Chapitre XVI

            A bord de l'Eclipse Ardente, Dreic observait pensivement du haut de sa demi-sphère de commandement, le ballet des grues, chariots et autres remorques qui déchargeaient la cargaison. Moteurs subluminiques, hyperdrives, tuyères, déperditeurs thermiques, système environnementaux, batterie de senseurs, chambres de combustion, défilaient et s’acheminaient au loin vers l’un des grands portails de la tour d’Industries Galarn/Ferges. Malgré une certaine tension tout au long de l’échange, il avait réussi sa première vente. Encore une fois, des petits imprévus avaient failli tout gâcher. «  Je dois penser aux détails » s’intima-t-il.

            Il avait refusé la proposition de divertissement du directeur Faglio, qui s’était détendu une fois la transaction conclue. Le Gallofree représentait l’option la plus sûre pour le moment aux yeux de Dreic. Il ne se sentait pas en sécurité sur cette planète sous l’œil des holocams, des scans et le regard d’individus potentiellement malintentionnés et à l'affut de la moindre opportunité pour le dénoncer aux autorités. Le seul endroit où il se sentait à l'abri était dans les recoins de sa grotte sur Boz Pity. Qui aurait pu le blâmer de se sentir traqué avec sa tête mise à prix par l’Empire ? Il avait l'impression d'avoir en permanence un destroyer stellaire qui le suivait à la trace, prêt à le désintégrer.

            Dreic était venu le visage découvert, mais il pensait qu'il ne pouvait pas être identifié ici, au cœur du secteur industriel, loin du territoire impérial. Il en était d'autant plus convaincu que ses traits avaient changé, il paraissait plus creusé, plus tourmenté. Son regard jadis pétillant, s'était mué en un mélange d'inquiétude et d'affliction. Ses cheveux avaient poussé tout autant que sa barbe et sa surprenante pilosité poivre et sel galopante accentuaient son âge.

             Malgré cela, il avait été confronté au problème d’avoir usurpé l’identité de son père. La menace, la perspective du profit et sans doute la couardise du directeur Faglio  avait suffit à calmer le jeu, mais cela ne pourrait pas toujours se passer de la sorte. Il faudrait à l’avenir, éviter ce genre de désagrément s’il comptait encore utiliser le nom de Gegeor Culas. Il interpréta cet accroc comme un avertissement. Où qu’il aille il devrait se méfier, se maquiller, se déguiser, se masquer, faire profil bas et laisser le moins de trace possible.

            « Il y a encore tant à faire, par où commencer ?  ». Dreic se rappela, presque nostalgiquement, de son passé de cadet, à écumer les simulateurs, avec pour seul souci celui de se surpasser. Tout était simple avant, mais cela lui semblait terriblement loin désormais. Il avait l’impression d’avoir été arraché à cette vie ou tout était organisé et hiérarchisé, pour être violemment jeté dans l’arène de la réalité. Evitant de retomber dans des pensées trop défaitistes, il décida de noter tous ses objectifs sur son datapad pour essayer de dégager des priorités.

-Reprendre contact avec l’équipage de mon père et avec Rahm Kota.

-Aller sur Corellia et enquêter sur le soi-disant accident.

-Trouver un  faussaire et se fabriquer une nouvelle identité.

-Protéger l’identité de Gegeor Culas.

-Gérer Nouveau Départ.

"Fabriquer un chasseur … écrit-il tout en repensant à l’attaque des pirates.

            Dreic tiqua sur ce point et prit un moment pour réfléchir à ce qu’il lui faudrait comme chasseur. Le Z-95 qu’il avait acheté sur Kothlis ne lui convenait définitivement pas et avec plus de trois cent mille crédits, il pouvait s’offrir n’importe quel appareil. Il ressortit son stylet et entama des recherches sur l’Holonet en quête du modèle parfait.

            Pod réveilla le jeune Lobora qui s’était endormi sur le tableau de bord. Il faisait nuit et la barge était vide.

- Maître ? Maître ? Les responsables de la tour Galarn/Ferges  vous demandent quand est-ce que vous libérerez la plate forme d’atterrissage ?

            Dreic sortit péniblement du sommeil tout courbaturé ramassa son datapad et rassembla ses pensées.

- euh je ne sais pas ….. Quelques heures… marmonna-t-il

- Très bien je transmets ….

          Tandis que Pod s’exécutait, Dreic regarda son datapad, de nombreux documents sur des morceaux de vaisseaux étaient dispersés. Il se souvint alors qu’il avait décidé de sa prochaine étape : se fabriquer une nouvelle identité et un chasseur. Motivé par sa décision, il s’adressa derechef à son droïde archiviste.

- Pod, nouvelle consigne, prépare le vaisseau au décollage, on rentre, fit-il avec énergie.

- "On rentre" sous-entend l’installation Nouveau Départ maître ?

- On ne peut rien te cacher, glissa Dreic.

            Ils firent décoller l'Eclipse ardente et la barge. Une fois en orbite, ils lancèrent les différentes procédures de sécurité établies par son père : ne jamais partir ni rentrer directement de Boz Pity, toujours calculer des trajectoires indirectes incluant plusieurs sauts hyperspatiaux et enfin, s’adonner aux innombrables scans du vaisseau pour détecter tout dispositif espion. Tiden-Ven était quelqu’un de très prudent dans la vie, mais lorsqu’il était Gegeor Culas, il était paranoïaque. « A raison sans doute : son trésor n’a jamais été pillé » songea son fils qui scrutait le tube lumineux de l’hyperespace. Ces précautions prenaient du temps, mais elles empêchaient d’éventuels curieux de retrouver sa trace.

            C’était rassurant de suivre des protocoles qui ne lésinaient pas sur la sécurité mais Dreic, dans le même temps, avait hâte de rentrer. Il n’en avait pas encore parlé à Pod mais, depuis plusieurs heures, une furieuse envie  grandissait en lui : Il fallait qu’il démantèle le Z-95 qu’il avait récupéré, qu’il trouve les meilleures pièces possibles et qu’ensemble, ils construiraient le chasseur qu’il avait dessiné. « Une fois achevé, le Vendetta sera le vaisseau le plus mortel de toute la galaxie », pensa t-il avec un sourire carnassier