Dix huitième chapitre , deuxième partie

            Le jeune Lobora raccrocha son comlink crypté. Il venait d'envoyer une bouteille dans l'océan du réseau Holonet. Il espérait simplement que Xale Peccata, où qu'il se trouve, reçoive ce message. Le second de Tiden-Ven, qui était venu lui annoncer la terrible nouvelle à l'académie sur Corulag, lui avait également fait des promesses, et il souhaitait seulement qu'elles ne soient plus vaines. Dreic avait des tas de questions à lui poser sur les activités de son père et sur le déroulement de l'enquête après le tragique pseudo-accident. Il avait aussi des exigences, comme celles de monter à bord du Vagabond Volant ou de faire une copie du manifeste de vol. Il estimait que c'était son droit le plus strict, notamment après avoir cédé l'entreprise de son géniteur à Peccata. Toutefois, ce dernier semblait avoir disparu, corps et bien, du moins dans la mesure des quelques recherches qu'il avait effectué.

            En attendant une éventuelle réponse, Dreic consulta derechef ses instruments. Son équipage robotique et le Vendetta stationnait à la limite de la Zone de Contrôle de Vol -ZCV- de Corellia. Cette large zone  était délimitée soit par les pouvoirs locaux, soit par défaut, selon les règles de Navigation Galactique. Chaque navordinateur y faisait ensuite apparaitre et disparaitre les appareils de l'hyperespace. Selon les scans, cette ZCV bouillonnait d'activité avec au bas mot une demi-douzaine de milliers de vaisseaux en transit. Rien d'étonnant à ce fourmillement stellaire qui était monnaie courante dans ce secteur de la galaxie. En effet, le système stellaire Corellien était atypique car en plus d'être au cœur du Noyau et sur la Voie Marchande Corellienne, il était doté de cinq planètes habitables. Corellia étant la plus importante, la circulation spatiale autour de celle-ci, était, par conséquent, toujours très dynamique.

            Dreic avait choisi de rester hors de la ZCV grâce à un saut dans l'hyperespace parfaitement calculé et exécuté par Custom. Ainsi, le prototype Z-Tie, qui était au cœur du concept du Vendetta, flottait dans le vide, entre les puits gravitationnels des astres telluriques occupant cette partie du système. Il vérifia une nouvelle fois si son transpondeur affichait bien les caractéristiques de l'une des trois fausses identités enregistrées. En l'occurrence, il se faisait passer ici pour un natif retournant sur son monde aux commandes d'un antique cargo léger Hwk-290 fabriqué par la Corporation Technique Corellienne. Néanmoins, Dreic ne misait pas tout sur la falsification de son navire. Il possédait des matrices d'absorptions et de régulations d'émissions qui permettaient de modifier tous les types de signatures énergétiques qu’émettait son vaisseau. Enfin, pour compléter son équipement furtif, il s'était procuré une antenne de détection passive longue portée. Ce genre de gadget pouvait déceler les ondes de n'importe quel senseur sans laisser de trace. Très pratique lorsqu'on est un fugitif, volant dans un appareil non conforme aux lois.

            Dreic avait décidé de patienter une journée supplémentaire en vue d'une éventuelle réponse de Peccata. Mais cela n'eut pas le succès escompté. Au cours de ces quelques heures, il s'était demandé si Xale et tout son équipage avaient été, eux aussi, exécuté comme son père. Cette pensée l'avait effrayé, car elle induisait un ennemi encore plus puissant et organisé que ce qu'il avait imaginé. Pour évacuer ces idées négatives, il s'était accordé une longue sieste dans sa couchette. A son réveil, rien n'avait changé. Il se résolut alors à débarquer sur Corellia.

            L'adolescent activa ses moteurs et s'enfonça dans la ZCV. Plus il se rapprochait de la planète, plus le trafic se densifiait, et des files de vaisseaux se formaient un peu partout dans un large rayon. Dreic se faufila dans l'une d'elle, adopta une vitesse réduite et attendit le moment fatidique du contrôle des autorités locales. Il était aux aguets quand l'unité comm s'activa dans un léger grésillement.

- Cargo léger Hwk-290, Or de Tyrena  , ici Station S9, veuillez-nous transmettre votre code d'identification, ainsi que votre cargaison et destination, ordonna une voix masculine.

- Station S9, cargaison vide, nous rentrons à Coronet, je vous transmets le code, répondit Dreic, tout en souriant. Son transpondeur semblait fonctionner parfaitement. Les écrans radars, le prenait bel et bien pour un vieux cargo.

- Avez-vous réservé un emplacement d'atterrissage ?

-Absolument.

- Veuillez me transmettre votre réservation.

- Aucun souci.

            Dreic transmit une nouvelle série de symbole. Pour ce voyage, Il avait choisi de louer, à un prix exorbitant, une aire privée, pour gagner en sérénité et en discrétion.

- Tout est en règle, vous pouvez circuler.

            La communication coupa net et Dreic redonna un peu de puissance à ses moteurs en suivant la trajectoire transmise par la station. Il plongea, soulagé,  en direction de la capitale.

            Les grattes ciels brillants et les dômes gigantesques entrelacés par les couloirs aériens étincelaient dans l'atmosphère matinale de Coronet City. Dreic se dirigea vers  le quartier du spatioport pour rejoindre l'une des nombreuses tours circulaires qui faisait office de hangar. Il la trouva rapidement et se positionna en vol stationnaire devant son emplacement. Une bouche ovale métallique s'ouvrit lentement et avala le Vendetta.

            Affublé de son déguisement, Dreic, accompagné de Pod, errait à pied dans le quartier du centre-ville depuis six bonnes heures. Il s'était mis en tête d'obtenir le rapport d'accident de son père. Il avait rapidement compris que c'était la CorSec qui s'occupait des affaires civiles. Cependant, sa détermination avait été sapée par l'administration du service de sûreté. Envoyé de bureau en bureau, il commençait à désespérer. La seule note positive était la qualité de sa fausse carte ID. Il avait décliné pas moins d'une dizaine de fois son identité. En outre, il se sentait plus serein que sur Deltooine ou Bonadan, car il avait grimé son visage avec une prothèse nasale et un faux crane chauve en latex. Si en prime l'on comptait sa barbe poivre et sel, nul n'aurait pu le reconnaitre, pas même Evik, son ancien camarade de l'académie. Dreic savourait ce regain de sécurité, et la possibilité de déambuler au grand jour dans un anonymat réconfortant.

            Dreic et Pod descendirent un énième boulevard et se dirigèrent vers une station de métro sur répulseurs. Le dernier bureau était sensé lui avoir donné l' adresse du lieu où il pourrait accéder au dossier de son père. Deux arrêts plus loin, ils se hâtèrent vers une large bâtisse rectangulaire au toit demi-sphérique qui se trouvait à la lisière du centre-ville. Cette frontière était marquée par un changement dans les architectures, pataudes, éclectiques, ainsi que dans l'atmosphère générale qui était beaucoup plus bruyante et bariolée que celle très hautaine du cœur de la ville.

            Le binôme pénétra dans la bâtisse, passa un rapide contrôle de sécurité et prit un ascenseur. Les archives relatant, entre autres, les accidents de circulation se nichaient au dernier étage, sous les toits aux lignes courbées. Dreic pénétra dans un petit cabinet terne et se présenta devant l'unique comptoir. Une fenêtre en plastoide transparent le séparait de son interlocuteur qui avait le nez cloué sur un écran. Il toqua.

- Excusez-moi, bonjour...

- Oui c'est pour quoi ? répondit l'homme d'une voix mollassonne en relevant la tête.

- Je suis Isaac Kadick, journaliste à la Dépêche Corellienne , voici mon droïde assistant, je viens ici car je mène une enquête sur les accidents de speeder ayant eu lieu depuis l'année dernière, répéta Dreic pour la millième fois de la journée.

- Vous avez votre accréditation ABN ?

- La voici, fit-il en repensant aux nombreux bureaux visités pour obtenir l'autorisation. Euh… vous ne voulez pas voir ma carte ID et ma carte de presse ?

- Vous les avez déjà montrées en bas non ?

- Oui, effectivement

- Dans ce cas, allez-y, vous avez deux heures, nasilla le réceptionniste en appuyant sur un bouton qui ouvrit une porte sur la droite.

- Merci.

            Le duo franchit la porte et traversa le corridor. Il arriva dans la salle des archives. Cette dernière correspondait parfaitement aux représentations que l'on pouvait s'en faire. Un endroit silencieux composé exclusivement de rayonnages longilignes, parsemés de quelques tables équipées d'ordinateurs. Apparemment, la salle était déserte. Dreic ne perdit pas plus de temps à contempler la pièce et se dirigea vers le pupitre le plus proche.

            Il pianota quelques mots clés dans la base de recherche, et une poignée de minutes plus tard, il retrouva le dossier concernant son père. Dreic s'arrêta un instant, les battements de son cœur s'accéléraient, l'émotion commença à le gagner. Il souffla pour recouvrer son calme, il ne pouvait pas s'écrouler en pleurs ici sous l'œil des holocams, sous peine d'éveiller une éventuelle attention. Il nota la côte de sa recherche, éteignit l'ordinateur en prenant soin d'effacer son historique, et se dirigea vers la bonne étagère.

            Dreic lorgna sur les caissettes identiques entassées qui s'élançaient le long du rayon. Il s'arrêta devant la bonne boite. Il la retira et alla se rassoir au même pupitre. Camouflant son émoi devant l'objet, Dreic l'ouvrit. La caissette était subdivisée en une vingtaine de petites alvéoles, chacune contenant une puce de données. Il récupéra celle qui contenait le rapport de l'enquête menée et la glissa dans son databloc.

            " Xale Peccata avait dit vrai " pensa Dreic en relisant le rapport plus que succinct. Il n'y avait quasiment rien à retirer, si ce n'est, une courte séquence holo montrant un airspeeder en flamme, le lieu de l'accident, Starline Avenue et le nom du technicien qui avait examiné les quelques éléments tangibles. " Que pouvait-il rester sur le site du crash trois mois après ? Et puis le technicien va sans doute me recracher son rapport lapidaire " soupçonna Lobora fataliste. Ses épaules s'affaissèrent et il lâcha un gros soupir de découragement. Il ressentit une grande déception mêlée à une fatigue galopante. Il avait espéré découvrir de nouvelles pistes, de nouveaux indices, mais à la place il n'y avait que du vide. Justes quelques notes faites à la va-vite. C'était un retour affligeant à la case départ.

 - Maître, je suis sûr que votre enquête ne fait que débuter, nous allons continuer à explorer toutes les options.

- Merci Pod fit-il en relevant la tête et lui adressant un sourire fugace. Le droïde avait dû constater la désillusion qui venait de toucher son propriétaire.

            Dreic fit l'effort de rester une demi-heure simulant de nouvelles recherches. Puis, il rentra dans la tour privative où il avait laissé le Vendetta. Il ne se sentait bien et en sécurité qu'à bord de son vaisseau. Harassé et profondément déçu par sa journée, il s'écroula de sommeil sur sa couchette.