En plein cœur du quartier d'affaire de Curamelle, se dressait l'une des plus grandes tour que comptait la planète : le quartier général du BSI. C'était dans le bureau personnel du Superviseur Jared Wenceslas qui culminait au cent huitième étage, que l'avenir de Pir Ledrie se jouait.

            Ce dernier venait de terminer son oral, tantôt plaidant sur l'affaire du cadet, tantôt accusant Cipolti sur la gestion désastreuse de l'académie. A sa grande surprise, il ne fut pas interrompu et pu faire, d'une seule traite énergique, l'étalage de ses enquêtes.

            Il ne sut interpréter le silence pesant qui était retombé dans la pièce à la fin de son argumentaire. Il s'était préparé à quelque chose de beaucoup plus houleux et se retrouver face à un tel mutisme le décontenançait. Il chercha un élément de réponse en s'autorisant un bref coup d'œil au colonel, vêtu de son costume noir aux liserés blanc de commandant, épinglé de médailles rutilantes sur la poitrine. Il ne bougeait pas d'un pouce et consultait son propre databloc. Pir ne décela pas le moindre signe de déstabilisation, " Soit il se maîtrise mais il est prêt à disjoncter, soit il y a quelque chose qui cloche" pensa-t-il. Tandis que l'inquiétude naquit au fond de son ventre, le Superviseur prit la parole.

- Lieutenant Ledrie, êtes-vous certain de ce que vous avancez concernant le colonel Cipolti ?

- Absolument, répondit Pir surpris par la question.

- Et concernant les accusations sur le personnel ?

- Bien évidemment, mais je ne saisi pas le sens de votre question.

- Alors pourquoi ne m'avez-vous pas transmis ces conclusions et les preuves qui vont avec ? fit Wenceslas en élevant légèrement sa voix, pour marquer son irritation.

            Perturbé, Ledrie hésita puis répliqua.

-  Tout est dans le dernier rapport que je vous ai envoyé, celui qui date d'avant-hier.

- Je l'ai bien reçu, mais vos allusions sur l'intégrité du colonel Cipolti ainsi que sur les dizaines de personnes que vous incriminez sont calomnieuses et sans fondement ! Vous connaissez pourtant la gravité de ce genre d'allégation !

- C'est impossible ! s'écria Pir qui se leva de son siège en sortant son datapad de sa poche. Regardez ! Vous avez tout là !

- Rasseyez-vous ! ordonna sèchement Wenceslas, vous connaissez les procédures, mais force est de constater que le colonel Cipolti avait raison à votre sujet ! Vous perdez pied lieutenant, cette affaire vous a fait perdre la tête.

- Vous plaisantez n'est ce pas ?  C'est une mauvaise blague ? demanda l'officier du BSI sur un ton incrédule. Je vous ai tout envoyé ! Vous n'avez pas vu les factures douteuses ? Les lignes de comptes bancaires ? Les holo-enregistrements ? cria-t-il désespéré

- Baissez d'un ton lieutenant ! Vous savez à qui vous vous adressez ? Je ne veux plus entendre un mot de votre bouche ! Ce qui est fait, est fait !

            Le nouveau silence tomba dans la pièce. Instigué par le Superviseur, il avait pour but de faire redescendre la tension croissante. Néanmoins, même si Ledrie se força à obéir, il ne put se contrôler pleinement. Il ne pouvait s'empêcher de s'agiter nerveusement en faisant sautiller ses jambes et en se rongeant les ongles de sa main gauche. Son cerveau tentait d'appréhender la catastrophe qui se déroulait sous ses yeux, mais aucune idée claire ne se dégageait tant le choc était fort, si ce n'est une certitude : son rapport avait été tronqué !

- Colonel Cipolti, vous avez la parole, reprit posément Wenceslas.

            Le directeur, en bon acteur, prit une moue contrariée, comme s'il rechignait à enfoncer l'officier du BSI.

- Je crois que le lieutenant Ledrie s'est chargé à ma place de vous expliquer mon point de vue. Il essaye de détourner l'attention pour mieux éluder les fautes qu'il a commises avec le cadet Lobora. Outre son inaptitude, il a causé de graves dommages collatéraux et falsifié des documents pour me compromettre , mais surtout pour compromettre une académie impériale de renom. Je peux accepter qu'on salisse mon image, mais pas celle de l'Empire. Je demande donc sa radiation du BSI et l'ouverture d'une procédure martiale à son encontre, conclut-il dignement.

            Ce fut les mots de trop pour Pir. Supporter la plainte mielleuse et mensongère de Cipolti était au-dessus de ses forces.

- Sale fils de Chutta ! Tu mens ! J'ai les preuves ! Supervi...

- Taisez-vous ! tonna Wencelas, la prochaine fois que vous parlez sans y avoir été invité, je vous mets immédiatement aux arrêts, est-ce clair ?

            Ledrie, d'abord incrédule, ne fit qu'un hochement en guise d'acquiescement. Il était bouillonnant de rage, mais devait se contenir. Il ne chercha plus à comprendre. Il se rappela son entrainement et les techniques pour focaliser son esprit. Il s'efforça de visualiser une étendue d'eau calme, quelques images d'un lac qu'il connaissait bien près de Tyrena sur Corellia lui vinrent à l'esprit. Il fallait qu'il s'évertue à rester sur ce lac pour accepter tout ce qui allait entendre et éviter d'aller étrangler Cipolti de ses propres mains.

- Colonel, ce n'est pas à vous de juger nos agents, continua Wenceslas, j'ai bien lu et entendu dans votre rapport vos griefs. A la lumière des divers documents à ma disposition, voilà ce qu'il en ressort. Les interrogatoires de l'officier Ledrie n'étaient pas en adéquation avec le profil psychologique du cadet Lobora, ce qui a entrainé de lourdes répercussions. De plus, il y a des accusations de corruptions infondées qui font entorse au règlement dans le cas ci-présent d'un litige de catégorie quatre. Toutefois, les qualités d'enquêtes du lieutenant ont permis d'éclairer de nombreux points sur l'évasion de Lobora et d'en soulever un certain nombre qui reste à élucider.

            Jared Wenceslas marqua une courte pause et reprit.

- Je valide les propositions du lieutenant Ledrie concernant la publication d'un avis de recherche Galactique afin que l'on puisse retrouver rapidement ce dangereux cadet et en faire un exemple. Vos deux conclusions sur la sécurité de l'académie se rejoignent, des améliorations seront effectuées dans les plus brefs délais. Le dénommé Sumale Tecte, sergent sur Phelarion, sera arrêté pour corruption avec circonstance aggravante. Enfin, les fautes commises par le lieutenant Ledrie, ne pouvant être ni ignoré, ni pardonné, je valide donc sa rétrogradation en tant que simple agent de terrain de catégorie un, ainsi que sa mutation au département Surveillance. Une nouvelle affectation lui sera signalée dans les heures qui viennent. En outre, une ordonnance lui sera adressée, stipulant l'interdiction d'approcher dans un rayon de cinq kilomètres l'académie de Corulag. D'ici là, agent Ledrie, vous êtes confiné dans vos appartements. A moins que le colonel Cipolti n'est quelque chose d'autre à rajouter, cette séance est levée.

            Le directeur hésita un instant, mais se ravisa et fit un petit signe de main signalant qu'il n'avait rien de plus à ajouter.

             Pour Pir, la sentence tomba comme une hache gamoréenne sur sa nuque. Il resta hébété, las, jusqu'à ce qu'on l'enjoigne à quitter les lieux et à rentrer chez lui. En sortant, il croisa le regard victorieux de Qanb. Celui-ci attira son attention sur la pochette de sa veste, d'ou il tira une carte de Pazaak en lui faisant un clin d'œil. Les flammes de la colère ne brulèrent qu'un dixième de seconde dans les yeux de Ledrie face à cette ultime bravade  avant d'être éteintes par les eaux du dépit et de la consternation. En se remémorant les faits, Pir l'admit enfin : Cipolti avait raison, il n'aurait jamais du jouer avec lui.