Les sentiments et interrogations de Dreic étaient semblables à un soleil sur le point de se transformer en supernova. La venue de son mystérieux visiteur l'avait bouleversé. Des kilos de questions se bousculaient dans sa tête sans qu'il ne trouve aucune certitude, que des hypothèses, des plus mesurées aux plus sombres. Ce qui lui avait été remis ajouta à cela beaucoup d'appréhension mêlée à une intense curiosité.

            Avant de toucher à quoi que ce soit il alluma Pod. Le droïde s'éveilla.

- Bonjour maitre, vous allez bien aujourd'hui ?

- Oui ca va ... mieux.

- Mon modeste programme d'analyse de comportement m'indique que vous n'êtes pas tout à fait normal. Votre rythme cardiaque est légèrement plus élevé et vos pupilles sont imprégnées de liquide lacrymal. Nonobstant, vous avez l'air de sourire et d'être pressé. Diagnostic : vous êtes... ému, perturbé et exalté. C'est... étrange, maitre.

- C'est bien résumé, Pod, sourit-il. J'ai besoin de toi. Active tes détecteurs de mouvement et préviens-moi si quelqu'un approche dans un périmètre de cinquante mètres autour de la chambre, compris ?

- Rien de plus facile maître, chanta le droïde d'un ton imperceptiblement pédant.

- Et verrouille la porte aussi.

- A vos ordres, maître.

            Pod s'exécuta avec célérité. A première vue il n'avait pas bougé mais ses capteurs s'allumèrent et un voyant bleu clignota sur le coté droit de son crâne métallique. Il trafiqua également les verrous de la porte à distance grâce aux ajouts et autres bidouillages de Dreic.

            Une fois isolé, le cadet s’installa devant son bureau où il venait de déposer la mallette de son père. Il batailla plusieurs minutes pour tenter de venir à bout des différents contrôles vocaux, digitaux et sanguins qui protégeaient son héritage. Son père n'avait pas lésiné sur la sécurité et la défense de son legs. " C'est déjà un indice sur sa valeur " pensa Dreic.

            La mallette céda sur un déclic soudain.

            Lobora avait le regard perdu devant la mul-titude d'objets qui garnissait la mallette. Il y avait de tout, des souvenirs de famille, des datacartes, des blocs de données, des crédits et au milieu mis en évidence, un holoprojecteur de forme sphérique relié à un socle rectangulaire. Dreic remarqua également la présence d'un mini-blaster et celle d'un petit tétraèdre d'un noir mat et opaque. Ce brusque afflux de documents et d'objets chargés d'énigmes et du passé familial, le déboussola.

            Après avoir pris le temps d'examiner tout le contenu de la mallette, il sortit l'holoprojecteur et l'alluma, non sans une certaine émotion. Sa respiration s'accéléra et une boule lui noua le ventre. Il se sentait bien plus stressé qu'à bord d'un chasseur Tie en plein combat.

            Une grande image bleutée apparut. L'individu matérialisé avait les cheveux grisonnant coupé court, le visage creusé, buriné par l'âge et les épreuves, et malgré les poches sous ses yeux  témoignant de sa fatigue, son regard brillait d'une vaillance indéfectible. C'était son père. Tel un fleuve en crue brisant une digue, Dreic fut incapable de contenir ses larmes quand il entendit résonner la voix de son géniteur. Il avait l'impression qu'il était toujours vivant et en bonne santé, comme s'il l'appelait pour prendre de ses nouvelles. Jamais il n'aurait imaginé revoir son père d'une façon aussi réelle, presque palpable. En sanglotant il marmonna :

-  Merci papa...

            Le cadet s'employa à stopper ses pleurs et la tristesse se teinta de joie. Il possédait enfin un magnifique souvenir. Il avait la chance de revoir et de réentendre la voix de son père comme s'il n'était jamais parti. Dreic constata qu'il avait manqué le début du message, égaré par ses pensées. Il réinitialisa l'holoprojecteur et y rassembla toute son attention.

- " Bonjour mon fils, j'espère que tu n'auras jamais à voir ce message, mais si c'est le cas... Je te demande de me pardonner."

             Tiden-Ven semblait affecté par ses propos, il avait le regard bas et une voix grave.

- " J'ai pris ces ... dispositions car j'ai de solides raisons de croire que certaines de mes activités sont devenues gênantes. Ne vas surtout pas penser que je me suis abaissé à tremper dans un vulgaire trafic d'armes ou d'épices. En aucune façon, il ne s'agit de ça. Néanmoins je ne peux rien te dire, je ne veux absolument pas te mêler à ça..."

            Ces mots tourmentèrent Dreic. " Mon père était menacé, c'est plus que probable. Prévoyant comme il était, il a du penser à toutes les options, même les plus sombres" estima-t-il sinistrement. Le message continua.

- " J'ai tellement de choses à te dire... Je prie de m'être trompé sur cette situation et je souhaite de tout cœur que cet holo soit une précaution de trop. Excuse-moi de te révéler cela de cette façon... C'est au sujet de ta mère."

            Le paternel de Dreic s'arrêta encore, tentant de rassembler ses idées.

- " J'ai altéré la réalité en ce qui la concerne. J'attendais le bon moment pour t'en parler, cependant je crains de ne jamais pouvoir le trouver. Alors voilà, je l'ai bel et bien rencontrée au tout début de la Guerre des Clones. Ce n'était pas une refugiée, mais elle faisait partie de l'armée de la République. Nos carrières arpentaient des chemins opposés : moi en tant que capitaine de vaisseau, elle, en étant sur le terrain. Nous pouvions être affectés aux quatre coins de la galaxie à chaque instant. Malgré tout cela, nous nous sommes aimés très vite, très fort et le peu de répit que nous offrait la guerre, nous le passions tous les deux. C'est d'un de ces beaux moments qu'un événement aussi imprévisible  qu'extraordinaire, se produisit, un petit miracle : ta naissance mon fils... Ta mère n'est pas morte en couche, mais elle a décidé de partir dans les derniers jours précédant la fin du conflit. Depuis, je ne l'ai plus revue. Ne la juge pas trop durement s'il te plait, elle avait beaucoup de responsabilités et sa vie prenait un tournant  qui l'obligeait à nous quitter. Dans une époque ténébreuse, on est parfois contraint de faire des choix ténébreux... Tu connais la suite, après la fin de la guerre, je me suis débrouillé pour démissionner et m'occuper le mieux possible de toi. "

            Dreic fut sous le choc suite à cette révélation. D'instinct, il éprouva une vive rancœur envers sa mère qui les avait abandonnés. Il se demanda dans la foulée, les raisons d'une telle conduite tandis que Tiden-Ven sortait du champ de l'holo. Il revint quelques secondes plus tard en ayant la mallette dans les mains. Dreic se recentra sur le message, il aurait tout le temps de conjecturer après. En cet instant, il se sentait désireux da savoir quelle autre révélation l'attendait. 

- " Je ne sais pas trop jusqu'où vont aller mes affaires, mais si d'une manière ou d'une autre tu as des ennuis, n'hésite pas à mentir et à faire tout ce qu'il faudra pour ne pas avoir de souci. Néanmoins à l'académie tu devrais être tranquille. Je sais aussi que salir mon nom ou ma mémoire te répugnera et pour autant, je ne veux pas que tu te tracasses avec ça. Je connais tes valeurs, ta droiture, ton intelligence, ta magnanimité, pourtant tu comprendras que parfois quelques mensonges sont plus bénéfiques que des vérités trop brutales. Même si ton esprit critique se développe, tu as une vision du monde encore bien trop manichéenne. Quand tu grandiras et que tu auras sillonné des secteurs entiers, tu verras nombre de choses d'un œil différent. J'en suis persuadé, tu es mon fils, les banthas n'ont jamais fait des rats-womp."

            Tiden-Ven leva son bras pour mettre en évidence la mallette qu'il était allé chercher.

- " Je t'ai légué tout ce que j'avais. Et tout ce que j'avais est là dedans. Tu y trouveras beaucoup de choses appartenant à ton passé et à l'histoire de notre famille. Il y a également une jolie somme en liquide, mais surtout il y a ceci - Il plongea sa main dans la valise et en sortit un objet rectangulaire - . Cette datacarte cryptée contient les coordonnées d'une planète et d'un lieu bien précis. A cet endroit, tu découvriras mon secret le mieux gardé. Il s'agit d'un trésor qui peut te rapporter des dizaines de millions de crédits ! C'est mon cadeau, pour que tu puisses vivre une vie que tu auras choisis. Toutefois, je dois te mettre en garde : ne parle à personne de cela. Pour une poignée de crédits la moitié de la galaxie serait prête à tuer père et mère, alors imagine pour des millions ! Enfin mon vaisseau devrait logiquement te revenir. Il est robuste et son équipage est de qualité."

            Le géniteur de Dreic marqua une pause et reprit son visage davantage muré dans une  expression glaciale.

- " Méfie-toi de l'argent. Il pourra t'offrir le pouvoir sur les personnes, sur les biens matériels, sur les corporations, sur les gouvernements, sur quasiment tout. Mais il peut te faire tourner la tête et t'éloigner de qui tu es. Il est le pire ennemi des hommes car il les confronte à leurs propres vices. Beaucoup succombent à la tentation de devenir un seigneur de guerre, un gouverneur d'une planète, un chef mafieux. A l'inverse quelqu'un de fort face à ses propres faiblesses, quelqu'un de bon et de réfléchi, peut accomplir de grandes choses avec ce pouvoir.              Nous vivons dans un univers sombre et meurtrier. Pour cette raison, mon souhait le plus cher est que tu trouves un coin lointain et pacifique, que tu y mènes une vie paisible, que tu y fondes une famille et que tu passes ton temps avec elle. L'argent pourra te consentir la sérénité, attirer la sympathie de ton refuge et y développer la prospérité jusqu'a créer une parenthèse dorée. Je veux que tu profites de la vie, que tu fuis les soucis comme la peste, que tu quittes pour toujours l'Empire. Prends garde à cette tyrannie travestie en démocratie éculée. Ne crois pas à leurs publicités propagandistes, à leurs holofilms, à leur justice, ne te laisse pas endoctriner et fie toi à ton instinct, à ton jugement... A l'écoute de ces mots tu dois alors te demander pourquoi tu as fait tes études dans des établissements impériaux. La réponse est simple, j'ai fait ce choix par nécessité et non pas, par conviction. Grâce à leurs structures, tu as énormément appris et tu es devenu un sacré pilote. Finis l'académie et à la première occasion prends tes jambes à ton cou et va chercher ton héritage. "

            Tiden-Ven stoppa son monologue et son regard chercha quelque chose derrière l'enregistreur.

- " Mes obligations m'appellent ailleurs, je regrette de ne pas pouvoir détailler toutes ces choses plus longuement, il m'aurait fallu une semaine entière pour te narrer les tenants et les aboutissants de tout cela. J'espère encore qu'un jour je pourrais le faire. Si je peux te prodiguer un dernier conseil, je te dirai que le bien le plus précieux, celui qui a encore plus de valeur que l'argent, c'est la confiance. Dispense-la à un minimum de personnes que tu auras soigneusement choisi."

            Le sourire nostalgique brisa la dureté des traits de Tiden-Ven.

- " Voilà, on y est, je dois te dire au revoir, tu es, et tu resteras ma plus grande joie et ma plus grande fierté, mon plus beau combat. Te voir grandir a été la meilleure motivation pour rendre cette galaxie moins détestable, je te le répète je veux te voir heureux et épanoui... Adieu mon fils je t'aime. "

             L'image bleutée tridimensionnelle s'effaça. Le message était fini. Perdu, confus et attristé, Dreic avait du mal à mettre de l'ordre dans ses idées, dans son cœur et dans son esprit. Les révélations de son père avaient la puissance d'une flotte de croiseurs de combat. Pourtant au fond de lui, quelque chose s'était réveillé, comme un moteur flambant neuf, ronronnant pour la première fois. Il sentit, venant des tréfonds de son être, une détermination étrange et implacable. En dépit du tourbillon provoqué par le message, Dreic sut, comme une évidence, du tournant que devait prendre sa vie.

 

 

Tiden Ven Lobora Hologramme SWV