CHAPITRE IV

 

            Le prétendu colonel s'assit sur la chaise attenante au bureau et pivota pour faire face au cadet qui s'était également assis sur son lit.

- Je ne comprends pas, avoua Dreic.

- Je vais éclaircir ta lanterne, mais avant tout, je te présente mes plus sincères condoléances. Ton père était un homme droit et courageux, c'est une chose assez rare dans cette galaxie...

- Merci monsieur.

- Appelle-moi Rahm,  les "monsieur" c'est bon pour l'armée.

            Kota releva la mallette, la posa sur ses genoux et la désigna du doigt.

- Je suis là pour ça. Je dois te remettre cette valise, elle vient de ton père. Il m'a dit que c'était ton héritage. L'ouverture est protégée et toi seul peut l'ouvrir sans déclencher son autodestruction.

             Dreic écouta attentivement le vieil homme. Il remarqua la sérénité qui émanait de sa personne. Sa voix et le choix de ses mots étaient un baume à ses tourments; en outre il parlait de Tiden-Ven avec respect. Il semblait mesurer l'étendue de sa souffrance. Cette compassion le lénifia et depuis la venue de Xale Peccata il se sentit apaisé.

             Kota attendit que Dreic prenne la mesure de ce que représentait pour lui cette simple mallette et avec un sourire prévenant, il la lui tendit.

- Je suis soulagé de te la remettre, même si j'aurais voulu que l'on se voit en d'autres circonstances. J'avais une vieille dette envers ton père. Nous nous sommes revus il n'y a pas très longtemps et il m'a dit de te la donner en main propre si jamais...

- Vous le connaissiez alors ? s'enquit naïvement Lo-bora

            Kota fit une moue perplexe.

- Je n'irai pas jusqu'à dire que nous étions amis, mais nous nous apprécions et nous avions des idéaux semblables. Je me rappelle de la première fois que je l'ai vu, c'était durant la Guerre des Clones. Par la force des choses nous nous sommes croisés plusieurs fois, car il commandait une frégate médicale et à ce moment-là, j'étais un soldat. Il m'a tiré du pétrin une fois ou deux, là où beaucoup auraient fui. C'était un grand militaire et un grand homme. Il respectait toujours sa parole et faisait ce qui lui paraissait juste. Cela fut souvent au détriment des ordres et de sa carrière.

            Pendant que Rahm évoquait ses anecdotes, un étrange sourire mélancolique s'ébaucha sur ses lèvres.      

- A chaque fois que l'on discutait c'était la même chose : il me racontait ses déboires avec ses supérieurs, puis nous en riions volontiers. Lorsque la guerre fut finie, il démissionna de son poste pour s'occuper de toi. Puis, il réussit à quitter la République qui venait de se muter en un Empire. A cause des troubles qui ont suivi, nous nous sommes perdus de vue, mais la fo... - Kota stoppa sa phrase un bref instant et reprit sans ciller - enfin le destin a fait en sorte que l'on se retrouve une dizaine d'années plus tard. Nous avions tous deux nos activités et nous reprîmes nos petites habitudes, bavarder autour d'une bonne bière de lum...

            Dreic était captivé par les récits de son singulier visiteur. Il avait la sensation qu'à travers ce dernier, il redécouvrait un peu son père. De nombreuses questions lui vinrent à l'esprit.

- Pourquoi vous aurait-il donné mon "héritage" ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi ne l'a-t-il pas fait avant ?

- Doucement mon garçon, tes interrogations sont bonnes et légitimes mais je ne peux pas y répondre.

             Kota caressa sa barbe et plissant légèrement les yeux, il replongea dans ses souvenirs.

- La dernière fois que je l'ai vu, c'était il y a six mois standard, dans un bar de Nar Shaddaa. On a discuté un peu, mais il ne m'a pas expliqué ce qui l'a poussé à me confier cette valise.

- Ca n'a pas de sens ! remarqua Dreic sceptique.

- Ha ?

- Mon père vous remet des affaires m'étant destinées il y a six mois, alors qu'il aurait pu le faire lui-même puisque je l'ai vu il y a trois mois...

            Le vieil homme hésita un instant, comme pour bien choisir ses prochaines paroles.

-  Hum... en effet, c'est étrange...

- Vous l'avez trouvé différent que d'ordinaire sur Nar Shaddaa ? Vous saviez que l'Empire pensait qu'il était un terroriste ? Vous pensez que cela à un lien ? Vous pourriez peut être le disculper vous qui le connaissiez ?

- En ce qui concerne ton ultime requête, je crains que cela soit impossible, on ne peut pas dire que je sois actuellement dans la légalité impériale. D'ailleurs, ma présence ici tient à une fausse identité, quelques tours de passe-passe informatique et mon indéniable charisme, sourit-il.

            Il marqua une pause puis reprit sur un air sérieux.

- Pour le reste, je ne peux pas te répondre, tu dois apprendre certaines choses par toi même, mais n'oublie jamais que ton père était un homme de bien et que tu étais tout pour lui.

- Arrêtez de tourner autour du pot ! Comment voulez-vous que j'apprenne quoi que ce soit en étant bloqué ici ? Vous avez l'air d'en savoir beaucoup mais vous ne voulez pas m'en dire davantage ! s'emporta Dreic.

            Impassible, Kota conserva son ton posé.

- Je comprends ta frustration... mais tu es dans l'erreur, je n'en sais pas bien plus que toi. Je me suis simplement forgé mon opinion et elle ne te servira à rien, si ce n'est à t'égarer. Tu dois suivre ta route, en la bâtissant par tes propres choix. Je n'ai ni l'envie, ni le droit de t'influencer avec mon avis.

- Ma route est déjà toute tracée, lâcha sinistrement le cadet, elle est ici à l'académie, puis au sein de la Flotte.

- On a toujours le choix, même si celui-ci ne te saute pas forcément aux yeux.

             Kota se tut et un long silence s'instaura. Dreic était partagé : sa brulante envie de tout savoir était tempérée par la sagesse et le calme que déga-geait son visiteur.

- Jeune Lobora, je suis navré, mais je vais devoir partir et délaisser ce joli costume de colonel dit-il en se levant. Si jamais tu as besoin de moi, va sur Nar Shaddaa, cherche la cantina baptisée le Précieux dans le quartier des contrebandiers, et demande la tenancière de l'établissement.

            Dreic se leva à son tour et voulut protester mais, croisant le regard déterminé de Kota, il se ravisa et baissa la tête, dépité. 

- Merci... merci d'être venu.

            Le futur pilote de Tie et l'imposteur impérial se serrèrent la main, mais Dreic maintint la poignée et dévisagea Rham. Il sentit sa gorge se nouer et des larmes montèrent, quelques-unes s'échappèrent. Cet inconnu lui avait apporté le réconfort qu'il n'espérait plus, une lueur dans la noirceur. Entendre parler en bien de son père et exécuter sa volonté, le rassérénait et balayait les doutes qu'avait distillés en lui l'officier Ledrie : il était le fils d'un homme bien.

-  Je sais... c'est dur en ce moment mon garçon, mais accroche-toi, aie confiance en toi, dit le vieil homme en posant chaleureusement une main sur l'épaule de Dreic.

            Rahm Kota arriva devant la porte du dortoir, il se retourna et déclara.

- Adieu, ou à bientôt, que le courage soit avec toi.

            Et en un clin d'œil le colonel Yensid disparut aussi vite qu'il était apparu.