'absence de chaussure qui lui permettait d'avancer à pas de loup. Il arriva face au premier obstacle : un champ énergétique rouge. Avant même qu'il ait pu sortir son comlink et appeler Pod, la barrière se dissipa, pour se reformer aussi sec après l'avoir franchit. Une volée de pas plus tard, il entendit des bribes de conversations venant de la salle des gardes. Son droïde l'avait informé de cette pièce. Il lui avait précisé que les surveillants passaient l'essentiel de leurs temps à jouer au sabacc ou à se divertir sur l'Holonet. Méticuleusement, il s'accroupit pour passer le mur à demi-vitré. Lorsqu'il le dépassa, il se releva, avança de quelques mètres et atteignit une nouvelle porte fermée. Cette fois-ci il contacta Pod.

- Confirme moi, il y a bien deux stormtroopers qui sont derrière ce sas ?

- Affirmatif maître, vous me donnez votre autorisation et je vous l'ouvre.

            Dreic eut une bouffée de stress, il allait devoir neutraliser deux soldats, s'il échouait, la mort l'attendrait. Il examina la charge de son blaster et se rappela des quelques entrainements avec les armes de poings qu'il avait reçu au cours de ses trois dernières années.

- Ouverture, grommela-t-il laissant dans sa voix des indices d'hésitation.

            Les battants s'écartèrent. Dreic n'attendit pas la fin du mécanisme et fit feu. Dans la précipitation, il rata son premier tir, et par le même coup, alerta les deux gardes. L'un d'entre eux ne put esquisser le moindre geste, victime d'un nouveau rayon au beau milieu de la plaque dorsale. Le deuxième eut le temps de se retourner et de mettre son arme en joue, toutefois il ne put aller plus loin, car Dreic avait déjà appuyé frénétiquement sur la gâchette. A l'instar du premier commando, le second s'effondra comme une masse.

            La porte se refermant derrière lui, il délesta le plus rapidement possible une des deux cibles "abattue", et enfila l'armure. Puis il traina les deux corps inertes dans des sanitaires situés à proximité. Il les cacha dans le réduit contenant du matériel de nettoyage et lâcha un gros soupir de soulagement.

            L'ex-cadet était essoufflé et transpirait. Il devait se calmer et faire redescendre l'adrénaline. Au bout d'une soixantaine de secondes, il joignit Pod.

- Etat de la situation ?

            Après un court silence, le droïde répondit

- Aucune anomalie signalée, tout est normal pour le moment.

- Parfait, on passe à la deuxième phase, on se retrouve au point de rendez-vous, dans cinq minutes, compris ?

- Affirmatif maître.

            Dreic, engoncé dans l'armure blanche, inhalait malgré lui, les relents acres du précédent occupant. Il fit abstraction de l'odeur et adopta du mieux qu'il put l'attitude et la marche cadencée des commandos. Cette fois-ci, il n'avait plus le droit à l'erreur, le centre de sécurité n'étant plus hacké, les holocams retransmettaient les vraies images. Il fila vers le turbolift sans rencontrer la moindre obstruction. Il atteignit l'étage du hangar, sortit de l'ascenseur, et pris la premiere coursive sur sa gauche. Il repéra la porte du local technique, point de rendez vous avec Pod, et s'y engouffra, après avoir préalablement regardé s'il n'avait pas été vu ou suivi.

            Dreic alluma la petite pièce exigüe, garnie de meubles sur lesquels reposaient des monticules de pièces détachées. L'inquiétude le gagna rapidement, son partenaire cybernétique n'était pas au rendez-vous.

            Un coup net frappa la porte du local. Dreic dégaina son arme. Il la rengaina, et poussa un ouf de soulagement en voyant le carénage argentée de Pod. Il tenait dans sa main la mallette renfermant les legs de Tiden-Ven.

- Maître Dreic ! s'exclama-t-il, quel bonheur de vous revoir en chair et en os.

- Moi aussi Pod, je vois que tu as récupéré la valise, bravo et... merci, déclara-t-il avec une pointe d'émotion.

- Vous n'avez pas à me remercier pour cela. Je vous adresse mes excuses les plus sincères pour mon léger contretemps. J'ai croisé d....

- C'est pas grave... l'interrompit-il, tu me raconteras ton périple quand nous serons à des années-lumières d'ici. Nous devons nous dépêcher.

- A votre guise.

- Tu as bien les codes pour la navette ?

- Evidemment maître, fit-il avec un soupçon de suffisance.

-  Parfait, on y va, et n'oublie pas, tu es un droïde que j'escorte pour être extrader.

            Les deux fuyards se frayèrent un chemin à travers le dédale de croisements et de corridors aux teintes grisâtres et aux lumières minimalistes. Ils avancèrent sans rencontrer âme qui vive. Pour être plus efficace, Pod avait calculé le trajet le plus rapide et le plus sûr pour rejoindre la baie d'envol. La relative tranquillité se brisa, lorsque la musicalité spartiate des pas de Dreic et de Pod, fut accompagnée par des échos approchant. L'ex-cadet se raidit, par reflexe il chercha du regard un endroit où se cacher, mais il pensa aux holocams qui le surveillait. Il ne pouvait agir comme un fugitif. Une patrouille, composée de deux soldats, apparut à l'orée d'une intersection et tourna dans sa direction. Dreic se ressaisit et se persuada que tout se passerai sans accroc. Il réalisa qu'il avait ralenti et reprit une démarche aussi normale que possible. Les duos se croisèrent, sans dire un mot, et chacun poursuivi son chemin. Dreic souffla et prit la première à gauche. Il marcha environ cinquante mètres, et déboula sur le couloir qui menait au hangar. 

            Il arriva devant une large porte blindée gardée par quatre stormtroopers. Il voulut passer de façon spontanée, mais l'un des gardes se dressa sur son passage, une main en avant, l'autre posé sur la crosse de son blaster qui dépassait de l'étui.

- Halte ! Que faites vous avec ce droïde ? Que comptez vous faire dans l'aire de décollage à une heure pareille ?

- J'amène ce droïde dans une navette pour son transfert, récita Dreic.

- Et vous faites ça maintenant ?  rétorqua-t-il d'un ton suspicieux.

- Ce sont les ordres venant de l'officier Ledrie appartenant au B.S.I.

             Il sentit que le garde tergiversait, la seule évocation du B.S.I avait du faire de l'effet. Il décida de pousser le doute plus loin et de faire céder son interlocuteur.

- Vous souhaitez peut-être réveiller l'officier Ledrie pour confirmation ? fit Dreic en sortant son comlink.

- Euh... non ça ira, vous pouvez y aller.

            Le hangar était immense. Dreic connaissait bien les lieux. Il y avait passé de longues heures à étudier, à bricoler des moteurs, et tout un tas de systèmes appartenant à divers appareils spatiaux. Il se trouvait à mi-hauteur de la gigantesque salle, sur une grande passerelle qui se scindait en deux. La première branche conduisait au sol et aux vaisseaux en formant un zigzag, la deuxième menait aux rampes de lancement des Tie suspendues au plafond. Dreic prit le passage menant vers la terre ferme pour rejoindre les deux navettes de classes Lambda et celle de classe Gamma.

- Pod, rajoute notre départ dans l'organigramme du poste de contrôle s'il te plait.

- Bien sur maître.

            Le droïde s'exécuta via son databloc. Ils se remirent en mouvement en direction des vaisseaux. L'excitation gagna Dreic, son ticket de sortie se trouvait à moins de cent mètre devant lui. Il aurait voulu courir et décoller mais la partie n'était pas encore terminée, il fallait qu'on lui ouvre les portes du hangar, et par conséquent il ne devait en aucune façon, avoir un comportement qui sorte de l'ordinaire.

            Alors qu'il touchait au but, il entendit des bavardages sur sa droite. Installés près d'un monte-charge, cinq mécaniciens, reconnaissable à leurs tenue bleues et grises, étaient assis sur des containers, et jouaient aux cartes. Dreic les ignora, en espérant qu'ils fassent de même.

            Il arriva au pied de la navette Lambda Flèche d'Endar.  Deux de ses trois grandes ailes étaient repliées verticalement parallèle à la troisième, attendant d'être en vol pour se déployer.

- A toi de jouer, fit Dreic à son compagnon électronique, abaisse la rampe d'accès et...

- Hey ! interpella une voix derrière lui.

            Lobora se retourna et vit un des mécaniciens venir à sa rencontre. Il le reconnut rapidement. Il s'agissait du chef mécanicien Zahn. Il l'avait croisé régulièrement lors de ses sessions de bricolage. Il pria pour ne pas être reconnu. "Heureusement que je suis dans cette armure" se rassura t-il.

- Vous faites quoi là ? l'apostropha Zahn.

            Dreic fut pris de court et chercha quoi répondre, mais ne trouva rien de pertinent.

- ... Rien qui vous regarde, hasarda-t-il.

- Vous parlez au chef mécanicien soldat, surveillez vos paroles ! Vous faites quoi au juste avec ce droïde?

            L'ex cadet stressa, son casque cachait ses émotions qui l'aurait sans doute déjà trahi. Il voulait lui tirer dessus et partir le plus vite possible, mais en faisant cela, sa couverture partirait en fumée. Les autres mécaniciens et le poste de contrôle donneraient l'alerte et il retournerait en prison, avec cette fois-ci l'assurance d'une peine létale. Il tenta de calmer le jeu.

- Veuillez m'excuser, j'exécute simplement les ordres du lieutenant Ledrie du B.S.I...

            Tandis que les deux protagonistes discutaient, la rampe d'embarquement s'abaissa en lâchant des minces volutes de fumée claires. Pod s'y engouffra afin de déverrouiller les commandes, suivant rigoureusement le plan élaboré avec son propriétaire.

- Hep ! Le droïde ! Reste là ! je n'ai pas donné l'autorisation de monter ! ordonna-t-il.

            Inexorablement, Dreic sentit la situation se dégrader de secondes en secondes. Il essaya une nouvelle fois de garder un minimum la maitrise des événements

- Obéit droïde, fit-il durement.

            Pod s'exécuta.

- Donc vos ordres, quels sont-ils ? reprit sèchement Zahn

- Je dois escorter ce droïde dans cette navette pour un transfert.

- En pleine nuit et seul ? il me semble que le protocole des gardes est d'être au moins toujours par deux non ?

- Oui monsieur... mais je tiens mes ordres de l'officier Ledrie en personne, vous pouvez vérifier, affabula t-il.

- Je le ferai... Bref, droïde, va dans la navette et désactive-toi.

             Avant que Pod ne pose une question qui ruinerait ses derniers espoirs de convaincre le chef mécanicien, Dreic lui demanda d'obtempérer. Le robot obéit derechef. 

- Bien soldat, vous pouvez y aller, intima Zahn.

            Dreic se sentit prit au piège par ses propos, et par l'aplomb de son vis à vis.

-  Je dois aller voir si le droïde est correctement installé, et s'il est bien désactivé. Il est important pour le lieutenant Ledrie.

- Je m'en charge soldat, rompez ! fit le chef mécanicien pour clore la discussion.

            Dreic resta figé, il ne voulait pas partir, pas si près du but. " Qu'est ce que je fais maintenant ? " s'interrogea-t-il tiraillé entre son envie de fuir, la peur d'échouer, et la perspective d'être une nouvelle fois mis aux arrêts et sans doute exécuté.

- Vous avez entendu soldat ? Rompez !

- Euh... oui monsieur.

            Paralysé, autant par l'assurance de Zahn, que par ses craintes, Dreic fit un salut approximatif, tourna les talons presque machinalement, et commença à rebrousser chemin, emporté par sa pusillanimité.

 

 

Dreic et Pod SWV