Chapitre XVIII

- Mais qu'est-ce que tu fabriques Custom ? s'impatienta Dreic en constatant l'absence de connexion qui s'affichait sur sa console portative.

            Du haut de l'aile bâbord de l'appareil, le droïde au carénage tape-à-l'œil, ressemblant à un tonneau sur roulette, pépia une série de sons stridents.

- Qu'est-ce qu'il raconte ? Il parle trop vite ! bougonna Lobora en direction de Pod.

- Il s'excuse maître, il dit qu'il a du souder le mauvais câble, il va recommencer.

- Génial, soupira-t-il, un droïde astromécano qui n'est pas mécano....

- Il m'a l'air tout à fait compétent, bien qu'il soit un peu nerveux et qu'il ait une allure ostensiblement tapageuse. 

            "Tapageuse" pensa Dreic était un bien doux euphémisme. Acheté sur Bonadan, la planète-capitale du Secteur Corporatif, comme toutes les pièces nécessaires à la construction du Vendetta, le droïde d'Industrial Automaton appartenant à la série R2 avait tout d'un mannequin pour robot. Son ancien propriétaire était la célèbre maison de production Moovyland, véritable usine de film à succès. L'entreprise s'était permise d'acheter un vrai droïde pour ses long-métrages et l'avait customisé selon les désidératas des réalisateurs, en le badigeonnant  d'une peinture or, constellée d'étoiles rouges pétard.

            Le vendeur l'avait cédé au prix fort, mais Dreic s'était laissé séduire par les capacités supposées des modèles R2 et non par sa coque rutilante et chamarrée, étincelante sous le soleil qui baignait le cirque rocheux de Nouveau Départ. Le studio de cinéma semblait avoir utilisé le droïde astromec uniquement comme un accessoire visuel pour ses œuvres. Très rapidement, Dreic l'avait surnommé Custom pour cet aspect bling-bling, digne des plus populaires holo-films de course-poursuite.

- Ok, réessaye, finit-il par dire.

            R2-B7 - du nom de son matricule - ressortit de son "ventre", via deux trappes, son bras à pince puis son cutter à fusion pour mener à bien sa tâche. Il recommença à connecter les câbles du propulseur gyroscopique dorsal à ceux du module bâbord de conversion d'énergie qui couraient sous les épaisses plaques de blindages en duracier du Vendetta.

            De nouvelles données plus satisfaisantes défilèrent sur la console du jeune renégat. Il décida alors d'interpeller les deux unités mécaniciennes DUM, avec leur tête en forme de champignon aplati et leur énorme photorécepteur  en guise d'œil, qui étaient en train de se chamailler à coup de clé hydraulique.

- Vous pouvez finaliser les soudures sur le gyro numéro 2, fit-il en désignant du doigt l'ellipse tronquée argentée qui laissait entrevoir la chambre d'accélération ionique.

            Les droïdes s'exécutèrent gaiement, en grimpant sur la plateforme du chariot élévateur posé à côté du chantier de fortune. Ils finalisèrent l'assemblage sur l'épaisse tige articulée, située sur l'axe de roulis qui maintenait le gyropropulseur.

            Lobora ne put retenir un sourire de satisfaction, son chef-d'œuvre était presque terminé. L'ajout de ces deux réacteurs rotatifs complétait un peu plus le singulier mais redoutable vaisseau. De prime abord, le Vendetta ressemblait à un affreux : un appareil composé de bric et de broc formant un agrégat peu esthétique et donnant  l'impression qu'à tout moment chaque morceau de ferraille aggloméré pouvait se disloquer. Vu de l'extérieur, cette définition correspondait parfaitement, lorsqu'on observait cette étrange et improbable fusion entre un bombardier Tie et un Z-95 Headhunter.

             Il avait récupéré l'engin impérial en bon état sur Bonadan et avait détaché les grands panneaux solaires, ainsi que les poutrelles renforcées pour ne conserver que la double nacelle. Ensuite, il avait démantelé son Z-95 pour  ne raccorder que les deux longues ailes rectangulaires et les quatre moteurs à fusion ionique issus d'Incom Industries au double habitacle cylindrique du Tie.

            En dépit de ce curieux mariage architectural, Dreic savait que les capacités de son chasseur seraient bien au-delà des modèles déjà existant sur le marché. Il avait combiné les deux systèmes d'armements appartenant au Z-95 et au Tie, conservant les deux canons laser placés aux extrémités des ailes ainsi que les deux, nichés sous le cockpit. Toutefois, afin d'agrandir la cabine de pilotage et d'alléger le vaisseau, Dreic avait largement modifié la nacelle dédiée au bombardement en supprimant le conduit de largage des bombes et en réduisant les chambres de stockages des projectiles de trois quart. Il n'avait gardé que le lance-missile avec huit torpilles à protons dans le magasin. En outre, il y avait installé deux systèmes de contre-mesures à l'avant et à l'arrière du cylindre d'artillerie pour parer à toute éventualité.

            Mettre en place un tel arsenal, ainsi que tous les autres composants, et les faire fonctionner ensemble, s'était révélé être un véritable casse-tête pour Dreic qui avait fait exploser son cahier des charges. Durant les deux premières semaines de conception théorique, jusqu'à l'assemblage final, il n'avait cessé de jongler avec les contraintes technologiques, mécaniques, physiques et le degré d'exigence voulu. L'une des réponses trouvée à ses problèmes était la distribution, la gestion et la conversion de l'énergie. Les trois modules consacrés à cet usage étaient de la meilleure facture possible, tout comme les bobines, les câbles et les circuits, qui assuraient la bonne circulation et la juste répartition énergétique dans tout l'appareil.

            " Enfin tout cela est encore théorique sans test en condition réelle" pensa-t-il.     

            Dreic consulta derechef sa console portative pour faire un point sur l'avancement de la construction. Les informations, graphiques et autres données se succédèrent sur le moniteur. Il ne restait plus qu'a raccorder le générateur d'écrans déflecteurs Chempat et les systèmes pour déguiser le Vendetta en transport personnel passe-partout.

Une fois le vaisseau achevé, il pourrait enfin se consacrer au seul et unique but qui l'obsédait depuis des mois : faire éclater la vérité au sujet de la mort de son père. 

***

            Tout en posant sa valise sur la place arrière droite du vieux landspeeder rouillé d' Ubbrikkian Transports, Dreic grimpant à la place du passager, laissant Pod, seul à l'arrière. Dès qu'il fut assit et attaché, le véhicule qui, jusqu'ici, stationnait devant la grotte faisant office de centre directionnel, démarra paisiblement. Piloté par un droïde aux épaules teintés d'un bleu érodé, appartenant jadis à la Fédération du Commerce, le landspeeder décrivit une large courbe à vitesse modérée pour se diriger vers la partie septentrionale de Nouveau Départ. Il slaloma habilement entre des machines de docker digne d'un spatioport et des substrats de navires interstellaires invendables. Le skimmer continua sa route en longeant l'immense section tubulaire arrachée du transport Lucrehulk qui était légèrement ensablée à quelques encablures du majestueux à-pic rocheux. Il acheva de traverser la place monumentale en passant devant la série de barges C-9979, garée en rang d'oignons et en s'engouffrant dans une autre caverne taillée dans la pierre. Dreic n'eut pas besoin d'acclimater ses yeux au changement brutal de luminosité, car la météo dans cette région de Boz Pity était alors maussade. La cavité débouchait sur un long tunnel sinueux qui menait au hangar souterrain du complexe secret.

            Plus le landspeeder s'approchait de sa courte destination, plus le stress de Lobora montait. Cette fois-ci c'était le grand saut, et à plus d'un titre. Non seulement il allait débuter l'enquête sur les circonstances de "l'accident" de son père, mais il allait le faire à bord du Vendetta. Les tests en condition atmosphérique et spatiale s'étaient déroulés sans problème majeur, bien qu'il ait fallu une bonne semaine supplémentaire pour remédier et calibrer les différents soucis techniques et mécaniques.

            Dreic débarqua dans la baie d'envol, copie conforme des autres grottes à ceci près qu'elle était la plus volumineuse de Nouveau Départ. L'endroit était sobre, dénué de terminal informatique, ou d'un quelconque matériel. Il n'y avait qu'une poignée de néons disséminés ici et là, ainsi qu'un module préfabriqué, accroché au mur ouest. L'Eclipse Ardente, qu'il avait utilisé pour aller sur Deltooine et Bonadan, s'y trouvait et occupait un bon tiers de l'espace. Le cargo n'avait qu'une vingtaine de mètres de distance avec le plafond rocailleux, ce qui nécessitait une grande dextérité à chaque décollage. Posté non loin, et paressant frêle vis-à-vis du Gallofree, le chasseur hybride attendait sur ses deux sabots d'atterrissage. Il était entièrement peint d'un bleu nuit et taggué d'un V couleur sang sur l'aile tribord. Cette lettre inscrite représentait le V de vendetta, à la fois outil et symbole de la quête de Dreic.

            Le landspeeder déposa ses passagers, puis partit se ranger non loin du local en plastobéton. Il patienterait là, jusqu'a nouvel ordre. Le jeune renégat fit quelques pas et s'arrêta devant le Vendetta. Il admira son chef d'œuvre un moment en s'attardant sur les moindres aspérités. Dreic eut la sensation qu'il avait crée un lien particulier, presque filial, avec cet appareil. Après tout, il venait de mettre au monde un engin unique en son genre. Il avait également le sentiment profond qu'il allait vivre des évènements perturbants et intenses à son bord : des joies, des peines, des doutes... Cet afflux de ressentis le coupa de l'instant présent, jusqu'a ce que la voix caractéristique de Pod le fit reprendre pied dans la réalité.

            Dreic se recentra. Il sortit de sa poche une petite télécommande et tapa un code complexe qui déverrouilla le Vendetta. Une échelle rétractable émergea du châssis de connexion qui jumelait les deux nacelles. Il monta avec aisance et ouvrit la trappe d'accès placé sur le sommet du cockpit. Il jeta un œil à Pod, qui se tenait immobile en contrebas. Soudain, le droïde bondit jusqu'au trois quart de l'escabeau. A peine eut-il posé ses articulations qu'il recommença pour atterrir à côté de son propriétaire.

            Depuis qu'il avait changé le "squelette" de Pod par celui d'un droïde commando BX, son compagnon électronique possédait de nouvelles aptitudes très impressionnantes.

- Inutile de crâner, railla l'adolescent, et rentre plutôt  là dedans.

- Bien sûr maitre.

            Lobora se glissa dans l'habitacle en refermant le sas derrière lui. En entrant, il ressentit une vague impression de sécurité, comme s'il était enveloppé dans un cocon protecteur. Il se dit que c'était normal, puisqu'au bout du compte, piloter était toute sa vie. Il avait été formé et destiné à ça depuis l'âge de dix ans. Cette perception était confortée par l'idée qu'il contrôlait enfin son destin, et que ce vaisseau en était à la fois le fruit et le prolongement.

            Debout, Dreic observa l'intérieur de la cabine largement modifiée. D'ordinaire, le bombardier Tie n'avait de place que pour le siège et le tableau de bord, mais avec les profondes modifications opérées, il avait gagné presque quatre mètres carrés de surface. Ainsi, il avait pu installer Custom, mettre un siège de copilote pour Pod, fixer une table multifonction équipée d'un synthétiseur alimentaire, et même une couchette encastrée dans la paroi bâbord.

- Tout est prêt pour le décollage Custom ?

            R2-B7 répondit  par la positive dans une courte trille en langage binaire.

            Dreic s'assit confortablement dans son fauteuil capitonné et saisit d'une façon quasi-solennelle les commandes. Il vérifia les différents moniteurs ainsi que les voyants. Ce qu'il vit le rassura, tous les systèmes étaient parés et il décida qu'il était temps de partir. Les répulseurs grondèrent et firent s'élever modestement le vaisseau, qui tournoya lentement sur lui-même, pour faire face à la sortie. CT-41, à travers l'unité com, lui confirma que le champ de protection énergétique était baissé et qu'il avait le feu vert. Dreic prit une grande respiration, poussa légèrement la manette des gaz, et le Vendetta fila vers l'espace. 

Le Vendetta sur Boz Pity

 

 

 

             Le jeune Lobora raccrocha son comlink crypté. Il venait d'envoyer une bouteille dans l'océan du réseau Holonet. Il espérait simplement que Xale Peccata, où qu'il se trouve, reçoive ce message. Le second de Tiden-Ven, qui était venu lui annoncer la terrible nouvelle à l'académie sur Corulag, lui avait également fait des promesses, et il souhaitait seulement qu'elles ne soient plus vaines. Dreic avait des tas de questions à lui poser sur les activités de son père et sur le déroulement de l'enquête après le tragique pseudo-accident. Il avait aussi des exigences, comme celles de monter à bord du Vagabond Volant ou de faire une copie du manifeste de vol. Il estimait que c'était son droit le plus strict, notamment après avoir cédé l'entreprise de son géniteur à Peccata. Toutefois, ce dernier semblait avoir disparu, corps et bien, du moins dans la mesure des quelques recherches qu'il avait effectué.

            En attendant une éventuelle réponse, Dreic consulta derechef ses instruments. Son équipage robotique et le Vendetta stationnait à la limite de la Zone de Contrôle de Vol -ZCV- de Corellia. Cette large zone  était délimitée soit par les pouvoirs locaux, soit par défaut, selon les règles de Navigation Galactique. Chaque navordinateur y faisait ensuite apparaitre et disparaitre les appareils de l'hyperespace. Selon les scans, cette ZCV bouillonnait d'activité avec au bas mot une demi-douzaine de milliers de vaisseaux en transit. Rien d'étonnant à ce fourmillement stellaire qui était monnaie courante dans ce secteur de la galaxie. En effet, le système stellaire Corellien était atypique car en plus d'être au cœur du Noyau et sur la Voie Marchande Corellienne, il était doté de cinq planètes habitables. Corellia étant la plus importante, la circulation spatiale autour de celle-ci, était, par conséquent, toujours très dynamique.

            Dreic avait choisi de rester hors de la ZCV grâce à un saut dans l'hyperespace parfaitement calculé et exécuté par Custom. Ainsi, le prototype Z-Tie, qui était au cœur du concept du Vendetta, flottait dans le vide, entre les puits gravitationnels des astres telluriques occupant cette partie du système. Il vérifia une nouvelle fois si son transpondeur affichait bien les caractéristiques de l'une des trois fausses identités enregistrées. En l'occurrence, il se faisait passer ici pour un natif retournant sur son monde aux commandes d'un antique cargo léger Hwk-290 fabriqué par la Corporation Technique Corellienne. Néanmoins, Dreic ne misait pas tout sur la falsification de son navire. Il possédait des matrices d'absorptions et de régulations d'émissions qui permettaient de modifier tous les types de signatures énergétiques qu’émettait son vaisseau. Enfin, pour compléter son équipement furtif, il s'était procuré une antenne de détection passive longue portée. Ce genre de gadget pouvait déceler les ondes de n'importe quel senseur sans laisser de trace. Très pratique lorsqu'on est un fugitif, volant dans un appareil non conforme aux lois.

            Dreic avait décidé de patienter une journée supplémentaire en vue d'une éventuelle réponse de Peccata. Mais cela n'eut pas le succès escompté. Au cours de ces quelques heures, il s'était demandé si Xale et tout son équipage avaient été, eux aussi, exécuté comme son père. Cette pensée l'avait effrayé, car elle induisait un ennemi encore plus puissant et organisé que ce qu'il avait imaginé. Pour évacuer ces idées négatives, il s'était accordé une longue sieste dans sa couchette. A son réveil, rien n'avait changé. Il se résolut alors à débarquer sur Corellia.

            L'adolescent activa ses moteurs et s'enfonça dans la ZCV. Plus il se rapprochait de la planète, plus le trafic se densifiait, et des files de vaisseaux se formaient un peu partout dans un large rayon. Dreic se faufila dans l'une d'elle, adopta une vitesse réduite et attendit le moment fatidique du contrôle des autorités locales. Il était aux aguets quand l'unité comm s'activa dans un léger grésillement.

- Cargo léger Hwk-290, Or de Tyrena  , ici Station S9, veuillez-nous transmettre votre code d'identification, ainsi que votre cargaison et destination, ordonna une voix masculine.

- Station S9, cargaison vide, nous rentrons à Coronet, je vous transmets le code, répondit Dreic, tout en souriant. Son transpondeur semblait fonctionner parfaitement. Les écrans radars, le prenait bel et bien pour un vieux cargo.

- Avez-vous réservé un emplacement d'atterrissage ?

-Absolument.

- Veuillez me transmettre votre réservation.

- Aucun souci.

            Dreic transmit une nouvelle série de symbole. Pour ce voyage, Il avait choisi de louer, à un prix exorbitant, une aire privée, pour gagner en sérénité et en discrétion.

- Tout est en règle, vous pouvez circuler.

            La communication coupa net et Dreic redonna un peu de puissance à ses moteurs en suivant la trajectoire transmise par la station. Il plongea, soulagé,  en direction de la capitale.

            Les grattes ciels brillants et les dômes gigantesques entrelacés par les couloirs aériens étincelaient dans l'atmosphère matinale de Coronet City. Dreic se dirigea vers  le quartier du spatioport pour rejoindre l'une des nombreuses tours circulaires qui faisait office de hangar. Il la trouva rapidement et se positionna en vol stationnaire devant son emplacement. Une bouche ovale métallique s'ouvrit lentement et avala le Vendetta.

            Affublé de son déguisement, Dreic, accompagné de Pod, errait à pied dans le quartier du centre-ville depuis six bonnes heures. Il s'était mis en tête d'obtenir le rapport d'accident de son père. Il avait rapidement compris que c'était la CorSec qui s'occupait des affaires civiles. Cependant, sa détermination avait été sapée par l'administration du service de sûreté. Envoyé de bureau en bureau, il commençait à désespérer. La seule note positive était la qualité de sa fausse carte ID. Il avait décliné pas moins d'une dizaine de fois son identité. En outre, il se sentait plus serein que sur Deltooine ou Bonadan, car il avait grimé son visage avec une prothèse nasale et un faux crane chauve en latex. Si en prime l'on comptait sa barbe poivre et sel, nul n'aurait pu le reconnaitre, pas même Evik, son ancien camarade de l'académie. Dreic savourait ce regain de sécurité, et la possibilité de déambuler au grand jour dans un anonymat réconfortant.

            Dreic et Pod descendirent un énième boulevard et se dirigèrent vers une station de métro sur répulseurs. Le dernier bureau était sensé lui avoir donné l' adresse du lieu où il pourrait accéder au dossier de son père. Deux arrêts plus loin, ils se hâtèrent vers une large bâtisse rectangulaire au toit demi-sphérique qui se trouvait à la lisière du centre-ville. Cette frontière était marquée par un changement dans les architectures, pataudes, éclectiques, ainsi que dans l'atmosphère générale qui était beaucoup plus bruyante et bariolée que celle très hautaine du cœur de la ville.

            Le binôme pénétra dans la bâtisse, passa un rapide contrôle de sécurité et prit un ascenseur. Les archives relatant, entre autres, les accidents de circulation se nichaient au dernier étage, sous les toits aux lignes courbées. Dreic pénétra dans un petit cabinet terne et se présenta devant l'unique comptoir. Une fenêtre en plastoide transparent le séparait de son interlocuteur qui avait le nez cloué sur un écran. Il toqua.

- Excusez-moi, bonjour...

- Oui c'est pour quoi ? répondit l'homme d'une voix mollassonne en relevant la tête.

- Je suis Isaac Kadick, journaliste à la Dépêche Corellienne , voici mon droïde assistant, je viens ici car je mène une enquête sur les accidents de speeder ayant eu lieu depuis l'année dernière, répéta Dreic pour la millième fois de la journée.

- Vous avez votre accréditation ABN ?

- La voici, fit-il en repensant aux nombreux bureaux visités pour obtenir l'autorisation. Euh… vous ne voulez pas voir ma carte ID et ma carte de presse ?

- Vous les avez déjà montrées en bas non ?

- Oui, effectivement

- Dans ce cas, allez-y, vous avez deux heures, nasilla le réceptionniste en appuyant sur un bouton qui ouvrit une porte sur la droite.

- Merci.

            Le duo franchit la porte et traversa le corridor. Il arriva dans la salle des archives. Cette dernière correspondait parfaitement aux représentations que l'on pouvait s'en faire. Un endroit silencieux composé exclusivement de rayonnages longilignes, parsemés de quelques tables équipées d'ordinateurs. Apparemment, la salle était déserte. Dreic ne perdit pas plus de temps à contempler la pièce et se dirigea vers le pupitre le plus proche.

            Il pianota quelques mots clés dans la base de recherche, et une poignée de minutes plus tard, il retrouva le dossier concernant son père. Dreic s'arrêta un instant, les battements de son cœur s'accéléraient, l'émotion commença à le gagner. Il souffla pour recouvrer son calme, il ne pouvait pas s'écrouler en pleurs ici sous l'œil des holocams, sous peine d'éveiller une éventuelle attention. Il nota la côte de sa recherche, éteignit l'ordinateur en prenant soin d'effacer son historique, et se dirigea vers la bonne étagère.

            Dreic lorgna sur les caissettes identiques entassées qui s'élançaient le long du rayon. Il s'arrêta devant la bonne boite. Il la retira et alla se rassoir au même pupitre. Camouflant son émoi devant l'objet, Dreic l'ouvrit. La caissette était subdivisée en une vingtaine de petites alvéoles, chacune contenant une puce de données. Il récupéra celle qui contenait le rapport de l'enquête menée et la glissa dans son databloc.

            " Xale Peccata avait dit vrai " pensa Dreic en relisant le rapport plus que succinct. Il n'y avait quasiment rien à retirer, si ce n'est, une courte séquence holo montrant un airspeeder en flamme, le lieu de l'accident, Starline Avenue et le nom du technicien qui avait examiné les quelques éléments tangibles. " Que pouvait-il rester sur le site du crash trois mois après ? Et puis le technicien va sans doute me recracher son rapport lapidaire " soupçonna Lobora fataliste. Ses épaules s'affaissèrent et il lâcha un gros soupir de découragement. Il ressentit une grande déception mêlée à une fatigue galopante. Il avait espéré découvrir de nouvelles pistes, de nouveaux indices, mais à la place il n'y avait que du vide. Justes quelques notes faites à la va-vite. C'était un retour affligeant à la case départ.

 - Maître, je suis sûr que votre enquête ne fait que débuter, nous allons continuer à explorer toutes les options.

- Merci Pod fit-il en relevant la tête et lui adressant un sourire fugace. Le droïde avait dû constater la désillusion qui venait de toucher son propriétaire.

            Dreic fit l'effort de rester une demi-heure simulant de nouvelles recherches. Puis, il rentra dans la tour privative où il avait laissé le Vendetta. Il ne se sentait bien et en sécurité qu'à bord de son vaisseau. Harassé et profondément déçu par sa journée, il s'écroula de sommeil sur sa couchette.