Le soir même, tandis qu'ils allaient se coucher, Lobora s'assit sur le lit d'Evik qui était déjà allongé.

- J'ai besoin de te parler, fit-il d'un air sérieux et préoccupé.

- Ca ne va pas ? Tu penses encore à ton père ?

-  En quelque sorte... J'ai appris récemment, de source sûre, des choses graves, des choses qui remettent tout en question...

            Son camarade de chambrée afficha une moue intriguée.

- De quoi parles-tu ? Ne tournes pas autour du pot et dis moi franchement ce qui te trotte dans la tête.

- Mon père n'est pas mort à cause d'une défaillance de speeder, il a été assassiné. Ne me demandes pas comment je le sais, mais j'en suis certain.

            Son ami surpris, se figea. Il déglutit et questionna:

- Qu'est ce qui te fait dire ça ? Ce n'est pas anodin d'affirmer ce genre de truc !

- Je peux pas te le dire, mais c'est une somme de détails qui font que la version accidentelle ne tient pas la route !

- Pourquoi tu n'en parles pas au BSI ? ou à un bureau compétent ? Ils pourraient enquêter.

 - Il y a déjà eu une enquête sur Corellia, enfin... un constat plutôt. Le collaborateur de mon père me l'a dit. Et puis le BSI pense qu'il est un terroriste, alors tu te doutes bien qu'ils se moquent de savoir comment il a été tué.

- Arrête, ils ne s'en foutent pas. Je l'avoue, ils ont été durs avec toi, mais ils font respecter la loi, ils essaient simplement de faire leur job. Après, peut-être qu'ils ont été bernés ou induit en erreur, par des pirates, ou des rebelles, et que ton père a servi de bouc-émissaire. J'ai vu des reportages sur les techniques de ce genre de groupuscules. On montrait comment ils parvenaient à retourner une personne contre son propre camp, contre ses propres intérêts. Tous ces groupes, révolutionnaires, rebelles, séparatistes font de la propagande avec des mensonges éhontés, et ils endoctrinent le plus de gens possible. C'est ignoble ! On a la paix, et ils veulent la guerre ! conclut-il avec conviction.

            Dreic hésita un instant, comme si le doute avait fissuré ses certitudes.

- Peut-être que ton père a été manipulé, utilisé, ou tué par un de ces fous d'activistes, continua Evik. Et peut-être que tu devrais soumettre cette idée au BSI. Cela pourrait faire évoluer l'opinion qu'ils ont sur ton père et enlever tes mesures de surveillance.

            A ces mots, Lobora repensa à la visite de l'énigmatique Kota, et au message de son paternel, notamment le passage ou il lui préconisait de fuir le régime impérial. "Peut-être que mon père a été trompé, mais au bout du compte cela ne change rien" jugea-t-il en son for intérieur.

- Ce sont des suppositions et même si elles sont fondées, je dois vérifier par moi-même, faire la lumière sur ce drame qui touche ma famille, si petite soit-elle. Tu comprends ?

- Bien sur... Mais qu'entends-tu par "vérifier par toi-même" ?

- J'ai besoin de toi. Tu es prêt à prendre un risque pour moi ?

- Tu m'inquiètes vraiment là, Dreic !

-  Ecoute, lors du prochain exercice de Tie en vol réel, j'aurai besoin que tu me couvres. Je simulerai une avarie, je quitterai la formation en catastrophe, et j'irai me "crasher" quelque part dans les Monts Colorés. Il faudrait que tu me suives et que tu accrédites la thèse d'un accident... Je sais que ça fait beaucoup, mais j'ai besoin de toi, tu es mon seul ami, l'unique personne en qui j'ai confiance.

            Evik resta bouche bée. Il était complètement pris au dépourvu par cette requête si audacieuse et si choquante.

- Euh.. je ne sais pas.... balbutia-t-il. Puis il recouvra ses esprits. Tu te rends compte de ce que tu me demandes ? C'est à la limite de la trahison si je t'aide ! Et tout ça pour une simple intuition ? Une certitude basée sur je ne sais quelle preuve ? Renonce à cette folie Dreic, je t'en prie...  exhorta-t-il.

- Non ! Ce n'est pas de la folie que de vouloir innocenter son père et punir les responsables !

- Laisse faire les gens qui sont compétent pour ce type d'affaire, c'est presque la quille ici ! On a une super carte à jouer lors des Jeux Académiques ! On pourrait avoir de super affectations. Tu as du talent pour piloter, ne gâche pas tout.

- Tu crois encore en la justice impériale ? En ce qui me concerne, ma foi envers le système est largement ébranlée. Regarde, je suis fliqué, épié sur de simples suppositions, et encore cela aurait pu être pire si je n'avais pas eu le soutien de Dajen... dit-il durement

            La tension entre les deux amis était palpable. Leur désaccord les avait murés dans un long silence. Lobora finit par le briser.

- M'aideras-tu ? interrogea Dreic d'une voix qu'il essaya de radoucir.

- Laisse-moi prendre le temps d'y réfléchir, je te dirai ma réponse dès que j'en aurai trouvé une.

- Merci...

            En se relevant Dreic posa une main sur l’épaule d’Evik.

- Pardonne-moi de te demander ça, mais je dois le faire, pour mon père, pour mon nom, et tu es le seul qui puisse m’y aider… Bonne nuit mon ami.

- Bonne nuit à toi aussi. 

             L'orphelin s'endormit avec l'espoir de venger son père et de réduire à néant les meurtriers.

***

            Ce matin là, Dreic enfila sa combinaison noire de pilote de Tie. Cette fois-ci, il installa les systèmes de survie compactés dans un boitier noir fixé sur le plastron de sa tenue. Il était prêt à mettre son plan en action. La veille, Evik lui avait donné sa parole qu'il l'aiderait. Son accord concluait une période de tension entre les deux amis.

            Il jeta un œil à Pod. Il était debout, désactivé, collé au mur, à la même place depuis son arrivée à l'académie, tel une antique pièce de musée. Le droïde avait reçu ses dernières instructions pour l'évasion.

            Le casque sous le bras, le cadet sortit du dortoir d'un pas rapide vers le hangar principal. Les deux commandos, qu'il avait surnommés les parasites, le suivaient de près, comme à leur habitude. Il arriva dans la baie de décollage à vingt-cinq mètres du sol, via un long portique d'embarquement. Ne disposant pas de train d'atterrissage, les chasseurs impériaux étaient accrochés au plafond par des rampes de lancement. Un frisson lui parcourut l'échine lorsqu'il avança vers son appareil. Quatre stormtroopers, le lieutenant Dajen, et l'officier Ledrie campaient devant l'échelle qui donnait sur l'écoutille d'accès au cockpit.

            Dreic eut un horrible pressentiment. Ne pouvant faire marche arrière car cela trahirait ses intentions, il essaya de se convaincre que cela ne concernait pas son projet. Tandis qu'il avançait vers le groupe d'impériaux, il remarqua que tous les autres membre de l'escadrille étaient casqués et observaient la scène devant leurs écheliers respectifs, à l'instar de témoins muets.

            Avant qu'il n'ait pu dire le moindre mot, l'officier Ledrie proclama:

- Cadet Lobora ! Vous êtes en état d'arrestation ! Vous êtes coupable de tentative de corruption, de tentative de fuite et du non respect de votre mise à l'épreuve.

            L'angoisse et la panique lui noua l'estomac, il recula inconsciemment de quelques pas et bredouilla:

- Mais... c'est faux, je n'ai rien fait !

            Les deux parasites qui chaperonnaient Dreic, interdisaient toute retraite. Ils lui saisirent les bras avec autorité. L'apprenti pilote, devenant en une simple phrase un traitre et un criminel, tenta de se libérer de l'étreinte, en vain. Il chercha du regard Evik, comme pour savoir si c'était bien lui qui l'avait dénoncé, mais tous ses coéquipiers  se ressemblaient en combinaison. Tel des pantins, dénués de pouvoir, immobiles, ils assistèrent à un pastiche de procès dans un silence absolu.

- Je suis innocent ! s'égosilla le jeune accusé.

            Il continua de clamer désespérément son innocence quand un stormtrooper fit un pas en avant et lui expédia un violent coup de crosse dans les viscères. Le son de sa voix mourut, et Dreic s'affaissa sous la douleur. Il était à genoux, les deux mains sur le ventre, cherchant à reprendre son souffle.

- Arg... laissez..., laissez moi tranquille ! cracha-t-il.

            Lobora tenta de rassembler ses forces. L'humiliation, la trahison et la douleur lui donnèrent des idées de révolte. Il décida de réagir. Une force montait en lui, au fur et à mesure qu'il se remettait du choc dans ses boyaux. Il redressa la tête et il dévisagea avec rage l'officier du BSI. Il serra son poing pour armer un crochet du droit. Alors qu'il allait se ruer vers Ledrie, un nouveau coup de massue s'abattit sur sa tempe gauche. En un instant, il s'écroula sur la passerelle métallique à l'image d'une poupée désarticulée. Les yeux livides, il se sentait bizarre, comme déconnecté de son environnement. Sans énergie, il se laissa happer par le néant, jusqu'a y sombrer entièrement.