Quinzième chapitre, deuxième partie 

Les "affreux", surnom donné par la majorité des pilotes de la galaxie aux chasseurs rafistolés, déguerpissaient comme des mouches loin de l'Eclipse Ardente. Les doubles canons laser lourds de ce dernier faisaient feu de tout bois et illuminaient les environs. La riposte, aussi soudaine que violente, fit fuir les appareils pirates vers le « vaisseau-mère », un Super Transport VI.

            Dans un silence bercé par les cliquetis des doigts métalliques de son personnel, Dreic, concentré dans son nouveau rôle de commandant, ordonna à son équipage de droïde de détruire le brouilleur-satellite le plus rapidement possible. Le Gallofree, tractant sa précieuse cargaison dans une Barge Starhauler B-25, prit une trajectoire opposée à celle de ses agresseurs et fonça sur le petit dispositif flottant dans le noir astral qui bloquait toutes les transmissions. Les moteurs, boostés par deux réacteurs militaires de Rendili SSD multipliant par deux fois et demi sa vitesse standard, fit arrivée l'Eclipse Ardente rapidement à portée de tir. Une explosion plus tard, les voyants de communications virèrent au vert symbole du retour opérationnel des instruments. Dreic ne perdit pas une seconde et contacta les autorités locales. Tout en les exhortant du caractère dangereux de la situation, il s’aperçût que les pirates revenaient vers sa position. Désireux de protéger la raison de sa venue et ayant enfin la possibilité de faire marcher la com, il fit désactiver les rayons tracteurs et donna comme instruction au droïde-pilote de la Barge de prendre le plus de distance avec les pillards.

Le Super Transport VI, qui avait servi de leurre en feignant des avaries, avançait à vive allure, entouré par les quatre affreux restants. Comme deux lutteurs dans une arène, les vaisseaux chargeaient l’un sur l’autre toutes armes dehors. Tandis que l'Eclipse Ardente commençait à manœuvrer pour pouvoir aligner toute sa puissance de feu, les pirates rompirent la formation, obliquèrent dans l’angle le plus serré possible et s’enfoncèrent vers les limbes du système.

Dreic assit dans son ergo-fauteuil poussa un soupir de soulagement, en voyant l’assaillant prendre la poudre d’escampette, d'autant que  les six patrouilleurs appartenant à la sécurité planétaire déboulaient dans sa direction. Ces derniers fonçaient à tombeaux ouverts et avaient sans doute eu raison des dernières envies crapuleuses des pillards. La radio crépita l’instant d’après :

- Transport l'Eclipse Ardente est-ce que tout va bien ? La Barge Starhauler que l’on à détecté est aussi à vous ?

- Ca va, merci, plus de peur que de mal, ça fait plaisir de voir une police réactive et oui la Barge est à moi, je vais d’ailleurs la rappeler, répondit-il en escamotant les armes lourdes du Gallofree dans leurs containers respectifs.

- On peut vous escorter ? proposa la même voix.

- Avec plaisir, fit Dreic en vérifiant si ses canons lasers se rangeaient bien dans leurs positions initiales.

-Où allez-vous?

- J’ai un rendez-vous pour affaire dans la capitale.

- Parfait, en attendant vous pouvez nous faire un petit compte-rendu. Nous essayons de traquer ses pirates depuis trois mois, mais ils sont comme des rats : chassez en un et deux reviendront ; s’agaça la voix qui appartenait au chef de l’escadrille policière.

- Pas de problème, j’espère que vous coincerez ses vermines, fit Dreic en exagérant.

Ainsi, il narra les faits, de son arrivée tranquille dans le système, au pseudo-message de détresse du Super Transport VI qui l’avait piégé, puis au déploiement surprise des sept chasseurs qui avaient encerclé son vaisseau et sa cargaison. Ensuite, il avait brodé sur sa fuite, alors qu’en réalité, il avait utilisé l’ingénieux système d’armement sur rails de son père qui avaient complètement surpris les affreux  en détruisant trois des leurs. Il raconta la fin de son histoire jusqu'à l‘intervention des patrouilleurs. Après, avoir enregistré sa déposition, il put être enfin autorisé à se diriger vers le spatioport de Sphraline, capitale de Deltooine.

En amorçant sa descente dans le ciel orangé de la planète appartenant au Secteur Corporatif, Dreic évita de repenser à sa dépression et à son altercation avec Pod. Dès qu’il avait comprit la gravité de son geste, il s’était prescrit une liste de choses à faire pour accélérer sa guérison. La première fut de s’occuper l’esprit à des tâches facilement discernables et rapidement réalisables. La réparation de son compagnon électronique et la préparation de sa première vente convenait parfaitement à ce dont il avait besoin. Il s’était dit qu’il verrait bien après et qu’il ajusterait en fonction de son état, mais il était certain de ne plus vouloir se retrouver dans une telle apathie. Sa seconde tâche semblait donc simple : s’attribuer un objectif dans ses cordes.

Le jeune Lobora posa son vaisseau et sa cargaison sur la plus grande plateforme que possédait le griffe-ciel d’Industries Galarn/Ferges. Il descendit prestement du Gallofree, accompagné de Pod, qui se montrait plus discret depuis sa réparation, ainsi qu’avec deux droïdes commando BX affectés à la surveillance de Nouveau Départ, mais reprogrammés pour l'occasion afin d'assurer sa propre sécurité.

            Une douzaine de personnes l’attendait sur la piste. Il reconnut facilement son interlocuteur : un homme à la peau ébène, le seul habillé dans un costume sobre et unique fait d’un bleu nuit très foncé qui détonait avec le par-dessus vert clair démuni de manches. Il était entouré de deux autres humains qui tenaient des datapads. Le reste de la troupe arborait des uniformes noirâtres maintenus par une ceinture blanche à laquelle pendait un blaster.

            Dreic s’était préparé aux multiples déroulements de cet échange et se sentait assez serein malgré la tension de cette première transaction. Tandis qu'il marchait vers son comité d'accueil, les BX et Pod  le suivaient derrière et veillaient sur lui.

- Maître, je détecte dix gardes sur la plate-forme, il y a également deux emplacements dissimulés à vingt mètres droit devant, cela ne m’étonnerait pas que ce soit des armes lourdes, observa son compagnon électronique.

- Eh bien, tu prends tes nouvelles améliorations très au sérieux, répliqua Dreic d’un ton plus détendu.

- Je viens aussi de repérer deux snipers perchés au 52 ème et 86 ème étage.

- C’est noté, merci, fit sincèrement le jeune homme encore secoué par son acte violent envers son ami.

- Pour revenir sur votre optimisation ou réparation bonifiée, maître, je dois vous avouer que je suis dans l’expectative. Toutefois, d'une façon assez étrange, je ressens au fond de moi comme une envie curieuse de voir ce dont un droïde archiviste en partie reconverti en machine à tuer est capable de faire sur le terrain.

- J’espère qu’on n’aura pas à le découvrir aujourd'hui.

- Sachez en tout cas, que mes capacités sont à cent pour cent opérationnelles .

- C’est bon de t’avoir à mes côtés Pod, ça me rassure, sourit-il.

            Les deux groupes se firent face dans une légère brise aux relents de gaz d’échappements, avec pour seul fond sonore les traditionnels couloirs de circulation. L’apprenti-commercial décida de lancer la conversation.

- Monsieur Faglio ?  demanda-t-il en regardant droit dans les yeux l’homme à la peau ébène.

- C’est moi, répondit-il d’un ton glacial.

- Et vous êtes donc Mr Calus, n’est-ce pas ?

- Vous en doutez ? rajouta le jeune Lobora qui perçût la suspicion dans la question.

            Le directeur des Industries Galarn/Ferges fit un bref hochement de tête et dans la foulée une dizaine de blasters se levèrent braqués vers le groupe de Dreic.

- Oui, j’en doute, je ne fais pas affaire sans me renseigner un minimum. Ce fut dur de trouver quelque chose sur votre affaire, mais votre nom a disparu de la circulation depuis plus de cinq ans et vous revoilà comme une fleur avec trente ans de moins, expliqua Faglio en activant son comlink avec un projecteur holographique qui faisait tourner le portrait de Tiden-Ven.

            Dreic ne céda pas à la panique, ni à la tentation de poser sa main sur son holster pour dégainer son pistolet DL 22 modifié. Il resta stoïque, tandis que les BX bondirent pour entourer leur maître, armes au poing. Il n’avait pas peur et savait que sous sa tenue, des plaques composées d’un alliage de phrik et de plastoïde couraient le long de son corps. Pod, lui, n’esquissa pas le moindre mouvement.

- Qu’est ce que ça peut vous faire de savoir qui je suis vraiment ? Je suis là pour vous vendre une jolie cargaison, non ? Alors payez moi, prenez là et je m’en irai.

- Le mensonge en affaire est souvent de mauvais augure mon garçon ! Dis-moi la vérité, que fais-tu là ? Qui es-tu ?

- Je suis Gegeor Calus, marchand itinérant, j’ai une cargaison pour vous, soit vous achetez, soit je m’en vais. Mon temps est précieux. Le vôtre aussi. Aller chercher vos experts, vérifier le tout qu’on en finisse et baissez vos armes, si vous ne voulez pas que cela s’envenime …

- Tu me menaces ? Tu n’es pas en position de force.

- Vous croyez ? sourit Dreic en appuyant discrètement sur un bouton de son bracelet gauche.

- Nous sommes douze et toi hormis tes deux antiquités de la Fédération du Comme… Il stoppa sa phrase en attendant un bruit cyclique croissant de mécanique métallique.

            Deux droidekas jaillirent des entrailles du Gallofree en roulant. Ils se séparèrent pour couvrir la plus grande zone de tir possible, se stoppèrent et se déplièrent en activant leurs armes et leurs boucliers.

- Donc, repris Dreic, voulez-vous vraiment jouer à celui qui à la plus grosse ?

            Faglio serra des dents, contenant son déconvenue et son indécision.

- Oh et inutile de me sortir vos tourelles, ou de m’évoquer vos snipers, j’ai encore suffisamment de cartes dans ma manche pour faire de cet entrevue un joyeux feu d’artifice…. Alors, soit on se calme et on conclut cette affaire, soit je m’en vais. Que décidez-vous messieurs ? 

Eclise ardente sur Deltooine