On ne pouvait pas dire que ce début de journée se passait pour le mieux. C'est ce que se disait Evik, encadré par deux commandos, " l'escortant " dans les quartiers du BSI. Il allait dans le même endroit où, quelques jours plutôt, il avait brisé son amitié avec Dreic en le dénonçant. Il avait tranché entre son sentimentalisme et son devoir, même s'il se surprenait à éprouver des regrets. Pourtant, il savait pertinemment qu'il avait parfaitement agi, pour le bien de l'Empire et celui de son ami.

            Depuis la mort de son père, Dreic n'était plus que l'ombre de lui-même. Il était parasité par des idées de vengeance, de complot et même de rébellion.  Evik avait assisté, impuissant, à sa chute. Il en avait conclu qu'il était devenu un danger pour l'escadrille et qu'il n'avait plus sa place à l'académie. Exclu, il espérait que Dreic puisse repartir de zéro et reconstruire sa vie ailleurs.

            Malgré cela, la perte de son camarade, ne le laissait pas indifférent. Peut-être qu'un jour, il le reverrait et il pourrait lui expliquer son choix.

            Oumar évita de laisser ses pensées tomber dans une émotivité excessive et se ressaisit. Il était un soldat de l'Empire, il devait agir en tant que tel.

            A peine avait-il chassé cette idée, qu'il s'interrogea derechef sur cette matinée agitée. Au cours de la nuit, il y avait eu le déclenchement inhabituel des alarmes qui l'avait tiré de son sommeil. Comme conforme à la procédure, il avait enfilé sa tenue et avait rejoint ses partenaires dans les couloirs qui menaient au hangar, mais on leur ordonna peu après de retourner se coucher.

            Au petit matin, de nombreuses rumeurs circulaient dans l'académie, toutes plus excentriques les unes que les autres. Cependant Evik se demandait si cela avait un lien avec cette invitation musclée. Etre dans l'expectative le perturbait.

            Ils arrivèrent finalement devant le bureau personnel de l'officier Ledrie et après qu'un autre commando ait annoncé leur arrivée, ils entrèrent. Le trio s'avança et se présenta. Oumar ne fit pas attention à la décoration spartiate et à la peinture sombre teintée de pourpre qui habillait les murs. Son regard était plutôt attiré par la lugubre prestance du lieutenant du BSI, vissé dans son fauteuil, ainsi que par la grande baie vitrée, qui offrait une vue aérienne spectaculaire.

            Son odorat attira son attention : une légère odeur d'alcool flottait dans l'air. Il dévisagea son hôte impérial et constata que ce dernier avait un verre à moitié plein posé sur la table devant lui. Il tapotait ses doigts nerveusement sur ses accoudoirs et son visage laissait transparaitre la fatigue et le stress. Les poches sous ses yeux, ainsi que sa mine pâle appuyait cette première impression.

- Asseyez-vous ! dit Pir sèchement, en désignant de la main la chaise libre en face de lui.

            Le cadet s'exécuta sans rien dire. L'officier du BSI ouvrit un tiroir et en sortit une seringue.

- Tenez le, soldats !

            Evik esquissa une réaction, mais fut rapidement collé de force à son siège, tenu par les stormtroopers.

- Mais... qu'est-ce que vous faites ?

- Un sérum de vérité, fit-il en enfonçant l'aiguille dans le bras de l'aspirant pilote.

- Vous n'avez pas le droit ! protesta-t-il

- J'ai tous les droits lorsqu'il s'agit de retrouver des traitres ! Maintenant fermez-là ! Je vous dirai quand vous pourrez parler ! ordonna-t-il

            Cela faisait dix minutes qu'Evik attendait servilement dans un silence absolu. Complètement dépassé par la tournure des événements, il ne comprenait plus rien à la situation, mais étrangement il ne se posait pas tant de question sur la raison d'une telle attitude. Il éprouvait une sensation d'harassement mêlée à un abandon progressif de sa volonté. 

            Pir estima que le sérum s'était suffisamment répandu dans les veines du cadet. Il sorti un calepin électronique et commença son interrogatoire.

- Les informations que je suis sur le point de vous révéler sont classées secrètes. La moindre fuite concernant le sujet de notre entretien vous incombera automatiquement et sera considérée comme de la trahison. Vous vous doutez que la peine pour ce genre d'acte est très sévère. Ai-je été assez clair?

            Oumar glissait de plus en plus vers une lassitude et une soumission totale. Il répondit un "oui" laconique.

- Bien. Cette nuit aux alentours de trois heures trente standard du matin, le prisonnier Lobora s'est enfui de sa cellule. Il a volé une navette, prit un otage et a réussi à passer en hyperespace. Les forces impériales sont activement à sa recherche.

            Ledrie observa le regard de son interlocuteur s'éveiller quelque peu. Il poursuivit.

-Si vous êtes là, c'est que vous êtes un suspect. Vous étiez le plus proche de Lobora et les premiers indices récoltés sur son évasion, laisse penser qu'il a bénéficié d'une aide... Voyez-vous où je veux en venir ? 

            Evik mit un petit moment à comprendre ce qu'il venait d'entendre. Son raisonnement connu un soubresaut et assimila les informations. Dreic, était retenu prisonnier... et il avait fait l'impossible, s'échapper de l'académie, déjouer ses défenses... " Comment a-t-il pu éviter, les canons, les chasseurs Tie et le destroyer ? " se demanda-t-il impressionné par cet exploit hors norme. Il resta ébranlé par cette improbable prouesse. Il en mesurait d'autant plus la portée, car il connaissait la réalité des batailles spatiales.

             L'officier de la BSI lui parla mais il ne fit pas attention. Son esprit bloqua sur cette nouvelle ahurissante. Il réalisa que cet exploit l'avait conduit ici et qu'on le menaçait à cause de cela. Il était tenaillé entre admiration et animosité envers son ancien partenaire. Le lieutenant l'arracha de sa rêverie en frappant du poing sur la table et en tonnant.

- Vous êtes sourd ?  Avez vous compris ma question ?  Avez vous aidé le cadet Lobora ?

- Non, monsieur, mon devoir prime avant tout, récita Evik

- En êtes-vous certain ?

- Oui, monsieur.

- Où étiez-vous aux alentours de trois heures trente du matin ?

- Dans ma chambre, monsieur, je dormais.

- Avez vous quelqu'un qui peut attester de cela ?

- Non monsieur, depuis le départ de Dr... - le cadet se corrigea -, du fugitif, je suis tout seul dans ma cabine.

            Visiblement, Pir fut déçu des réponses sincères et spontanées données par son suspect. Il décida de stopper les questions factuelles, au profit de celles nécessitant un peu plus de verbiage.

- Dites-moi, j'ai du mal à croire que quelqu'un d'aussi droit et philanthrope que vous n'ait pu éprouver de regrets après la délation de son meilleur ami ?

            Hésitant, Oumar ressenti le besoin d'être franc et de légitimer son choix.

- J'en ai éprouvé monsieur..., mais j'ai fait passer mon devoir de soldat avant tout.

            Ledrie afficha un petit sourire malsain, il avait trouvé la brèche dans laquelle il pouvait s'infiltrer.

- Ces regrets vous ont-il poussé jusqu'au point de vouloir aider Lobora ? Cela serait compréhensible...

- Non monsieur.

- En êtes vous sûr ? Dénoncer un ami est courageux, mais vous êtes jeune et sensible, vous vous en voulez d'avoir agi comme cela et rongé par les remords vous êtes passé à l'acte... argua-t-il d'une voix insidieuse.

            Evik répondit une nouvelle fois par la négative, même si l'officier du BSI avait vu juste sur ses doutes.

- Ne me faites pas croire que vous ne ressentez rien, vous n'êtes pas un stupide robot, dites-moi ce que vous pensez de Lobora...

- J'ai... j'ai souhaité savoir ce qu'il allait devenir après son exclusion, j'ai souhaité lui parler pour expliquer mon geste, mais apparemment je me suis trompé, je ne pensais pas qu'il serait arrêté, je pensais qu'il serait simplement renvoyé chez lui.

- Vous êtes d'une naïveté ! fit Ledrie d'une moue dédaigneuse... Les traitres de l'Empire ne méritent que la mort ! s'emporta-t-il.

             Oumar fut surpris par cette réaction rageuse. Il objecta spontanément.

 - Théoriquement, il n'a rien fait, aux yeux de la l...

- Taisez-vous ! Vous n'êtes pas ici pour débattre des lois, cadet ! hurla le lieutenant impérial.

            Il se tut quelques secondes pour laisser redescendre son accès de colère et reprit.

- Donc, si je résume bien, vous n'avez, en aucune façon, aidé votre ami ?

- Oui, monsieur.

- Alors explique-moi comment un adolescent écervelé, isolé dans sa cellule a pu s'enfuir aussi facilement et aussi rapidement ?

- Je ne sais pas, monsieur.

- Vous n'avez aucune idée ? Vous n'avez rien remarqué ? Personne n'aurait pu aider Lobora ?

- Je ne s....

- Stop ! coupa Pir, prenez cinq minutes pour réfléchir à mes questions, imbécile !

             Evik s'exécuta et passa en revue les individus qui aurait pu être susceptible d'aider Dreic. Ce fut pour le moins rapide, le caractère taciturne et solitaire de son ami aidant à la tâche. Aucun membre de l'escadrille des gris n'aurait pris un tel risque. Hormis lui-même, il ne songea à personne d'autre.

- Je ne vois vraiment personne monsieur.

            Dépité, Ledrie déclara.

- Vous ne servez à rien soldat !

            Tandis que l'officier impérial déblatérait de nouvelles anicroches, Oumar remarqua des petits droïdes circulaires effectués leurs besognes de nettoyages sur les grandes baie vitrées. C'est alors qu'il eu une fulgurance et cracha un nom comme de morceau de viande coincé dans la gorge.

- POD !

- De quoi parlez vous ?

-  De Pod, le droïde de Dreic.

            Pir chercha dans sa mémoire et fit rapidement le lien. L'évadé avait en sa possession un droïde protocolaire depuis un moment sans que personne n'y trouve à redire. Pourtant, c'était strictement interdit par le règlement. Cependant il n'avait jamais fait attention à cette information. Il chercha à en savoir plus.

- Pourquoi dites-vous cela ? Ce n'est qu'un vulgaire automate obéissant à trois pauvres circuits.

- Détrompez vous, j'ai vu Pod à l'œuvre et si il y a quelque chose que je peux affirmer, c'est que ce n'est pas un droïde comme les autres.

- Vous pensez qu'il aurait été en moyen d'aider le fugitif ?

- Je ne crois pas et il me semble que des soldats sont venus le chercher peu après l'arrestation de Dreic, c'est donc impossible.

            Ledrie repensa soudainement à l'un des rapports qu'il avait lu, "accompagné d'un droïde". Il se précipita de l'autre coté de son bureau et appuya sur une touche intégrée.

- Caporal, allez immédiatement vérifier si le droïde appartenant à Lobora est toujours consigné dans la salle de rétention avec son bouton d'entrave. Faites vite !

- Oui lieutenant, acquiesça le sous-officier.

            Pir reporta son attention sur le cadet.

- Pourquoi ne m'avez vous pas parlé de ce Pod dès le début ?

- Vous ne me l'avez pas demandé et j'ignorais tout de la situation jusqu'à présent, je ne voyais pas l'intérêt de...

- Fermez là ! trancha-t-il, frustré de ne pas avoir fait le lien entre cette information plus tôt.

            Ledrie se rapprocha d'Oumar. Il se pencha et arrêta sa tête à une trentaine de centimètres pour lui faire face. Il plongea son regard de fer dans le sien et lui susurra de la voix la plus menaçante possible.

- Je vous le demande une dernière fois, est-ce que vous avez aidé Lobora ? Est-ce que vous savez qui aurait pu le faire ?

            Evik recula instinctivement la tête, comme si un Hutt tendait l'immondice gluante qui lui sert de langue pour le lécher. Néanmoins il pouvait pas échapper à l'haleine nauséabonde aux exhalaisons d'alcools. Il murmura une énième fois une réponse négative.

- Je vous ai à l'œil cadet Oumar, continua Pir sur un ton identique, croyez-moi bien !

            Puis il se redressa et retourna s'assoir dans son fauteuil. Il fit un geste aux gardes qui attendait stoïquement au fond de la pièce et leur fit signe de ramener l'aspirant pilote. Il conclut :

- J'en ai terminé avec vous... pour le moment.

            Comme à l'aller, Evik était reconduit par deux commandos jusqu'à sa chambre. Allongé sur son lit, il retrouvait peu à peu toute sa lucidité avec la disparition progressive des effets du sérum. Il ressassa toutes ces révélations dans son esprit. Il prit conscience qu'il avait vendu son ami à un sombre destin, mais en intervenant de la sorte, il avait involontairement provoqué les troubles de cette nuit et son propre interrogatoire. Il s'en voulait d'avoir été naïf et d'avoir agi en se basant sur des suppositions. Il avait été choqué par les méthodes dangereuses et sadiques de Ledrie. Il se demanda s'il représentait le BSI tel qu'il était vraiment ou s'il était juste un officier abusant de son pouvoir. Comme tout le monde, il savait que le BSI était la police militaire et qu'il ne fallait pas les avoir contre soi, mais avait-il le droit de l'interroger comme le dernier des délinquants sur de simples conjectures ? " De toute façon il n'y a pas grand chose à faire, je fais ce que l'on me dit, mais quand je brillerai aux Jeux Académiques, quand je commanderai ma propre escadrille, je retournerai voir ce dégénéré et j'irai lui expliquer ma façon de penser. L'empire ne peut pas se permettre d'avoir des officiers comme ça dans leurs rangs" se dit-il pour calmer le sentiment d'injustice qui grondait en lui.

            Pir Ledrie se sentait mitigé. Déçu de s'être trompé sur le cadet, mais l'interrogatoire n'avait pas été une pure perte de temps. Les informations concernant le droïde pourraient s'avérer utiles. Toutefois, plus il s'imprégnait dans cette affaire et plus il avait la désagréable sensation qu'elle serait des plus compliquées à résoudre.

            On frappa à sa porte, le sortant de ses vicissitudes. " Sans doute mon deuxième suspect, le lieutenant instructeur Dajen . J'espère qu'il m'apportera de jolies pièces du puzzle..."

- Entrez ! cria-t-il. 

Ledrie dans son bureau sur Corulag SWV